‹ Antoine de Laval et les écrivains bourbonnais de son tempsChapitre 33 sur 50 · TALON. - MEGRET. - GRIFFET · texte numérisé non relu

TALON. - MEGRET. - GRIFFET

Bien qu'il ail composé une oraison funèbre de Louis XIII, le Mouiinois Nicolas Talon (i6o5i6gi), à cause de ses deux principaux ouvrages, l'Histoire sainte à' après l'Ancien elleNouveau Teslannenl, et ^Histoire de Saint François de Sales, mérile d'êlre rangé parmi les historiens plutôt que parmi les orateurs de la chaire. Il est vrai que son style lient le milieu entre la gravité de l'histoire et la pompe du panégyrique, et qu'on rencontre trop souvent le rhéteur oùj l'on comptait trouver le penseur profond et le grand écrivain. Ayant longtemps professé les humanités, il se croit obligé de semer à pleines mains les (leurs de rhétorique sur tous les sujets qu'il aborde; ayant beaucoup prêché 5 I époque où le mauvais goût n'avait pas encore complèleinenl disparu, il ne peut se défendre de donner à ses réflexions la forme oratoire d'un sermon poétique prononcé devant une assemblée imaginaire. Membre de la Compagnie de Jésus, si dévouée à la glorification de la Vierge, Talon se distingue entre tous par son amour mystique et tendre pour )a [)Ius parfaite des créatures de Uieu : c'est à elle, <' unique reine de son cœur», qu'i voue ses ouvrages et, en tête de chacun, il renouvelle son vœu avec une pieuse ardeur : « que ceux qui la liront, dit-il au commencement de son Histoire Sainte, sachent que je vous Ta dédiée par un vœu solennel, afin que toutes les syllabes

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lie ce livre puissent crier vengeance contre moi, et être autant de marques de ma déloyauté, si je venais à rompre le serment que je fais de vouloir être pour jamais et sans réserve à votre Fils el à Vous « !

Professeur et prédicateur, Nicolas Talon fait de son Histoire Sainte un véritable cours de Philosophie morale, tirant un enseignement de tous les événements qu'ils rapporte : Caïn, jaloux d Abel et poussant jusqu'au crime celle passion coupable, sert à montrer « les ravages de l'envie » ; Noô s'enivrant, « les effets malheureux du vin » ; le sacrifice d'Abraham « le chefd'œuvre de l'obéissance et le triomphe de l'amour filial i> ; l'affeotioii de David pour Jonalhas « les charmes d'une vérilable amitié '). Partout sont semées des considérations chrétiennes sur l'éducation des eiifants, sur les caractères qui font reconnaître l'honnête homme el la femme forle; sur les séductions trompeuses du monde, la fragilité des grandeurs, le rôle de la Providence, les vertus, les vices, les passions, l'hypocrisie « commerce diabolique '), l'iiigralilude x marque de lâcheté», l'amour c ses extases el ses ravissements » . Parfois l'auleur s'élèvejusqu'auxprincipesde poliliquegénérale, appelant la sédition « un orage qui passe», les Politiques des gens pleins -■ d'erreurs et de tromperies »; définissant la patience <c la pierre fondamentale des républiques ». Il ne craint pas de temps en temps d'établir certains rapprochements entre le peuple de Dieu et le peuple français, el, ù propos du sacre de David, il raconte en termes enthousiastes l'origine divine delà Sainte Ampoule !

La Fie de Saint François de Sales esl écriledans le même esprit ; elle lient encore plus du sermon et de l'oraison funèbre que de I histoire. Talon divise, comme en chaire, son discours en trois points : Saint François considéré dans la vie commune, dans la vie apostolique et dans la vie miraculeuse, laissant après lui des reliques vivantes, les filles de la Visitation, des reliques parlantes, ses écrits, des reliquesinanimées, ses dépouilles mortelles.

Saint François de Sales est une des figures les plus sympathiques de l'Eglise moderne. C'est qu'à un savoir solide il unissait toutes les grâces de la bonté exquise, toutes les délicatesses de la plus ardente charilé. S'inspirant de l'esprit de douceur et de mansuétude inaltérable de son héros, Talon blAme avec lui ceux qui placent la vertu sur un sommet inaccessible, ou en font un portrait rebutant, « lui donnant un visage si plein d'horreur et de sévérité qu'elle fait peur <i ceu\ qui la voudraient aimer ». Tout le livre peut être considéré comme le développement do cette pensée. Au point de vue historique, la partie la plus intéressante de l'ouvrage est celle qui raconte les premières relations de saint François de Sales et de Madame de Chantai, deux cœurs si bien faits pour se comprendre ; et la fondation de l'ordre de la Vi-ilation qui devait être, cl fut d'abord, une institution de Charité. Parmi les Dames qui s'étaient groupées autour du saint Evoque et de iMadame de Chantai, » les unes s'occupaient à faire des lits, blanchir des linceuls, panser des ulcères, instruire des mori-

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