LUTHIERS
cent une très-heureuse influence sur le brillant et l’énergie du son, en ce que les extrémités de l'instrument produisent des vibrations énergiques qui vont se répercuter à l’endroit même où se produit l'impulsion. C’est ce que n’a pas compris Chanot, lorsqu'il à voulu faire disparaître les échancrures avec leurs angles, croyant faire la plus utile innovation pour l’accroissement de sonorité du violon, tandis qu'il reproduisait simplement la forme des violes du moyen âge.
Tout a été prévu dans la conformation du violon, non-seulement pour la production de ses sons, mais pour assurer sa solidité, sa conservation, et pour remédier aux accidents imprévus. Par exemple, il était nécessaire qu’on püt l'ouvrir pour faire les réparations devenues indispensables. Pour atteindre ce but, on a eu l'ingénieuse idée de donner aux deux tables une étendue suffisante, afin que leurs bords dépassassent les éclisses d'environ ? millimètres ; ce qui, d’une part, permet de donner un point d'appui à l'outil qui sert à décoller les tables, et, de l’autre, ne laisse pas de traces de l’opération du recollage. En outre, ces bords ont été relevés et ornés d’un large filet de trois couleurs qui dessine l'instrument ; en réalité ils font l'office d’un ourlet destiné à préserver la fragilité des tables. Rien de semblable n'existait dans les violes qui ont précédé immédiatement le violon. |
Ce serait une grande erreur de eroire que la place et la forme des /, qui, dans le violon, l’alto et la basse, remplacent les ouvertures des mstruments plus anciens, est arbitraire : la place de ces /, leur forme, les moindres
détails de leurs découpures, sont de telles nécessités qu’on n’a pu y rien changer sans nuire à la qualité du son.
Le manche du violon ne mérite pas moins d’éloges que les autres parties de l'instrument par la simplicité de sa disposition et par le moelleux de ses contours, si heureusement terminés par l'élégance de la volute. Enfin, l'appareil qui sert à tendre les cordes, dont la mise en vibration révèle les qualités de l'instrument, est ce qu'on peut imaginer de plus simple et de mieux concu.
L’érable et le sapin sont les éléments constitutifs du violon ; ces bois présentent des variétés infinies, en raison des pays divers qui les produisent et des climats sous lesquels leur végétation s'est développée. L'érable dont se servaient les anciens luthiers italiens venait de la Croatie, de la Dalmatie, et même de la Turquie. On l'envoyait à Venise, préparé pour les rames qui servaient aux galères, et les Turcs, dit-on, constamment en rivalité, et souvent en guerre avec les Vénitiens, avaient soin de choisir le bois le plus ondé, afin qu'il cassât plus vite. C’est dans ces parties de bois destinés aux rameurs que les luthiers italiens choisissaient ce qui leur convenait pour la fabrication des violons.
Le sapin dont les luthiers de Crémone faisaient usage était pris sur le versant méridional des montagnes de la Suisse italienne et du Tyrol. Stradivarius, dont nous parlons , le choisissait en général dans les parties dont les fibres étaient minces, droites, peu écartées, et toujours placées perpendiculairement au plan du violon.
Nous avons dit, dans ce qui précède, quels furent les résultats des travaux des grands luthiers de l’école
de Brescia et de la famille des Amati. Dans les instruments de Gasparo de Salo et de Magini, sonorité grandiose, majestueuse et pénétrante, mais voilée et mélancolique; dans ceux de Nicolas, le plus habile des Amati, son pur, suave, argentin, mais faible intensité. Le moelleux et le charme réunis à la clarté, au brillant, à la puissance vibratoire, tel était le dernier problème à résoudre. Un homme vint, et par des progrès constants trouva en définitive le secret de toutes ces perfections combinées. Cet homme fut Antoine Stradivarius ; c’est de lui que nous allons parler. Après avoir rapporté tout ce qu'il a été possible de recueillir sur sa personne et sur sa famille, nous le suivrons dans ses travaux, et nous mettrons hors de doute et de discussion, au moins nous l’espérons, les principes qui ont été le fruit de ses études, et qui l’ont guidé dans les meilleures productions de son talent.