‹ Antoine de Laval et les écrivains bourbonnais de son tempsChapitre 5 sur 50 · APRES SA KEINIOV AU DOMAINE ROYAL. O · texte numérisé non relu

APRES SA KEINIOV AU DOMAINE ROYAL. O

Huguenots el les Ligueurs; mais les événements de la i^uerre des trois Henri, où Joveuse périt à Coulras, tandis que Guise triomphait à Vimory et à Auneau, déjouèrent complètement ses espérances (i).

A peine sorlidesembarrasdela guerre civile, Henri IV fil à Moulins une entrée solennelle dont Antoine de Laval nous a conservé la relation enthousiaste ( iSgô). Il y revint, cinq ans plus lard, en allanl surveiller les menées du duc de Savoie^ et, celle fois, s'y arrêta assez loriglemps (il y vint à la fin de juin et s'y trouvait encore le 1 1 juillet), incertain s'il continuerait son chemin vers Lyon, car la marquise de Verneuil le rappelait à Paris. Mais, l'accident arrivé à la marquise (2) et les sollicitations de Sully engagèrent le roi à poursuivre l'exécution de son premier projet (5).

(I) Anquelil: Esprit de la Ligue, II. \). "271.

("il I.c loniKTie élanl tombi' daii? sa chambre, elle i'|Kouva luie si jjraiifie IVayeur qu'elle mil au monde un cnlaul mcr(.

3; P.iidanf ce séjour, Sully fut en bulle u de nombreuses récriminations : le duc de Savoie avait gagné beaucoup de personnes de I entourage du roi; beaucoup au>si regardaient comme un grand malheur la rupture probable de la paix de Vervins, car on savait que le roi d Espagne poussait secrètement Charles-Emmanuel, et lui promettait de puissanis secours. Sully rapporte une scène assez vive qu'il eut à cette ociasion avec le chancelier Bellièvro, partisan décidé de la paix, mais qui ne put faire prévaloir ses conseils contre le zèle éclairé (!e l'auiido HenrilN ; îîdsiiv savait bien que l'ennemi n'était pas prêt, et que l'empècber de gagner du temps, c était le vaincre d'avance. {Mémoires de Sully, 111, p. 3i8 et suiv.i La position centrale de Moulins engagea ce ministre a y placer un dépôt d'artillerie, ce qu'il lit eu I0J8. A cctle'oc.dsiun, le gouverneur Sjinl-Geran lui écrivit en • er.au's tres-chaicareu\ pour le remercier au nom d une ville « qui recevait de lui des embf'lissements qu'elle navait jamais espérés. » ' mémoires de, Sully. Vil, p. î07).

6 ÉTAT UU BOl UBONXAIS

Louis XIII, accompagné de Richelieu, fui aussi reçu en grande pompe par les Moulinois ; mais la profonde douleur qu'abrilail le couvent de la Visitation, où la veuve de Montmorency avait cherché un refuge, dut attrister pour lui et son ministre l'éclat de ces fêles.

C'est aux princesses de leur famille que les rois de France réservaient le Bourbonnais : les veuves y trouvaient un douaire digne d'elles, les filles légitimées un patrimoine presque royal. Celle province fut, à ce titre, successivement possédée par Catherine de Médicis qui, étant chez elle en i566, fit avec grâce les honneurs de son château aux princes, évêques et magistrats convoqués de tous les points du royaume; par Diane de France, duchesse d'Angoulème, fille légiliméc de Henri II (i); par Elisabeth d'Autriche, veuve de Charles IX el petite-fille de Charles-Quini, qui, si elle habita plus constamment Vienne que Moulins, n'en consacra pas moins ses revenus de France à doter des jeunes filles pauvres, à servir des pensions à des F'rançais de mérite ; par Louise de Lorraine, la veuve dévouée de Henri III ; par Marie de Médicis, veuve de Henri-le-Grand^ qui soutint de sa protection el admit dans sa familiarité les honitncs marquants de ce pays;

II) A sa mort, Diane laissa tous se» biens à son petil-ueveu l'rançois •le Valois, fils de Cliarics de Valois, comte d'Auvergne, et de Ctiarlotte de Moiilmorencj C'est à partir d;', celte époque (lf;i9i que Charles de Valois, jusqu'alors connu sous le norn de comte d'Auvergne, prit le litre de duc d'Angoul(5nie. Diane avait la lieutenancc du Bourbonnais. Une autre femme, la marquise de La Vallière, rempli!, en 1686. les fonctions de îîouverneur^ pi-ndiuit 1 1 minorité de son ûls. (Jrclùies de Moulins.

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enfin par Anne d'Aulriche, qui, en 1649, conduisit son jeune fils à .Moulins el dt^joua par sa présence les secrètes espérances des Frondeurs. Anne fui la dernière duchesse douairière du Bourbonnais : Louis XIV échangea celle province conlre l'Albrel, en 1661 ; mais quand elle sorlit des mains du roi, ce lui pour passer dans celles du héros de Rocroy, de Fribourg, de Nordiingue el de l.ens, Louis 11 de Condé, dont la famille la possédée jusqu'à la Révolution .

Tant qu'ils en reslèrenl les maîtres, les rois de France s'appliquèrent h doter le Bourbonnais de loules les grandes institulions de la monarchie. Les Grands Jours furent tenus trois fois à Moulins (1534, i54o, i55o) ; ils étaient pour les officiers du ressort une école de dignité, de gravité, de savoir, en même temps qu'ils favorisaient la transformation en droit nouveau des vieilles coutumes du pays. A ceux de i54o el de i55o assistèrent Dumoulin el Papon, auteurs de commentaires célèbres sur ces coutumes. A partir de i55i. Moulins eut un Présidial deslin.é à donner plus de garanties aux plaideurs, à mettre plus d'économie dans rinslruclion des procès, à apporter plus de promptitude dans leur solution (i). En 1587 il devint le chef-lieu d'une Généralité

1; Tandis que le Sénéchal et son lieuleiianl pouvaient iiiiinoDier seuls, il fallait au Présidial, pour rendre un arrêt, que sept conseillers fussent présents ; la sentence devait faire mention des épices ou honoraires dus aux juges, qui recevaient en outre un trailcnient live fi l'orijîine ce traitement était de 100 livres) prélevé sur les revenus des villes du ressort; la compétence définitive du Présidial s'étendait jus-

8 RENAISSANCE LIÏTEliAlRE

qui comprit trois sièges sénéchaux ou présidiaux : Moulins, Guérel, Saifit-Pierre-le-Moulier, et sept élections. Il reçut même, vers celte époque, un Parlement qui devait embrasser presque lonle la région moyenne du royaume, mais qui n'eut, malgré les efioris de Laval, qu'utie existence éphémère. Il fut dédommagé un peu plus lard par la créalion d'une Intendance qui, comme la Généralité dont il était le cenire, étendait sa juridiction sur trois provinces ( i).

Là, comme presque partout, les Intendants mireni leur gloire à laisser des témoignages mémorables de leur administration, soit en augmentant les ressources du pays, .«oit en assainissant et en embellissant les villes. MouHns tint la première place dans les préoccupations de celte nature. Démantelé en 1681, il vil s'élever sur ses anciens fossés de belles promenades dont le nom, témoignage de reconnaissance, rappelle ceux qui les ont [ilanlées. C'est en grande partie à ces promenades que Moulins doit ce cachet particulier d'élégance qui séduit tout d'abord les étrangers ; aussi Boileau, venu dans

(lii'a 250 livres de principal, ti, par pro\ijion, jusqu a âOO livrer. — Nous empruntons ih?s détails au rcr.iarciuahie huvuil d;: M. Mepiaiii. juye au Iribuii^l civil de Moulins, sur les jiiri>coiisuiies (iu Bourbonnais. Cet ouvra{;e a été n(.trc principal {^nide dans les questid'is de jurj>prudence.

1) Ce n'est pas en MilO, comni*" on le lrou\e dans ccrioines hisluirj> du Bourbonnais, mais des l'origine même de l'iMstilution, que Moulins cul des lnti;ndanls. Il existe an\ archives un acte relatit' à la nomination de .M. Mcsgriyny à ce poste le lU janvier 1G.i6. — Moulins tut éffalenienl une desTiUutre premières \illes dans lesquelles Decker élai)lit des Etats provinciaux, dont les attributions avaient beaucoup de rapport rt\ec celles de nos Conseils {généraux, 1 If) mars 1780.

AU Wr ET AU Wll' SIECLE. 9

!e Bourboiiruiis pour guérir une maladie du larynx, pul-ii complimenler avec juslice lîacine, son ami, sur la dislinclion d'une ville digne i< d'avoir un Trésorier de France commejui » (i).

Tandis qu'il éprouvait ainsi les bienfaits de ses souverains, le Bourbonnais ne s'abandonnait pas luimême : partout les travaux d'édililé se multiplièrent et rendirent plus accessible et plus attrayante une contrée à laquelle ses sources d'Eaux thermales réservaient un brillant avenir. La municipalité de Moulins se fit surtout remarquer par son zèle éclairé. Non-seulement elle s'associa aux efforts faits par les Intendants pour la transformation de la cité, mais, persuadée qu'il est impossible à une ville d'êlre un centre important si elle manque d'un grand élablissemenl d'instruction publique, elle seconda de tout son pouvoir la fondation, dans ses murs, d'un collège dont les Jésuites, alors en grande faveur auprès de Henri IV, reçurent la direction.

Le brevet royal, daté du 29 juin iGo/j, permettait l'établissement de ce collège « dès que les habitants auraient préparé et mis en étal les maisons, demeures et autres commodités requises » (2) : non contents de

■ I) Voici le pasiajje textuel de la Icitre de Buiieau à Racine; cette letlie est datée do Moulin*, le 13 août 1687 : . Moulins est une \ille irès-marcliande et ircs-peuplée et qui n'est pas indigne d'avoir un Trésurier de France comme vous. .. .^I. de Chamblain - C^hez qui Boiloau avait soupe la veilie,)— connaît fort votre nom — Racine axait alors, depuis dix ans, donné tout son théjl e, ^dui Lstlicr cl .////(t/zV,— aussi bien que tout le monde de celle \i'!c qui s'honore l'orî d'avoir un mayi^trat de votre force et qui lui est si peu h charj;e ■' . — \ la même epi.queRoursault était receveur des fermes a Monllnçon. 2) Arcl)ivc^^ de Moulins. — D.l.

10 RENAISSANCE I.ITTÉKAIKE

salisfaire d ces prescriptions, le maire et les écheviiis abandonnèrent aux K. P. les terres et seigneuries de Pouseux, près Yzeure, de Laillaul et de My-Bonnel(i); Pouseux devait servir de maison de récréation, et sa situation au milieu de la campagne, sur un plateau aéré, devait être fort salutaire à la sanlé des élèves {2).

Les Beaux-Arts ne furent pas oubliés. Déjà sous Pierre II et Anne de France, le chœur de la cathédrale, spécimen estimable de style ogival, s'était enrichi de remarquables vitraux ; un pavillon, seul débris qu'ait respecté le temps, suftil à prouver Thabilelé el le goût des architectes et des sculpteurs qui travaillèrent à l'ancien château; le mausolée de Montmorency est un monument de sculpture qu'envieraient beaucoup de musées de premier ordre (5); enfin, en 1 665, fut fondée à Moulins une académie de musique qui, si elle ne fit paséclorede grands artistes, contribua du moins à répandre dans nos provinces le goût des belles œuvres profanes el religieuses.

(I) Archives do Moulins. — D. 1.

l'i) Parmi les doiiatftjtïs du collège naissant nous lenianiuons M""* Honoré d'Urfé et Diane de Cliûteuu-Morand, sa femuse, qui firent présent de 24,000 livres à cette maison, a condition qu'elle porterait le nom de Châtoau-Worand. L'ancien *:oilé{je des Jésuites sert aujourd'hui de Palais dejusîici". Le Licée, que l'on a beaucoup agrandi, est établi dans les bâtiments du cousent de la Visitation qui, fondé en i01(i, vit mourir vingt-cinq ans plus tard Madame de Chantai. Dans la thapelle on admire le ina^jniliijue mausolée élevé par Madame de Montmorency à la mémoire de son illustre et malheureux époux.

(3) Ce mausolée est l'œuvre de François Anguier, Thon)as Kenaudin et Tbiébaut Poissant. On peut eu voir le fac-similé en plâtre dans l'église de Saint-Sernin, à Toulouse, ou Montmorency fut d'abord intmmé. Ce fac-similé est assez grossier et fort incomplet.

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