NICOLAS TALO
bonds, ensevelir des morts et fuire des prières pour lous, tandis que les autres étaient dans leur petite maison à préparer quelque bouillon, quelques douceurs et quelques restaurants pour les malades, ou bien à chercher quelque moyen pour subvenir à leurs nécessités ; ce qui fut cause que leur Bienheureux Directeur les appela les Filles de la Visitation >!. (i) Ayant trouvé du d;inger à laisser les \isitandines en contact avec le monde, l'archevêque de Lyon exigea qu'elles fussent cloîlrées. François de Sales se soumit, mais il voulut conserver par certains côtés à cet ordre le caraelèro de charité qu'il lui avait d'abord exclusivement appliqué : « Oui, disait ce saint prélat dans une lettre qu'il écrivait à une supérieure de son ordre, oui, ma chère tille, recevez les infirmes, car la prudence humaine est ennemie de la bonté du Crucifié, recevez charitablemeni les boiteuses, les borgnes, les aveugles, les bossues, les illégitimes, et celles dont les parents ont été exécutés » {2). Il en bannit aussi formellement les austérités, qui sont stériles pour l'avancement des âmes, et, bien qu'élevé au collège de Clermont, bien qu'en relation avec la Compagnie de Jésus dont six Pères vitirent l'assister à ses derniers moments, il décida que ses Filles n'auraient d'autre général que leur évoque diocésain, pensant qu'il n'était pas utile au catholicisme de tant affaiblir le clergé séculier au profil du clergé régulier. Talon fait en maint endroit l'éloge de saint François de Sales, mais il ne l'a
(1; Fie de Saint François de Sales, p. 4ôU. (2) id. ' p. 472.
nulle part mieux loué qu'en citant ce mot du cardinal Du Perron sur l'Evêque de Genève ; « si l'on veul me donner des hérétiques à réfuter et à convaincre, je crois pouvoir en venir à bout, mais il n'appartient qu'à M. de Sales de les gagner et de les convertir » ( i).
Comme écrivain, Nicolas Talon appartient à cette école qui veut introduire partout la pompe oratoire et es agréments d'un langage surchargé d'ornements. L'exemple des grands prédicateurs du siècle de Louis XIV fut un écueil pour plus d'un esprit estimable qui, doué de qualités tempérées, aurait pu réussir dans une sphère modesie, et tomba lourdement en voulant s'élever trop haut. C'est ainsi que l'apparition de Chateaubriand fut suivie de tentatives si malheureuses dans le genre poétique dotit seul il garda le secret. Ce qui manque le plus au Père Talon c'est le sentiment de la mesure ; il ne sait pas toujours s'arrêter à propos; il tend au sublime et naboutil parfois qu'au pathos le plu« outré, comme par exemple, lorsijue, prétendant expliquer les motifs qui ont porté Dieu à créer le monde il dit: (f Encore que Dieu fût ce qu'il est, et dans la jouissance parfaite de ses grandeurs, avant que sa main toute-puissante eût tiré les créatures du néant, sa nature toutefois demandait des hommages, sa majesté des servitude.**, sa gloire des admirations, sa bonté des reconnaissances, sa beauté des cœurs et des amours... Je me figure que la iVature, sans langue et sans voix, soupirait, quoiqu'elle ne fût
(1) Fie de Saint François de Sales, p. DO.
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pas ; il me semble que j'entends son silence el qu'elle dit à Dieu avant sa création : parlez donc, ô grand Dieu, parlez, étendez vos bras el jetez vos regards hors de vousmême, sortez des ténèbres lumineuses qui vous composent un jour sans nuit, et une nuit plus éclatante que le jour » (i).
Cependant, quoique ce mauvais goût soit le défaut ordinaire de notre auteur, il ne règne pas sans partage dans ses œuvres ; on pourrait ciler plus d'une page écrite d'un stvie ferme el sévère ; celle, entre autres, où il condamne la sollicitude exagérée des parents pour l'avenir de leurs enfants, qu'ils rendent esclaves de fondions souvent rebutantes pendant la meilleure partie de leur existence : :( A peine sont-ils conçus, qu'on cherche des appuis pour les pousser dans le monde et pour établir leur fortune; tous ces petits forçats sont etigagés à quelque chaîne, et ceux qui ne leur en peuvent donner d'or, leur en forgent de fer ; enfin, si l'on ne peut espérer de les mettre au timon et près du gouvernail, on les condamnée quelque rame, el, au lieu de leur donner la liberté, on leur chercheune seconde servitude )> (2). On pourrait également rencontrer dans le genre gracieux plus d'un passage où, le ton n'étant point forcé, la beauté des images rend plus sûr l'effet du ra'sonnemetil : telle esl cette peinture de la mobilité et de la fragilité de l'enfance, qu'une sage éducation peut cependant rendre forte el
(1", Histoire Sainte. T. I. p. ?>.
(2) Vie de Saint François de Sales, p. 10.
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capable de résister à tous les enlraînemenls : « 11 csl vrai que le cœur des enfanls est un oiseau volage et inconstant, et qui est toujours prêta s'envoler; il est vrai que sa pureté est une fleur qui se flétrit au moindre vent, et tous ses désirs des éclairs qui ne font que |)asser, et toutes ses affections des flammes qui meurent en naissant ; mais quand une fois cet aigle a pris son vol vers le ciel, quand ce lis est planté dans une terre vierge, et quand tous ces éclairs et toutes ces foudres s'élèvent sur les nues, on ne doit rien appréhender » (i).
Il V avait chez le P. Talon du moralisie et du poêle, et il ne lui a peul-êlre manqué qu'un peu plus de sévérité dans la correction de ses œuvres pour se placera côté des meilleurs écrivains du grand siècle.
Le Bourbonnais eut son D'ITozier dans la personne du Moulinois Jean Meguet. Sa famille, sur laquelle il donne des détails assez étendus, s'nttachant surtout à faire ressortir que ses ancêtres avaient rang d'écuvers et vivaient noblement, est originaire du Lyonnais ; mais, ù la fin du seizième siècle, un Megrel s'établit dans le Bourbonnais, pI ses descendants y occupèrent d'honorables emplois: la charge de procurent- du roi en réiection de Moulins resta longtemps comme leur propriété exclusive ; il en fut de même de celle de Trésorier de France en la généralité de Bourbonnais que Juan Megrel reçut de son père qui l'occupait lui-même depuis i6o5.
(I) P'ie de Sahit François de Sales, p 33.