AL XVI'' ET AU XVII' SIÈCLE
Ainsi, malgré les vicissitudes inhérenles aux choses humaines, malgré les pesles qui dépeuplèrent ses villes,. les guerres religieuses qui semèrent le trouble et la division parmi ses habitants et occasionnèrent la perte partielle de ses archives, malgré Je terribles incendies dont l'un, qui éclata dans la nuit du 2 au 3 juin 1755, fit des ravages considérables, et détruisit le château de Moulins, monument célèbre par ses souvenirs et par les richesses que la magnificence des princes y avait accumulées (1), le Bourbonnais mérite d'occuper une place importante dans l'histoire générale de la civilisa lion en France.
Sous la triple influence protectrice du pouvoir royal, des reines douairières et des gouverneurs de grande maison,
ij) C'est dans la chapelle de ce château que Louis II avait donné l'accolade à Dugue>clin, l'un des piv^miers chevaliers de son ordre de l'Espcrance (13(59 ; c'est, sans doute, de là que, en novembre !i29, Jeanne d'Arc, après la déliviancc de Saint-Pierre-Ie Moutier, ecii\it aui habitants de Riom et a ceux de Clermont deux lettres, retrouvées en 1844 par M. le président Taillùuui, a6n d'obtenir des secours d houimcs et d'argent pour enfrt'priîiidrc le siège de la Charité; c'est là qu'en 1440 fui amené le Dauphin, instrumeiil des chefs de la Praguerie, qui eut ce pays pour principal théâtre ; c'est là qu'A'uie de Beaujeu offrit une hospitalité royale à sa belle-sœur Anne de Bretagne^ jjendant que Charles VIII allait conquérir l'Italie ; que Louis XII présida aux Gançailles de S'j/anne de Bourbon et du duc d'Alencon (150..); que François l*"^ assista aux fêtes brillantes qui célébrèrent le baptême du lils du Conné. table, et que, plus tard, sa seconde femme, Eléonorc d'Autriche, sœur de Charles-Quint, qui devait jouer le rôle de conciliatrice et de providence de la paii, mais i|ui malheureusement vit son autorité usurpée par la duchesse d'Etatnpes, reçut de la gracieuse munificence des Moulinois un moulin d'aryenf, comme souvenir de son passage dans leurs murs ; c'est la qu'un mariage donna la Navarre à la France ; c'est là enfin que tant de princes et de rois vinrent chercher quelque délassement aux soucis de la pui>sance suprême. Ce château, dont un voyageur allemand, Jodociss Sinceru-, a laisse une description pittoresque
12 UENAISSANCE riTTÉRAlKE.
les Chazeron, les Sainl-Geran, les d'Effiat, les Condé, etc., grâce aussi au concours de muniripalilés libérales el inlelligenles, le Bourbonnais vil se produire, ù la fin du seizième siècle el au commencenienl du dix-seplième, un mouvemenl lillêraire digne d'êlre remarqué. Dans lii poésie comme dans l'hisloire, dans la chaire comme dans le barreau, dans la médecine comme dans Taslrologie judiciaire, alors forl en honneur, dans la philosophie comme dons l'érudilion, ce pays donna naissance à des hommes éminenls, dont h s ouvrages ont eu une fortune diverse, mais qui tous, à certains litres, ont mérité de fixer l'altenlion de la postérité. Ce fui une Renaissance, image modesle de la grande Renaissance des Lettres: Moulins en fut le centre, mais elle rayonna bien au delà de celte province, et plus d'un écrivain de talenl rendit célèbre à la cour, dans la France entière, el même au-delà du Rhin el des Alpes, le nom des poeies, des penseurs, des érudils du Bourbonnais.
vlodocus est le pseudonyme qu avait pris le Thuniiffien Zinzerling qui \isila une partie de l'Europe, se fna à Lyon et consigna ses impressions de voyage dans un ouvrage intitulé .- Itinerariiim Gallicc et finitiinarum regionum, 1627, traduit par M. Thaïes Bernard) était admirablement situé sur une colline d'où l'œil embrassait le cours de l'Allier et les campagnes environnantes; à ses pieds s'étageaient de magnifiques jardins ornés de plantes rares et d'eaux vives habilement ménagées. Du cbàteau il ne reste plus aujourd'hui qu'un modeste pavillon réuni à la gendarmerie, et le donjon, haute tour carrée et massive, qui doit son nom dérisoire de MalcoiJJ'e à sa toiture grossière. La MalcoilTée sert de prison, et conmie vis-à-vis s'élève la fwçade de la cathédrale agrandie, il est à présumer que le monument de liberté fera tomber le monument de servitude : malgré le regret qu'inspire la disparition des vestiges historiques du passé, nous craignons donc qu'il ne faille dès à présent nous résigner à voir se réaliser ici le mot célèbre : « ceci tuera cela ! »