‹ Antoine de Laval et les écrivains bourbonnais de son tempsChapitre 35 sur 50 · JEAN MEGRET · texte numérisé non relu

JEAN MEGRET

Par la nature de ses fondions, Megret fut lié avec un grand nombre de familles honorables de sa province et, par ses travaux, avec la plupart des hommes de I.eKres de son temps ; mais d'une susceptibilité exagérée, il ne paraît pas avoir connu les amitiés durables. Ainsi il se brouilla avec l'abbé de Marolles^ Tiin de ses plus anciens amis, parce que celui-ci avait critiqué un peu ve'rtement ses poëmes latins. Pour se venger de ce jugement sévère, Megrel le mit sur le compte du radotage : « Je pardonne, dit-il, à sa caducité et à son infirmité, car il est mort h quatre-vingts ans » (i).

Esprit chagrin, il était convaincu que sa famille se trouvait fatalement condamnée au malheur : « on saura, écrit- il à la fin de ses Généalogies, que la tige de tous les Megret est messire Lambert Megrel, dit le magnifique, homme plus de mérite qu'heureux en sa vie, comme la plupart de ses descendants ». Ils sont moins rares qu'on ne pense ces caractères faibles et portés au découragement qui se croient poussés ainsi par une force mystérieuse au milieu des peines et des tribulations: les cœurs vaillants sont l'exception, et nous sommes prorapts à rejeter sur je ne sais quelle aveugle destinée les épreuves de la vie qui ne sont le plus souvent qu'une conséquence rigoureuse de nos erreurs ou de nos défaillances. Megret a pu avoir, cependant, quelque raison, non pas de se plaindre du sort, mais de regretter que le temps lui eût manqué pour achever les ouvrages qu'il avait entrepris et qui auraient pu lui assurer le renom

(I) Megret: Eloge des hommes illustrei, p. 11.

des \Iéneslrier,des Le Laboureur el des D'Hozier. Nous n'avons, en effet, de lui que deux petits volumes : les Genéalogies de quelques familles du Bourhonnais (i), utiles à consulter pour l'histoire de celte province (2), el les Eloges des hommes illustras non Bourbonnais (3), où il fournil des renseisnements intéressants sur quelques-unes des célébrités qu'il a connues. Afais il avait édité, en i665, le Fleuron Boijal, et préparé de nombreux travaux dont il donne lui-même la liste pour répondre aux critiques qui l'accusent de stérilité : une grande carie historique el héraldique des papes jusqu'à Alexandre VII; trois volumes d'épitaphes choisies; quaranle-deux généalogies des papes des phis nobles maisons ; un gros volume de proverbes en diverses langues, latin, espagnol, italien el français; el ÏHistaire du Bourbonnais, ^ laquelle il a commencée par quelques généalogies qui seront la fin de l'œuvre ». Ce dernier ouvrage sérail précieux pour nous; peut-être justifierail-il la devise que Jean Megrel avait empruntée à Horace : « Je ne mourrai pas tout entier » !

(1) Généalogies de quelques nobles fainUles du Bourbonnais, et autres lieux, avec les preuves tant domestiques que par les services actuels rendus dans les armées ou dans les emplois des charges de la robe ou des linances, etc., recueillies par messire Jean Megrel, ancien Trésorier de France en la Généralité de Moulins^ - ■ alcalins, chez Claude Vernoy, imprimeur ordinaire du roi et de la ville, aui armes de France, 1685.

(2) On y voit notamment qu'un écrivain Bourboimais, François Blanchard, avait fait un livre sur les Présidents à Mortier. — Paris» — 1047

(3) Elogf^s des hommes illustres non Bourbonnais, tirés de l'his toire, de divers actes authentiques et domestiques, etc. — Moulins, chez la veuve r.laude Vernnv cl riandc Vernov son fils. — IfiSO.

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