ANTOINE AUBERY
d'aulrui. D'aulanl plus que l'exlrôme rigueur don' devait ôlre animé cet édil semblait être tout à fait contraire à quelques-unes de ses maximes et à son procédé même, ayant toujours cru que, comme l'on ne pourrait ôlre trop sévère contre les hérésies naissantes, il fallait nécessairement tolérer celles qui, étant toutes formées, pouvaient rendre un parti considérable, el que la douceur el les raisons étaient des moyens plus propres pour convaincre el pour convertir les hérétiques, que ne pouvaient être l'emportement el la violence. » (i)
C'est Aubery qui a le premier émis le doute que le Testament politique fût l'œuvre du ministre de Louis XIII; el cela pour deux raisons, lune tirée du fond même de l'ouvrage qui n'est qu'un Iraité savant sur les cas difficiles des relations de l'Eglise avec l'Etal, l'autre sur sa forme volumineuse qui eût nécessité de longues heures de dictée à quelque secrétaire, dictée dont il n'est nulle part fait mention ; enfin u ce prétendu Testament commence par une lettre du testateur au feu roi, avec la suscriplion Armand du Plesais. Cependant il n'a jamais souscrit ses lettres à Louis XIII que de deux manières^ ou comme Evêque, ou comme Car* dinal. La première des deux élail : V Evêque de Luçon, el I autre : le Cardinal de Richelieu, Il n'y en doit point avoir de troisième, el, s'il s'en trouve, ce ne peut être qu'une pièce supposée. » (2)
Dans la Vie de Mazarin, Aubery avait à peindre
(1) Aubery ; Histoire de Richelieu, \\, p. 424.
(2) Aubery : Vie de Mazarin, IV. p. 301.
un caraolère en bien des points l'opposé de celui de Richelieu ; il s'en acquiUe avec bonheur, el monlre que, par d'autres voies, cet étranger, souple el habile, qui savait céder à propos, el d'aulanl plus puissant qu'il semblait plus s'effacer, fit marcher de front sa fortune el les intérêts de l'Etat, se vil choisi pour être le parrain de Louis XIV, el devint le continuateur des desseins de Richelieu. Comme son prédécesseur, il préparait l'opinion publique en envoyant a des articles tout faits au sieur Renaudol qui les insérail mot pour mol dans la Gazette. Il faisait imprimer el débiter secrètement des dépêches, des instructions el d'autres pièces importantes, lorsqu'il le jugeait à propos el qu'il crovail devoir ou informer ou détromper le monde. » (i) Ce qui rapproche encore ces deux hommes d'Ela'^, c'est leur dévouement à la grandeur de la France, dont les destinées leur avaient été confiées : « on ne saurait dénier à ces deux Eminenlissimes (2), nés sous des climats bien différents, l'un à i^aris, l'autre à Rome, la gloire d'avoir, avec une passion et avec un succès égal, travaillé à la grandeur de ce pays. Il n'y a jamais eu constamment de meilleurs, de plus fidèles, ni de plus zélés Français. » (5) La postérité a confirmé le jugement d Aubery.
Quoiqu'il s'attache surtout à rapporter fidèlement ce qui concerne ses deux héros^ l'ouvrage d'Antoine
(1) Aubery : Fie de Mazarin. IV. p. 402.
(2) Ce litre avait été créé par le Sairit-Siége en laveur de Richelieu.
(3) Aubery : fie de Mazarin. IV. p. 400.
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Auberv est moins une biographie détaillée de Richelieu et de Mazarin qu^une histoire générale du règne de Louis XIII et des premières années de celui de Louis XIV. La politique extérieure de la France y est exposée avec une certaine largeur de vues, et les opéralions militaires, surtout en ce qui concerne la guerre du Rhin, après la mort de Gustave Adolphe, sont racontées d une manière à ia fois claire, utile el intéressante.
Les critiques n'ont pns manqué à Auberv ; Guy Patin le traite de « chétirécrivain»», de «plume vénale, » parce qu'il reçut de la duchesse d'Aiguillon une partie des matériaux qui lui servirent à composer son histoire de Richelieu. Mais le soin qu'il apporte à discuter les documents mis entre ses mains, et dont nous avons vu la preuve dans sa réfutation du projet prêté à Richelieu de révoquer l'Edil de Nantes, fait tomber ce reproche de servilité. Quoique moins bien écrite que celle de Richelieu, l'histoire de Mazarin a pourtant une grande importance, car elle fut composée d'après les registres du Parlement, dont une partie est aujourd'hui perdue.
Modèle du travailleur, se levant tous les jours à cinq heures, ne recevant jamais de visites et ne sortant qu'un peu, le soir, pour aller converser avec quelques savants, Uu Puy, De Thou, de Vilevault, Auberv fut un linguiste remarquable et un chercheur plein de sagacité. Outre les ouvrages que nous avons mentionnés, il composa un grand nombre de Mémoires sur divers personnages, notamment sur Richelieu. Il mourut en i6g5, dans un âge avancé.
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