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JEAN DURET

Né à Moulins en i54o, Jean Durel Ht de sérieuses éludes à l'école de Poitiers, qui rivalisait alors de réputation avec celles de Bourges et de Toulouse; puis il \inl occuper au barreau de sa ville natale la place distinguée quelui assuraient ses qualités naturelles, son savoir précoce et les traditions desa famille. Malheureusennent la routine régnait alors au Palais, et quiconque ne s'inclinait pas devant elle devait s'attendre à des luttes continuelles, à des dégoûts multipliés. Telle fut pendant quelque temps la vie de Jean Duret. Incapable de concessions indignes, il se retira de ceux qu il ne pouvait estimer, procureurs rapaces, magistrats aveuglés par la passion, avocats vomissant l'injure, vice ordinaire de la médiocrité, et abandonnant cet antre de (( vipères et de loups », se consacra tout entier aux Lettres et â la Jurisfirudence.

Comme il était plongé dans ces travaux, une épidémie sévit sur la ville et obligea tous ceux qui le pouvaient à gagner en toute hâte une résidence plus salubre. Retiré à la campagne dont il appréciait toutes les beautés, mais où il ne pouvait toujours admirer le soleil eL la verdure, les bosquets et les clairs ruisseaux, Duret voulant rendre utile ce loisir forcé, le consacra à commenter et expliquer l'Edil de \5j6. Etant rentré dans la vie active, grâce au crédit de M. Séguier, lieutenant civil à la Prévôté de Paris, qui lui fit acheter l'office d'enquêteur pour le pays de Bourbonnais, il vit recommencer les luttes qui avaient déjà troublé son repos, et, dans l'espoir de trouver ailleurs la paix dont

il avait besoin pour achever ses liavaux, il abandonruT h la fois sa charge et son pays. Il se relira à Orléans, el conçut même un moment le projet de quitter le monde pour l'Eglise : les tracasseries qui lui furent suscitées iiu sujet de ses Axiomes, l'en détournèrent. Il mourut, jeune encore, en i6o5.

Les œuvres des grands magistrats ne sont pas seulement l'école des jurisconsultes ; elles sont aussi d'un intérêt puissant pour le moraliste el l'hislorien. 11 exis'.e, en effet, un lien étroit entre les lois et la marche de la civilisation, et plus d'un problème d'histoire ou d'économie politique s'éclaire à la lumière de leurs écrits. C'est surtout à ce point de vue que nous pouvons apprécier combien les ouvrages de Jean Duret portent la marque d'un grand cœur et d'une haute raison. Il ne craint pas de prendre en mains la défense de tous ceux qu'atteignaient les innombrables abus d'une société à peine sortie du chaos du Moyen-Age, où la force opprimait encore trop souvent le droit. Avec une sympathie raisonnée, il s'attache au pouvoir royal qui seul alors peut être assez fort pour imposer l'observation de la justice à ceux qui la bravent et la foulent aux pieds, (i ) C'est pour cela qu'il combat l'opinion d'Hotman pré-

(I) Chez lui, comme chez Laval, i'atlachemenl pour Henri III est eitrùme el s'élève jusqu'à l'admiratioii : « Vos mérites, Henri, mon souverain seigneur, firent connaître au peuple glacé (la Pologne) qu'il devait pour son bien laisser l'Espagne et l'Italie à < ôté, et traverser les Allemagnes pour vous supplier d'accepter la couronne qu'il vous présenta. »

(Averlissement sur V Edit de 1576, dédié aux membres du conseil établi à Paris pour la reine douairière Elisabeth d'Autriche.)

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lendarilque « les Elals primeiii le roi », el lui oppose le témoignage de Bodin d'Angers soulenaiil que « le roi est sur lesElals.» (i) I! semble prévoir les malheurs que va causer fambilioii des Guise, appelant, dans l'intérêt de leurs prétentions, la bourgeoisie à la vie politique et provoquant une révolution dans le régime du pays. La France n'était pas mûre pour le gouvernement parlementaire, comme le démontra I impuissance de l'assemblée de iSqS, comme le prouvèrent les tentatives analogues faites soit par les catholiques, soit par les réformés, à Toulouse, à Sainte-Foy,à La Rochelle, etc. Avec une remarquable intelligence, Durel pressent une crise imminente, et, pour la conjurer, il adhère avec énergie au pouvoir monarchique qu'on cherchée ébranler et qu'il veut au coniraire fort et respecté. Mais, bien que tout-puissant, le roi ne devra pas user despotiquement de son autorité : « Si l'on ne peut dire au roi, pourquoi l'ordonnez-vous ainsi? nous estimons n'être guère beau d'user à toute heure de cette puissance. La iNlajeslé fait beaucoup mieux qui se règle au vieil adage :

Ce que le peuple a advisé

Soit du monarque autorisé. >• (2^

Aussi le prince doit il ne rien faire d'important sans

(1)J. \)v\r^\. Commentaires sur les Coutumes du Bourbonnais, S 39, au mot Etats.

(2) J. Duret : avertissements sur l'Edit de !ô76. — p. IG. C'était une de» maximes de Henri IV: «Il ne faut pa?, pour bien légner, qu'un roi fasse fout ce qu'il peut Taire. » (Pérétixe.;

consulter son conseil, el voilier à ce que ce conseil soit composé d'hommes sages el éclairés. Le bon prince est celui qui imile Dieu-Providence, écoulanl les plaintes de ses sujets el y donnnnlsalisfaclion, soil par lui-même, soil par ses officiers. Ménager des deniers publics, il ne pressurera le peuple ni pour subvenir âi des dépenses superflues (i), ni pour gorger des courlisans avides. (2)

Pour ne pas laisser périr dans l'anarchie l'autorité royale, dans le cas si fréquent alors d'une longue minorité, Durel est d'avis, d'accord avec Barlhole, que les femmes peuvent g )uverfier l'Etal, car les lois qui enlèvent à la femme l'adminislration civile font exception pour les reines el princesses souveraines.

Dans les rapports toujours délicats de l'Etal el de l'Eglise, il soutient énergiquement l'Enipire contre les prétentions du Sacerdoce, affirmant que le roi a le droit '< de réformer les abus qui pullulent en l'Eglise, » abus

(i) » Le prince est ma! appris qui se veut accommoder des facultés des sujets pour parfournir à ses démesurées dépenses. Le monarque qui prend ce chemin se prépare à cruauté, avarice ou prodigalité ; il vaut beaucoup mieux, dit Justinicn, régler sa dépense selon son revenu, car :

De peu suffisance \ volontiers celui qui fait peu de dépense. » (L'Hôpital.)

(2) « Ceux qui se ressentent le plus des libéralités des monarques ne trouveront jamais bons le^ ménagements; ils crient au contraire qu'il n'y a rien de trop sur le peuple, qu'il n'est guère foulé et que la charge est douce à supporter, combien qu'en vérité il ne lui reste plus que le respirer. Ils ne voient point, ou ne veulent pas voir que le mot de Tailles a de tout temps été très-haineux à tout peuple, et particulièrement aux Fran(.ai5... Les crues et impositions immodérées sans qu'il en soit besoin, sont les sales el déshonnêtes gains des harpies de cour. » (.T. Duret : Edit de Blois, p. 409.)

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nombreux, quand on songe que quelques-uns des Ponlifes onl avanl (oui « songé à faire venir l'eau au moulin. » (i) Loin dêlre hostile au catholicisme, Durel demande qu'on dote largement les séminaires, mais il veut que les jeunes gens y viennent de leur propre mouvement, et s'élève avec indignation contre les vocations forcées qui anéantissent le libre arbitre et la responsabilité morale : « Pensez-vous que celle vie contrainte, s'écrie- t-il, puisse êlre agréiible à Dieu qui ne veut que le cœur ! La vertu n'est point captive, elle ne veut être emprisonnée, non plus que le vice ne peut être sans volonté, ni liberté. » (2) Comme le prêtre, le magistral remplit une mission sacrée; il sonde les plaies du corps social, et s'il ne réussit pas toujours à empêcher le mal, il pousse du moins le cri d'alarme qui toi ou tard est entendu. On n'esl plus étonné de celle haine persistante qui se manifestait autrefois contre les couvents et qui aboutit, en 1789, à leur entière suppression, quand on lit dans Durel par quelles manœuvres se recrutait sous l'ancien régime leur malheureuse population : « Nous reconnaîlrons, dil-il, mille el jmille séductions el intrusions abusives, observées par beaucoup de cagols, ecclésiastiques de nom, parois blanchies et tombeaux réparés, loups gris, farcis^de toutes sortes d'abominations, revêtus de peaux de|brebis pour plus finement jouer leur rôle, conlre laJsainte intention de l'Eglise conduite par le Sainl-Espril, qui ji'est sujette

(l)Diiret: AverdssementssurVEdit de 1576, p. 14. (2^ — Ibid. p. ri.

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à l'erreur. Au lieu que les anciens Pères, ayant Dieu devant les yeux, s'informaient soigneusement de la volonté du novice, pour rejeter ceux ou celles qui ne faisaient le vœu de bon zèle et de cœur entier, vous ne voyez maintenant que je ne sais quelles trotlières courir par les maisons, pour séduire de petites jeunes tilles innocentes, auxquelles l'âge ne permet séparer le bien du mal, les introduire au couvent où les Dames renfermées les reçoivent, leur montrent des chapelets, des images et je ne sais quels autres menus fatras dont ellessont plus que assez fournies — Ces premiers hausse-pieds ayant gagné ia fille qui n'a aucune résistance, vous verrez le beau Père qui commencera d'approcher ia folle mère, ou qu'lque niaiâlre qui radote, lui prêchera les louables actions de la Pieligion : que l'eau n'a point tel pouvoir d'éleindia le feu qu'a l'oraison des bonnes Dames, etc.. ; il alléguera la puissance des pères sur les enfants, 1 humilité d'isaac, l'histoire de Jephlé, etc.. Tous ces propos à ce que, si les enfants n'ont point volonté de faire les vœux, on les y range, et le beau Père séducteur les reçoive ribon ribaine... La mère gagnée à ces arguments, ou la marâtre qui ne veut point de meilleure occasion que celle-là pour se délivrer sans retour de plaid des enfants de son mari, prendront le temps propre pour les ranger de leur parti.... Les pères se laissent aller et résolvent de resserrer leurs enfants durant la vie entre quatre murailles, d'autant qu'ils ont opinion que l'exil, l'emprisonnement, la mort cruelle des uns est l'échelle pour

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faire monter les autres à plus haut degré. Bref, les pauvres enfants sont la médecine pour purger les folies des parents. Que dis-je, parents? mais plutôt de leurs bourreaux les plus cruels ! Ils servent d escabeaux pour supporter et élever les autres, avec qui ils devraient être en pareil degré, si le droit de nature n'était indiscrètement violé — Ceux qui accordent ou procurent la réception de ces personnes contre les meilleures règles se chargent des fautes qu'elles feront en la religion où elles ont été traînées contre leur gré. »(i) L'humiliation et les souffrances du clergé inférieur, dédaigné des grands seigneurs de l'Eglise, tenu dans une étroite dépendance par la petite noblesse nous expliquent également pourquoi il fera un jour cause commune avec ceux qui entreprendront d'extirper de séculaires abus. (( Les Nobles, dit Duret, ne se tiennent satisfaits de s'affranchir des dîmes et autres devoirs en quoi ils sont tenus à T Eglise, mais, qui est pis, la dépouillent de ce qui lui appartient pour mieux faire fumer le fourneau de leurs cuisines. Le curé n'oserait tousser, sans avoir obtenu le bon plaisir de M. le Hobereau ; il n'oserait poursuivre ce qui lui est dû, sans sa licence, et se doit donner garde de commencer le service divin que le gentilhomme et tout son cariage ne soit arrivé, ou ait mandé qu'il n'a le loisir de s'y trouver. Bref, les simples curés d'aujourd'hui peuvent à bon droit prendre la qualité des souverains pontifes et s'intituler servi-

(1) .1. Duret : Avertissement sur VEdit de t57G, p. 71. — On remarquera que Duret est un homme grave et non un pamphlétaire.

leurs des serviteurs, non de Dieu, mais des gentilshommes ». C'est que les riches possesseurs de bénéfices ecclésiastiques se contentaient de toucher leurs revenus, vivant à la cour ou ailleurs, et laissant les faligue^^ de leur ministère à des subalternes qui mouraient de faim. Ce qui fait dire à Duret: « Ceux qui ne voient jamais leur bergerie, et se contentent de la toison, ne sont vrais pasteurs, mais sales mercenaires ». (i)

La noblesse, elle aussi, sera emportée comme les couvents dans le grand mouvement révolutionnaire : est-il besoin d'en demander la cause, quand on a iu ces lignes pleines d'une virile indignation : « Nos rois appellent les nobles la principale force de la couronne ! Faites-moi une liste de ceux qui sont obéissants aux bonnes lois, gracieux aux amis, expérimentés à l'art militaire et la frayeur des ennemis I Mais ces fendants du bec, ces batteurs de pauvre peuple, ces mangeurs de voisins, ces saccageurs de compatriotes, écumeurs de provinces, qui trouvent une muraille de dix lieues d'épais lors des coups, qui arrivent trois jours après la bataille }»our mettre les écuelles au panier, sont les plus infimes de tous les autres états, tant s'en faut qu'ils soient dignes de respect ». (2) Certes les officiers de judicalure sont cent fois plus utiles que tous ces c rapièreurs » qui, loin d'imiter Cincinnatus labourant la terre de ses mains victorieuses, « croiraient se déshonorer en touchant autre chose que les armes ; qui, ayant une fois tenu le

(1) J. Duret : Avertissement sur l'Edit de 1576, p. 45.

(2) J. Duret : Commentaire sur le titre 256 de l'Edit de Blois.

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drapeau, la hallebarde ou l'arquebuse, font conscience de relourner au labourage, la paix venue, et aiment mieux que de revenir dans leur maison, épouser le coin d'un bois, et enfin la potence ou l'échafaud. »(!) Duret ne souhaite point, cependant, r.ibolilion de la noblesse, mais il pense que c'est par laccomplissement du bien, et non par l'oppression qu'elle peut donner de la valeur à ses parchemins. (2) A celle condition les gentilshommes pourront s'enorgueillir de leurs nombreux quartiers.

Justice et protection pour tous, voilà la devise de Dure!. Il ne pardonne pas aux gens de guerre leur insolence et leurs exaclions qui ruinent les malheureux habitants des campagnes^ livrés sans défense à leurs continuelles déprédations. « Quand vous voyez, dit-il, passer une enseigne de gens de pied, elle sera composée d'environ cinquante arquebusiers assez mettables, d une vingtaine ou trentaine d'autres qui n'auront que l'épée, de cent ou cent vingt goujats et vingt ou trente 6lles perdues. Regardez aux hommes d'armes: (el qui n'aura (jQun cheval, sera accompagné d'un cuisinier, d'un palefrenier el de deux ou Iroi-; ;:;oujals ; tous ces gens montés sur des juments de relaie. Le premier hôte ses fournit et ne les abondonnc jamiis qu'ils n'aient trouvé

(t) J. Duret: Commentaire sur le titre '25Q de VEàit de Blois. Cl) 1 II n'est pas meilleure noblesse

Que lever le pauvre d'ojipresse,

Que corriger ses appétits.

Que faire bien aux plus petits,

One garder les droits d^' iiaturr. •

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logis commode pour remplarer. Quelquefois la charrelle roulera, non pour porter les armes, car on n'en parle que bien peu, mais chargée de coffres pour les vêlemeiils el de paniers pour mellre les vivres pris sur le chemin, ou à la maison du laboureur avanl de dire adieu. » (i)

La vénalité des offices est à ses yeux une source de scandales el de brigandages : « l'office vendu permellanl qu'on vende la justice, que les juges soient aveuglés, aient les sens pervertis el bouchent les oreilles au droit et à l'équité. » Il réclame le châliemenl et même la mort de ceux qui, se donnant pour devins, abusent de la crédulité publique. (2) Sans oser revendiquer hautement la liberté de conscience, il ne craint pas de désapprouver les mesures ordonnées, au sujet des Calvinistes, par l'Edit de 1576, contre lequel La Popelinière protesta au nom de ses coreligionnaires ; il repousse la rigueur el les persécutions comme contraires à l'esprit de l'Evangile. (5) Le cumul des charges ou des bénéfices

(1) J. Duret : Commentaire sur le titre 311 de VEdil de Blois.

(2) a Ces méchants qui, à parler en révérence, baisent le cnl du diable, enchantent les fruits, appellent les grêles et autres inclémences de l'air, lra>aillcnt les femmes, les contraignent de s'abandonner, font images pour rendre perclus, estropiés, raccourcir les jours ou priver de vie, sont sujets a la correction des juges laïques et dignes de mort. »

(3) « Quand bien même le Prince pourrait à main armée ranger les désobéissants, si est-il meilleur qu'il patiente un peu, afin d expérimenter si par douceur et mansuétude il pourra remettre les dévoyés. .lésus-Christ montre celte doctrine, qui est venu ici-bas non pour perdre mais pour «amer. »

n'a pas de plus ardent adversaire, (i) L'industrie et le commerce n'échappenl poiol à sa préoccupation ; il applaudit à lEJit qui supprime les baiiqueis dans les confréries d'arlisanset gens de métiers, trouvant « la science de soi assez suftisanle pour donner entrée au poursuivant, sans s'aider de ces corruplelles. » Il ne voudrait pas qu'on iillirâl tant d'ouvriers dans les villes où. lorsque l'ouvrage languit, beaucoup d'entre eux se transforment en mendiants. Il discute à plusieurs reprises la question des foires et de leur utilité; il se demandes!, eu égard à la difficulté des communications et à la longueur des moindres voyages, leur multiplicité n'est pas une cause de dérangement considérable pour les gens de campagne, qae mille séductions v attirent ; et si, à une époque où les variations dans le titre des monnaies suscitaient encore tant de difficultés, ce n'est pas une porte ouverte au\ monnaies étrangères, de moins bon aloi que les nôtres. O.i sait que les Etats de Tours avaient déjà appelé sur ce point I attention du gouvernement. (2)

Avant constaté combien le lu^e des habits occasionne

(1) « Les cauonisles ne pernictteuî non plu» tenir deui olïices, ou (iem bénéfice?, (jue deux femmes, ou uno concubine avec la légitime ; qui a deux olDces ne fait ni l'un ni l'autro, comme il appartient. "

(2) « Les Etals de To.irs ont estimé la multitude des foires préjudiciable au royaum-, et remontré que les quatre foires de Lyon épuisent fort la bourbe de? Français trop friand- de draps de soie ; par là billonnant notre bunne mon!)aii\ les marchands donnent cours à l'étranijére comme i!> veulent contre les oidoiriances. » L'Egiise faisait aussi ses prohibitions à ce sujet : * Les foires sont interdites les jours de fêtes afin (le rendre le peujile plus dovô! ■>.

degêne,et, par suite, de troubledans les familles, Durel fait tous ses efforts pour en arrêter les proférés, avertissant les femmes qui luttent de toilette avec les filles de joie, et « font faire le gros ventre à leur robe,» ou adopten^ à l'égard des cavaliers des façons par trop familières, « qu'elles perdent leur honorable qualité. » En cela il ne fait encore que reproduire les remontrances adressées à Charles VIII par les Etals de Tours. Henri Hï s'en émut et fil appliquer les lois somptuaires avec une extrême rigueur. L'auteur de \ Esprit de la Ligue rapporte, d'après les Lettres de Busbeck el le Journal de l'Esloile (12 novembre i585) qu'on arrêta à Paris en pleine rue et qu'on traîna en prison plus de cinquante femmes de qualité, ou riches bourgeoises, pour avoir porté des étoffes ou des bijoux interdits. (1) La plupart des réformes recommandées par les philosophes du dix-huilième siècle el essayées par l'école de Turgot, sont en germe dans les écrits de Jean Duret . Il y avait peut-être en lui l'éloffe d'un grand ministre ; mais s'il ne porta pas si haut ses vues, il put du moins se faire gloire d'avoir accompli une tâche ulile à son pays. Pour que ce caractère d'utilité ressortît surtout dans ses œuvres, il rompit avec les errements adoptés

(1) L*» luxe des habits avait pénétré jusque dans l'armée. Duret cite .1 ce i)ropos ce passage des remontrances faites à Charles Vlll aux Etats de Tours : « Il n'y a maintenant ménétrier, valet de chambre, barbier ou gendarme qui ne soit vêtu de velours, qui n'ait collier et anneaux d'or aux doigts comme le- princes, et n'est trahison qu'ils ne fassent pour continuer ces états. Ces cheveux frisés, ces grandes fraises, ces membres couverts de satin et de velours pourront ils bien supporter le niorion et la mirasse. »

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