‹ Antoine de Laval et les écrivains bourbonnais de son tempsChapitre 37 sur 50 · PIERRE PETIT · texte numérisé non relu

PIERRE PETIT

!.e géographe du roi Pierue Petit fui un savaiil universel. Né, non pas à Moulins (i), el en i594. (2} comme on l'a cru à tort, mais à Monlluçon, le di décembre 1598, ainsi que l'établissent plusieurs actes authentiques rapportés par Moréri, Pierre Petit, comme Pascal, montra dès l'enfance une aptitude extraordinaire pour les sciences. Contrariée par des arrangements de famille, cette vocation ne put se manifester librement qu'à partir de i635. Ayant alors perdu son père, Petit résigiia la charge de conlrôleur en l'élection de Montiuçon qu'il avait acceptée pour lui faire plaisir, et vint à Paris où, protégé par Richelieu, il vit promplemeiit son mérite apprécié par le public et par le gouvernement. Nommé successivement conseiller d'Etat, commissaire provincial d'artillerie, ingénieur el géographe du roi, et enfin intendant général des fortifications de France, il fut chargé de diverses missions analogues à celles qui furenl plus tard confiées à Vauban, son successeur dans le poste de commissaire général des fortifications. Il rédigea à celle occasion plusieurs notes importantes sur les ports de France el d'Italie qu'il avait visités par ordre du roi.

(1) Celalogue Ripoud.

(i) Dictionnaire <lfe Hnulllet.

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Pelil ne resla étranger à aucune des grandes découverles de son temps; il eut I honneur d'associer son nom à ceux de Descaries, de Pascal et de D. Cassini, dont il sut se concilier l'eslime et l'amitié. Descaries ayant fait paraître, en 1657, sa Dioplriqiie qui complétait celle de Kepler et poussait fort loin la théorie de la vision, n'eut pas de plus ardent défenseur. Ayant eu connaissance, par le P. Mersenne, des découvertes sur le vide, faites en 1643 par Torricelli, Petit, (( Irès-hablle en ces sortes de sciences, " ( ^) en lit part à Pascal et, de concert avec lui, renouvela à Rouen, où le père de Biaise Pascal exerçait les fonctions d'Intendant, les expériences du jeune successeur de Galilée, qui furent ainsi confirmées et développées {1646). Il les consigna dans une lettre à Pierre (jhanut, ambassadeur de France en Suède (1647). Savant distingué lui-môme, Chanut, qui était de Riom et avait conservé des relations suivies avec sa patrie, se faisait gloire de signaler à Christine les illustrations de la France ; il s'associa aux travaux de Pascal et Périer sur la pesanteur de l'air et contribua puissamment à attirer Descartes à Stockholm. C'est grâce à lui que le nom de Petit parvint jusqu'à cette jeune princesse, qui ne craignait pas de se lever tous les jours à cinq heures du malin pour s'occuper de métaphysique, et dont le palais était l'asile des Lettres, des Sciences et des Arts.

(1) Préface des Traités scten'ifîques de B. Pascal.

Pierre Pelil se (il connaîlre comme hislorien, géogra plie, malhémalicien, physicien, astronome, ingénieur, mécanicien et philosophe. Historien, Petit donna en i656 un Discours sur la chronologie, dans lequel, complétant la Chronologie de Scaliger el préparant des matériaux pour celle du P. Labbe, il pose les vrais principes de Part de vérifier les dates. Géograplie, il dessina la Carie du gouvernement de La Capelle. Cette petite ville de Picardie, voisine de Guise, à la défense de laquelle elle contribuait, était alors importante, car c'était par cette partie de notre frontière septentrionale que les Espagnols espéraient trouver un chemin vers Paris. En i656, ils s'étaient emparés de La Capelle, mais le cardinal de La Valette la reprit l'année suivante. C'est donc surtout au point de vue stratégique que fut dressée la carte de ce petit gouvernement. Mathématicien et géomètre. Petit démontra qu'avec une simple règle on pouvait faire toutes les opérations où l'on emploie le compas de proportion, instrument très-utile pour trouver des proportions entre des quantités de même espèce, mais dont l'usage exige des connaissances mathémati • (jues assez étendues. Il fixa aussi par de savants calculs le jour auquel Pâques doit être célébré. Commissaire d'artillerie, il écrivit un ouvrage sur les divers calibres des bouches à feu, ainsi que sur la construction et l'emploi de ce compas particulier, aux branches recourbées, qu'on appelle aussi Calibre, et qui, portant des divisions gravées et une série de crans, sert à mesurer le calibre des canons et celui des boulets. Physicien, il composa

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un Irailé imporlanl sur la chaleur, el jjarlagea avec Pascal l'honneur des premières expériences faites en France sur le vide. Astronome, il fil lous les calculs relatifs aux deux éclipses de i652, et s'efforça d'expliquer la nature des comètes, dont on n'avait pas encore bien connu les conditions météorologiques. Ingénieur, il donna l'avanl-projet de lendiguement de la Seine dans Paris et fil une enquête sur la jonction des deux mers. I^es rives de la Seine, aujourd'hui l'une des beautés de Paris, étaient, au milieu du dix-septième siècle, presqu'enlièreinenl ouvertes el, lorsque la Marne et la Seitie grossissaient en même temps, le fleuve s'avançait assez loin de son lit, ce qui contribuait à rendre une partie de la ville boueuse el malsaine. Petit indiqua la cause du mai el son remède dans un opuscule qui parut en 1 658, et Louis XIV, donnant l'exemple à ses successeurs, construisit les premiers quais, dont une inscription, placée près du pont Notre-Dame, rappelait la salutaire InQuence sur la salubrité publique, (i) Quant au canal du Languedoc, il avait été mis à I élude bien des fois depuis 1 539: des enquêtes furent faites en iSgS, i6o4, i(3i4, 1618, i652, 1660^ el enfin en 1666, dernier terme des hésitations et des lAlonnemenls. Pierre Petit reprit el discuta les rapports d'Adam do Craponne el de Reneau, son élève, sur la jonction des d(!ux mers au moven de l'Aude el de la (iaronne, el

M) Ludovici Magni aupiciis, ripam haut-, fiedain nuper et inviam, nunc publicum iter el ornamentiim urbis fieri C C Praef. et ïd., anno M. D. C. LXXV.

facilita ainsi les travaux de Riquel, dont le grand Corneille annonça le triomphe dès 1667(1). Philosophe, il combaUil en prose et en vers les folles terreurs que causaient à ses contemporains l'apparition de Téclipse de 1 654. Il osa aussi, d'après certains biographes, entrer en lutte avec le célèbre Cureau de Lachambre, médecin-phvsionomisie de Louis XIV, dont il critiqua vivement, disent-ils, le Système de l'âme, publié en 1 66/| . Mais c'est là une erreur due à la similitude des noms propres ; il suffit pour s'en convaincre d'ouvrir lun des derniers ouvrages de Lachambre, la troisième partie de son Arl (le connaître les hommes. Dans sa préface, l'auteur se plaignant des critiques « d'un sieur Petit, médecin dans Paris», ajoute : " les injures mêmes qu'il a vomies contre moi et contre tous ceux qui ont favorisé mon opirùon ne m'auraient pas donné assez d'indigf)alion pour me faire mettre la main à la plume, sachunt bien que c'est le style ordinaire de ceux qui sortent fraîchement de l'école ».... Or, notre Petit n'était pas médecin, et de plus il se trouvait trop âgé à cette époque pour qu'on pût lui reprocher d'être « fraîchement sorti de l'école ». Il s'agit de son homonyme, Pierre Petit, son contemporain beaucoup plus jeune (i 617-1687

^1) Voici le début de lapièi-e de vers que Corneille consacra à célébrer cilte grande conception :

La Garonne et i'Âtax, dans leurs grottes profondes. Soupiraient de tout temps pour voir unir leurs ondes, Et faire ainsi couler, par un heureux penchant, Les trésors del'Aurore aux ri\es du Couchant.

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