JEAN BANC
nage plus curieux que les préc(^denls se soil charilablemeril embesoigné de faire séparer le mélange des eaux douces d'avec les eaux minérales ».
Sous le nom de w narration hisloriale », Banc fait souvent l'historique des principales cures dont il a été le témoin. Ce n'est pas la partie la moins intéressante de son ouvrage: il y est fréquemment question de médecins, alors célèbres, du Bourbonnais et de l'Auvergne, avec qui l'auteur était en relation ; il était surtout fort lié avec Jean de Lorme, médecin de la reine Louise, du cardinal de Lorraine, et bientôt du roi de France, « homme très-docte et expert dans sa profession ». Il jouit lui-même d'une juste célébrité: Claude Billard le chanta en latin et en français, et beaucoup d'autres l'imitèrent (i). Ces éloges étaient bien dus au zèle, à l'abnégation, au patriotisme de l'homme distingué qui, par son dévouement et ses veilles, fit faire des progrès sérieux à l'une des branches les plus importantes de la médecine.
Telle est en y ajoutant le nom et les œuvres d'Antoine de Laval, la part considérable que prirent au mouvement
(1) Parmi les vers qui lui furent adressés, on remarque une épigramme latine fort élégante signée « Barlhomivatus arvernus»,et des stances trés-curieuses d'un a>ocat au parlement de Paris, nommé Corbiu ; en voici une strophe, c'est un chef-d'œuvre de pathos :
Ces bains si bien dressés dans le bain d'éloquence. Sont un bain de délice et d'un aise parfait ; Les bains de ton bien dire et les bains de la France Nous poussent à la nage en un fleuve de lait !
de la Renaissance les écrivains du lîourbonnais. Qui pourrait nous blâmer d'avoir lente, malgré l'inégalité de nos forces que la rareté des documents a souvent rendue plus sensible encore, d'en tracer une rapide esquisse ? Lorsque nos législateurs songèrent à élever à Paris un temple destiné à devenir le Panthéon des gloires de la patrie, ils eurent une noble et généreuse pensée. Pourquoi envierait-on aux provinces, qui ne peuvent édiBer ces somptueux monuments de marbre, l'honneur d'ouvrir un Livre d'Or, où elles inscriraient les titres de noblesse de leurs célébrités? Certes toutes les villes ne peuvent point compter au nombre de leurs enfants des Sully, des Colbert, des Corneille, des Bossuet ou des Voltaire ; ils sont rares ceux que Dieu a marqués au front du sceau du génie ! Faut- il donc pour cela dédaigner les hommes de mérite qui sont parvenus à se faire un nom honorable dans Thisloire de la civilisation ? Faut-il refuser un juste tribut d'admiration à l'esprit, aux talents, au caractère, aux services signalés, aux grandes vertus de ses concitoyens ?
Même renfermé dans ces proportions modestes, un pareil travail ne peut être l'œuvre d'un seul homme ; que chacun apporte donc sa pierre à I édifice et fasse mentir cette désobligeante prophétie d'un critique : « je ioins ici la note de quelques gens de Lettres que Moulins a produits dans le dernier siècle ( le poëte Lingendes, Gaulmin, Bérigard, Nicolas Delorme ), car selon les apparences le supplément sera court à l'avenir ») . On
peut au contraire, el nous croyons l'avoir prouvé, donner un ample supplément à la liste du chevalier de Jaucourt. De nos jours encore, non moins qu'au lempsde la Renaissance, Moulins peut être justement regardé comme l'asile des Belles-Lettres: il a, en effet, ses sociétés savantes fort actives, ses cours publics Irès-suivis et ses prix destinés à encourager les talents. Nous regrettons qu'une réserve facile à comprendre nous empêche de citer des noms propres; mais plusieurs de ces noms sont déjà bien connus dans le monde des Lettres et des Beaux-Arts. Qu'il nous soit du moins permis de remercier pour leur empressement à mettre à noire disposition les ressources soit des archives, soit des bibliolhèques publiques ou privées, M\L Chîizaud, archiviste-paléographe du département de l'Allier, Conny, bibliothécaire de la ville de Moulins, Jahidon de la Barre, conservateur de la bibliothèque de l'ordre des avocats, Bouchard, avocat, auteur de nombreuses publications sur le Bourbonnais, Bertrand, vice-président de la Société d Emulation de l'Allier, à qui l'on doit d'importantes découvertes archéologiques.
Avant de passer à Antoine de Laval el d'aborder Tétude de ce noble et généreux caractère, nous croyons qu'on nous saura gré de placer ici quelques renseignements inédits sur une question qui intéresse à la
fois la ville de Moulins el la famille de Montmorency. Une tradition veut que le monument si remarquable qui fait l'ornement de la chapelle du Lycée^, et qui fut élevé par madame de Montmorency aux mânes de son époux infortuné, ait renfermé, au moins jusqu'à la Révolution, le corps du malheureux vaincu de Caslelnaudary. Quelque respectable que soit celte tradition, bien justifiée par la profonde douleur de celle qui voulut finir ses jours auprès de ce mausolée, nous pensons qu'un doute peut s'élever à ce sujet (i), et, en l'absence de toute pièce des archives de Moulins, constatant le dépôt du corps dans la chapelle de la Visitation, nous nous sommes demandé si le monument ne serait pas un simple cénotaphe el si la victime de Richelieu n'y aurait pas été uniquement représentée par la belle statue que, fidèle à de pieux souvenirs, sa veuve voulait avoir constamment sous les yeux en priant au pied de l'autel? Les éléments nous manquent pour résoudre le problème; nous nous contentons donc de le poser, en transcrivant les documents qui suivent, el que nous avons copiés à Toulouse, sur les originaux. Nous les faisons précéder d'une lettre également inédite de Louis XIII au cardinal de La Valette ;
(I) L'église de la Visitalion fut bâtie pour recevoir le mausolée ; or, Madame de Montmorency ne posa la première pierre de celle église que le 2 juillet 1648 (A. Renée : Madame de Montmorency, p. 230) cl c'est en 1615 que le corps avait été enlevé de Toulouse.
CONCLUSION. i285
Lettre du roij Louis XIII à M" le cardinal de La Valette, abbé de Saint-Sernin, par laquelle il luy permet de faire faire un service dans l'Eglise de Saint-Sernin pour le feu duc de Monlmorancy (1).
Mon cousin le Cardinal DE La Valette,
Mon cousin, Je vous écris cette lettre pour vous dire que Je trouve bon que vous faciès {sio célébrer un service "dans l'Eglise de v"'^^ abbaye de S' Sernin, en ma ville de Tlioulouze (sic; pour le deffunt [sic) duc de Montmorancy {sic), sur quoi j'écris aussy àmon Cousin le duc d'Aluin. gouverneur, mon lieutenant général en la province, pour l'en informer, comme aussi au président du parlement de Thoulouze, priant sur ce Dieu qu'il vous ait, mon Cousin, en sa S*« garde. — Fait à Chasteautliiery, le xiij« jour d'octobre 1633.
Signé : LOUIS.
Et plus bas : bouthillier.
Voici mainlenanl la première des deux pièces qui concernenl le corps de Moiilmorency; on lil sur l'un des angles :
f64â. — Ordonnance des vicaires généraux de if"" l'archevêque de Tlioulouze portant que le corps du duc de Montmorancij sera tiré de l'Eglise de S^ Sernin, oie il csloit inhumé, pour estre transporté au tombeau de ses ancestres, le d. corps n'ayant pas esté délivre en vertu de la d. ordonnance, mais par d'autres voyes. Les Vicaires généraux de Monseigneur l'illust'»» et Révérendissime père en Dieu Messire Charles de Montchal, par la miséricorde de Dieu archevesque de Th. à tous ceux qui cespr'«' lettres verront salut et bénédiction. Sur la requête à nous présentée par le sieur de Maurens,
(t) La lettre du roi est pliée en quatre; ce qui précéda est écrit sur l'un (les plis.
jadis escuyer et genlilhomme ordinaire du feu seigneur duc de Montmorancy, fondé de procuration à lui faite par la Dame des Ursins, vefvedud' feu seigneur duc, en datte du septiesme jour de ce moys et an, à Molins, par devant ni" Viguier et Goulard, notaires royaux, et certitiée par le sieur Claude Rey, président et lieutenant général du siège présidial du d» Molins, le onze du mesme moys,contenant que le Roy, à la prière de la d'* Dame, ayant permis que le corps du d' feu seigneur de Montmorancy soit tiré de l'Eglise abbatiale de S' Sernin de cette ville, où il est jnhumé, pour de là estre porté à Montmorancy en la sépulture de ses ancestres, par la voye de Molins, il nous pleut permettre de tirer le d» corps de la sépulture où il est, à l'effet de la d^* translation. — Veu la d«« requeste et les lettres qui ont été escriptes à ces mesmes fins à mon d' sf^ignpurl'archevesque par Monseigneur Gaston, duc d'Orléans, oncle du Roy et Lieutenant général de l'Eslat, et par la Dame des Ur?ins, vefve du d* feu seigneur de Montmorancy, du dix« May et du trois» de Novembre dernier, et désirant favoriser ses pieux désirs. Nous avons ordonné et ordonnons que le corps du d^ feu seig leur duc de Montmorancy sera tiré de la sépulture où il est en l'Eglise abbatiale de S' Sernin, pour estre transporté en celle deses ayeux, à la charge qu'il soit au moins accompagné de deux prestres séculiers ou réguliers, avec décence; deffendons à toutes personnes ecclésiastiques et autres d'y apporter aucun empeschement, et en cas de reffus ou opposition, permettons au d' sieur de Maurens d'implorer l'ayde du bras séculier, et mandons au premier clerc ou huissier de cette ofïlcialité de signifier notre pré^ ordonnance à qui il appartiendra. Donné à Th. le vingt-cinquième jour de février mil six cent quarante-cinq : J. Deciray vic-e gi et Flous aussi v« gi, ainsi signé à l'original qui est par devers moy, secrétaire de l'archevesché soussigné qui en ay tiré le présent extrait.
CALI.\r.ACHE.
roN'CLUSTON. 287
L'oulre pièce esl le procès-verbal de la levée du corps;'eI!e porte sur un pli :
Acte suivant lequel fut faite la deslivrance du corps de feu Monsieur de 3fonlmoranry. — ini5.
Elle a pour lilre :
Réception du corps de Monlmorancxj.—Le chap^'" S'- Sernin. — Le sieui' Mau)cns. ■ ■ Du premier de mars t643.
L'an mil six cent quarante-cinq, le premier du rnoys de mars, sur l'heure de midy, à Th. dans l'Eglise S' Sernin, régnant Louys, par la grâce de Dieu roy de Franceet de Navarre, par devant nioy wf-^ et témoings. a esté présent et constitué en personne nohle François de Souinran, sieur de Maurreins, escuyer et m<' d'hoslelde très-haulte et très-illustre princesse Madame jSîarye Félice des Ursins, vefve de très-hault et très-puissant seigneur messire Henry duc de Montmorancy, Lequel sieur, en vertu de la procuration à luy faite par la d. Dame, retenue par Viguier et Groulard, notaires, habitants cle la ville de Molinsen Bourbonnoye. du septième de febvrier dernier, remize vers moy n'« en original, a reçu et retiré présentement de messieurs Maistre Gabriel de Pelletan, trézorier, et François de Béral Marseilla, scindic, chanoyne du vénérable cliapp'^' de l'Eglise S' Sernin, au nom que procède, et faisant pour lo d^ chapp", le corps du d' seigneur de Montmorancy, avec les entrailhes quy estaient^ dans ung barril, pour estre remis dans la caisse où les ossements sont. — La deslivrance du quel corps et entrailhes a esté faite par les dits sieurs trézorier et scindic du d' chapp% en vertu de délibérations prinses par le d^ chapp« ; lequel corps estait ensevely dans la chappelle S' Exupère. Présens : M"" Jean Desplats, prêtre, et Anlhoine Caliagaphe, secrétaire de l'archevesché. Signé ;i la minufejavec les
dits sieurs et moy Mathieu Villezès, nol"- royal au dit
Th. soussigné requis.
Villezès.
Ainsi, d'après les mois que nous avons mis en italiques, c est à la prière de Madame de Montmorency que le corps du duc aurait été transporté dans les tombeaux de ses ancêtres à Montmorency ; mais, toutefois, le funèbre cortège aurait passé par Moulins.
M. A. Renée dit bien, à la page 249 de son ouvrage : « après l'achèvement de l'église et l'érection du mausolée, elle y 6t transporter le corps du feu duc » ; mais il ne cite aucune pièce à l'appui, et il semble formellement contredit par un contemporain de Madame de Montmorency, l'imprimeur Jacques Vernoy qui, dans un opuscule intitulé : « Relation de ce ifui s'est passé en la solennité de la canonisation de saint François de Sales, etc. « (i) après avoir fait une pompeuse description du mausolée, ajoute : « Tout audessous se voit un grand carré de marbre jaspé, sur un fond noir, où, dans le vide, on a placé une urne d'un travail exquis, comme pour y placer les cendres de cet il' astre héraut » (sic). Ces cendres ne s'y trouvaient donc pas en 1666 !
(Ij .\n bas de la première page de cette pièce, imprimée à Moulins en 1666, Jacques Vernoy s'intitiife <■ imprimeur ordinaire du Roy. » à l'enseigne du nom de .lésus. Nous avons déjà constaté l'existence de deux imprimeries à Moulins; y en aurail-il eu une troisième dès le dix-septième siècle, ou bien l"une des deux autres avait-elle changé d'enseigne ?