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VAN DYC K EN ANGLETERRE
mi-corps, et Lucy Sidney, comtesse d'Arundel, au duc de Richmond: — un buste ovale de Charles I", au duc de Yarborough; et enfin, Inigo Jones, le grand architecte, copié d'après Van Dyck par Hogarth. »
A cette liste si longue déjà il faut ajouter les trois tableaux de Windsor prêtés par la reine : le Charles 1er à cheval, ses cinq enfants sur la même toile et les poètes Killigrew et Carew : le peintre François Snyders et sa femme, Philippe Le Roy et sa femme, Rubens, d’autres portraits encore, sans compter les scènes religieuses et les tableaux de genre ; cinquante ou soixante toiles, toute une galerie consacrée exclusivement à la gloire de Van Dyck !
Reprenons maintenant la biographie de notre artiste. Nous arrivons au moment où il croit toucher à la réalisation des ambitions de toute sa vie. La décoration de la grande salle des banquets à Whitehall parut lui offrir une occasion de montrer son talent sous un aspect nouveau. Rubens en avait peint le plafond. Van Dyck proposa de couvrir les murailles, encore nues* de longues frises relatives à l'institution et à l'histoire de l’ordre de la Jarretière. L’idée plut au roi, et le plan fut immédiatement arrêté. Digby se chargeait de le faire accepter. D’après Bellori, Van Dyck proposait, non pas de peindre directement ses compositions sur la muraille, mais de préparer des cartons qu’aurait reproduits la fabrique de tapisseries installée à Mortlake et dirigée par sir Francis Crâne. Cette tradition deviendrait assez vraisemblable par suite des relations amicales que l'artiste entretenait avec Francis Crâne et dont nous avons pour preuve le portrait du maître de la tapisserie royale, gravé à Peau-forte en 1821, d’après le dessin original exécuté par Van Dyck, appartenant alors à M. John Simeo. Ces rapports de Van Dyck et de Crâne ne permettraient-ils pas d’attribuer au peintre flamand un travail admirable dont Fauteur a échappé jusqu’ici à toutes les recherches ? Nous voulons parler des bordures qui encadrent, sur les tapisseries de Mortlake, les scènes du Nouveau Testament d’après les fameux cartons de Raphaël. Ces entourages, où se jouent des enfants d’une grâce esquise, dessinés avec une science consommée, appartiennent évidemment à un maître de premier ordre.
Dans la biographie de François Clein, Walpole raconte que cet artiste dessina des cartons de tapisserie pour la fabrique de Mortlake. Or, si Clein eût été capable d’inventer et d'exécuter les délicieuses fantaisies qui entourent les scènes de Raphaël, il mériterait une place à côté des premiers dessinateurs de son temps.
L intimité de Van Dyck et de Francis Crâne devant être désormais considérée comme un fait certain, pourquoi le tapissier n’aurait-il pas demandé à son ami un cadre digne du sujet pour les tapisseries exécutées sous sa direction ? Une
VAN DYCK EN ANGLETERRE
pareille tâche était de nature à tenter Van Dvck. C’était encore un moyen de se mesurer avec Rubens, qui n’avait pas regardé comme au-dessous de lui de travailler pour les artisans des Pays-Bas. Antoine avait de tout temps montré une aptitude particulière à rendre le charme du premier âge, et le choix des enfants qui se jouent sur ces bordures, dans les poses les plus variées et les plus séduisantes, vient encore à l’appui de notre hypothèse. La preuve décisive, le document positif fait défaut, nous le savons. Mais, en Angleterre, à
1 N I G O JONES, ARCHITECTE DU ROI D ' A N G LETE R R E Gravure de R. van Voerst, d'après Van Dycli.
part Van Dyck, quel artiste eût été capable d’exécuter ces exquises arabesques? Les relations amicales du directeur de la manufacture de Mortlake avec le peintre de Charles 1“ fournissent un argument décisif.
Notre conjecture expliquerait en même temps comment Van Dyck songea à des tapisseries pour la grande salle de Whitehall. Peut-être trouvera-t-on aussi dans ce fait la raison de la somme énorme demandée par l'artiste. Walpole parle de quatre-vingt mille livres. On a pensé qu’il fallait diminuer ce chiffre d’un zéro ; Rubens, en effet, n’avait réclamé que trois mille livres pour le plafond.
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Or s'il s'agit, non plus de peintures murales, mais de tapisseries tissées des plus riches matières, le chiffre donné par Walpole, et répété par lui à deux reprises, n'a plus lieu de surprendre. Il est vrai que l'écrivain anglais ne s'explique pas sur le fait des tapisseries ; seul, Bcllori en fait mention. Le souvenir de la manufacture éphémère de Mortlake était tellement oublié au xvnr siècle qu'il ne faudrait pas s'étonner outre mesure de l’omission de cette circonstance capitale.
En somme, Van Dyck proposait quatre sujets qui auraient fourni matière à quatorze panneaux de tapisserie :
t° Le Couronnement du roi:
2e' L’Institution de l’ordre de la Jarretière par Édouard 111 :
3" La Marche du roi et des chevaliers de l'Ordre, telle qu'elle se fait le jour de la fctc de saint Georges ;
4° Le Festin royal qui a lieu après cette marche.
Des sujets accessoires devaient remplir les vides et compléter l'ensemble de la décoration. Nous nous conformons à la tradition en mettant ce projet sous la date de 1639. Cependant le dessin de la Marche des chevaliers, le seul qui paraisse avoir été exécuté, figure sur le compte autographe présenté par Van Dyck et dont il a été question plus haut. Évidemment, à cette époque, le dessin avait déjà été soumis au roi. Or la note de Van Dyck est antérieure au 14 décembre 1638, date a laquelle lut payé le mémoire. Ainsi, dès 1638, on s’occupait des décorations de Whîtehall et par conséquent le dessin, auquel la gravure de Cooper assigne la date de 1639, remonte au moins à l’année précédente. C'est, disions-nous, le seul des quatre sujets qui ait donné lieu à un projet arrêté. Il ne reste donc pas d autre témoignage de la façon dont Van Dyck comprenait cet important ensemble. Après avoir fait partie de la collection de Charles 1 r, ce dessin passa par les mains de sir Peter Lcly ; plus tard, il se trouvait chez lord Northington. C'est alors qu il fut gravé en fac-similé par Richard Cooper, dont nous reproduisons ici la planche, dans des dimensions réduites. L’estampe porte la date de 1782. A la vente de lord Northington, en 178", sir Joshua Reynolds acquit le précieux projet et ne le paya pas moins de soixante-sept guinées. Il se trouve aujourd'hui chez le duc de Rutland.
La légende placée au bas de la gravure nous apprend que la planche est de la taille de l’original, que le dessin de la colonnade du fond a été fourni par l’architecte Inigo Jones, dont les traits ont été donnés à un des figurants, que les statues placées dans les niches du portique devaient représenter les rois