DUM VIVERET MULTIS IMMORTALITE M DONAVERAT VIT A FUNCTUS EST
Carolus I
Mag. Brit. Fr. et Hib.
Rex
Antonio Van Dyck
EQ.UITI AURATO
Tout a péri, inscription et monument, dans le grand incendie de Londres qui dévora complètement l’ancienne cathédrale.
En mourant, l’artiste laissait deux filles : Justiniana et Marie-Thérèse. 11 s’était préoccupé d’assurer à son enfant naturel une part de son héritage. Tout en montrant beaucoup de sollicitude pour la fille issue d’une liaison irrégulière, Van Dyck n’a pas révélé le secret de sa naissance. Comment se nommait la mère de Marie-Thérèse ? Toutes les recherches n’ont abouti jusqu’ici qu’à des hypothèses contradictoires. 11 est désormais assez douteux qu’on parvienne à percer ce mystère. Toujours est-il certain que la naissance de Marie-Thérèse avait précédé l’établissement de son père en Angleterre, puisqu’en 1641 elle était d’âge à se marier et à avoir elle-même des enfants, comme on le verra tout à l’heure.
La fortune de notre artiste, au jour de sa mort, était considérable ; son testament en fait foi. Walpole l’évalue à quatorze ou quinze mille livres sterling, trois cent mille livres de France, équivalant à un million d’aujourd’hui.
Les événements politiques réduisirent singulièrement ce riche héritage. La succession consistait surtout en créances sur le roi et l'aristocratie anglaise. On a vu plus haut avec quelle difficulté et quelle lenteur Van Dyck obtenait le payement des sommes dues. Ce fut bien pis après sa mort ; ses héritiers auront beau multiplier les démarches, présenter requêtes sur requêtes, ils ne parviendront jamais à une solution définitive et satisfaisante.
VAN DYCK EN ANGLETERRE
A part l'argent comptant, les billets ou les créances sur les plus hauts personnages de l’Angleterre, l’artiste laissait encore un trésor d'un prix inestimable; nous voulons parler des peintures, des esquisses, des dessins garnissant son atelier. Il y avait là une fortune. Que devint-elle? Des pièces récemment découvertes par M. A.-W. Thibaudeau, et encore inédites, jettent un demi-jour sur ce sujet si intéressant.
Malheureusement, nous ne possédons pas, comme pour Rubens, un inventaire soigneusement rédigé ; encore devons-nous nous estimer heureux que la trouvaille de M. Thibaudeau vienne combler une lacune et fournir un renseignement sur les peintures recueillies dans l'atelier de Van Dyck au jour de sa mort.
Une pétition de Patrick Ruthven, adressée au Parlement en date du 25 mars 1 64 5 , résume les principaux faits survenus dans la famille de l’artiste, depuis son décès jusqu’à cette date. Tout d'abord, elle nous apprend que la veuve de Van Dyck, Marie Ruthven, remariée à sir Richard Pryce, était déjà morte quand fut présentée Ja pétition. L’auteur de la requête reste donc seul pour défendre les intérêts de sa petite-fille Justiniana 1 . Or son gendre avait amassé à Blackfriars « une collection de tableaux et d’autres objets de valeur » qui devaient revenir à Justiniana. Tous ces objets ont disparu. Un certain Richard Andrew, à la faveur des troubles, s'est emparé, sans droit, sans autorisation, de cette partie de l'héritage, et l’a expédiée sur le continent, en cherchant, par des manœuvres frauduleuses, à la conserver pour une somme bien inférieure à sa valeur. En raison de ces faits, la pétition demande qu’il soit interdit à Andrew d’enlever les tableaux restés jusque-là en Angleterre et d’aliéner ceux qui sont arrivés sur le continent. Patrick Ruthven obtint gain de cause devant le Parlement, sans cependant soustraire sa petite-fille aux effets de cette audacieuse spoliation.
En effet, une seconde pétition, en date du 26 février 1647, constatait qu’au mépris des prescriptions du Parlement, Richard Andrew avait continué à détourner les tableaux de la succession. Le tuteur implorait de nouveau l’intervention des lords afin d'obliger Andrew à verser une caution assez forte pour répondre des objets d’art dont il ne voulait pas rendre compte.
1. Le 28 avril 1645, Suzanne Van Dyck, béguine à Anvers, donnait pouvoir à Jean HofF, ancien commensal de son frère Antoine, de surveiller et régir les biens de sa nièce Justiniana, de concert avec le grandpère Patrick Ruthven. La même Suzanne, par son testament, en date du 24 novembre 1649, laissait la plus large part de son héritage à la fille naturelle de son frère, Marie-Thérèse, ménageant cependant les intérêts de la fille légitime, au cas où celle-ci devrait se réfugier en Belgique pour cause de religion.
VAN DYCK EN ANGLETERRE
Quel résultat obtinrent les persévérantes réclamations de Patrick Ruthven? Les pièces que nous venons de résumer ne le font pas savoir. Il est probable qu’ Andrew avait pris ses précautions et mis son butin en lieu de sûreté. Toute cette partie de la succession fut donc perdue pour Justiniana.
Marie Ruthven n’avait pas accordé de longs regrets à la mémoire de son premier mari ; nous venons de voir quelle était morte des le mois de mars 1645. Or, avant cette date, elle avait épousé en secondes noces sir Richard Pryce de Goggerdam, gentilhomme de la province de Montgomery, veuf lui-même d'une première femme. Un passage de la pétition de Patrick Ruthven donnerait à entendre qu’avant sa mort elle avait trouvé moyen de dissiper, non seulement ce qui lui revenait, mais aussi une partie de ce qui appartenait a sa fille dans la succession de son premier mari. L’article du testament où le mourant conseille à sa veuve d’user de sa fortune avec mesure et discrétion vient confirmer les soupçons inspirés par la pétition de sir P. Ruthven. Restaient, il est vrai, les sommes dues par le roi et l'aristocratie. Bien des années s’écouleront sans que les créanciers puissent présenter une réclamation utile. Ce ne fut qu’après la restauration de Charles II que Justiniana obtint, par acte du 10 juin 1662, une pension de deux cents livres. Mais l’irrégularité des payements obligea la fille de Van Dyck à mettre plusieurs fois sous les yeux du roi le tableau lamentable de sa détresse. Cependant, à partir de 1670, les comptes cités par M. Carpenter semblent en témoigner, la pension lut acquittée plus régulièrement.
Justiniana Van Dyck épousa, de fort bonne heure, car elle avait à peine douze ans au moment de son mariage, en 165^, sir John Stcpney de Prendergast, du comté de Pembroke, qui servit dans la garde royale a cheval sous Charles II. Dans le cours de l’été de 1660, les deux époux venaient à Anvers voir leur tante Suzanne qui parvint, par ses pieuses exhortations, a leur faiie abjurer la religion anglicane et à les convertir, ainsi que leui servante, au catholicisme. Tous trois furent baptisés dans 1 église Saint-Jacques; puis sir Stepney et sa femme furent mariés de nouveau par le curé de la paioisse. A la suite de cet événement, la fille de Van Dyck laissait à sa tante, comme un témoignage d’affection, une toile où elle avait peint le Christ en croix avec quatre anges îecueillant le sang qui coulait de ses plaies1. Ce lait a permis a Corneille de Bie de ranger la fille de Van Dyck parmi les femmes artistes qui ont honoré leur sexe.
1. Suzanne Van Dyck légua par testament ce tableau h la béguine Marie de Hondt quelle exécutrice de ses dernières volontés.
VAN DYCK EN ANGLETERRE
Nous retrouvons Justiniana et son mari à Anvers en janvier 1666. Ils étaient venus pour recevoir leur part dans la succession considérable de leur tante Suzanne, héritage qu'ils partagèrent avec Marie-Thérèse, la fille naturelle d'Antoine. Aussitôt après son retour à Londres, sir Stcpney mourut. Sa veuve lui survécut durant de longues années. Toutefois, les historiens ne s'accordent pas sur 1 époque de son décès; tandis que les uns la font disparaître avant 1690, d'autres prétendent qu'elle se remaria avec Martin de Carbonell et vécut jusqu’en 1703. Elle laissait au moins quatre enfants : un fils, sir Thomas Stcpney, qui embrassa la carrière militaire, et trois filles. Anne-Justine, Priscille et Marie; les deux dcimètes entièient de bonne heure, en qualité de novices, au couvent de Hoogstraten et devinrent abbesses dans une maison religieuse de Bruxelles. Elles vivaient encore en 1772. Les descendants de sir John Stepney de Prendergast ne s éteignirent qtt en 1825, par la mort de sir Thomas Stepney, dernier héritier du nom qu'avait porté la fille légitime d'Antoine Van Dyck.
Quant a cette fille naturelle nommée Marie-Thérèse dont l'existence est encore enveloppée de tant de mystère, elle aurait épousé, en 1641, d'après les técentes découvertes des érudits anversois, Gabriel Essers, drossart de Bouchout.
1 cut-ètre son père avait-il pu assister à la cérémonie nuptiale. Le 16 février 1642, son premier enfant était baptisé dans l’église de Saint-Gommaire à Lierre, où elle s était fixée. Six autres enfants, dont quatre fils au moins, se succédèrent rapidement. Au commencement de 1679, toute la famille se fixait à Anvers; mais son chef ne tardait pas à succomber aux suites d'une attaque d'apoplexie, tandis que Marie-Thérèse lui survécut jusqu'en 1697. 11 existe encore à Anvers plusieurs familles qui prétendent rattacher leur généalogie aux descendants du peintre de Charles 1".
Un auteur, généralement circonspect, dit : « A la mort de Van Dyck, sa collection particulière devint en grande partie la propriété de son meilleur eleve, sir Peter Lely. » La pétition de Patrick Ruthven prouve que le fait rapporté par Dallaway n est pas de tous points exact. Toutefois, la riche collection de Lely, dont la vente produisit la somme, énorme pour l'époque, de vingt-six mille livres sterling, renfermait un si grand nombre de tableaux et de dessins de Van Dyck, que leur propriétaire dut profiter de quelque occasion exceptionnelle. Peut-être le sieur Andrew lui avait-il vendu en bloc tous les objets enlevés de 1 atelier du maître et vainement réclamés par le grand-père de Justiniana. Ce serait là l’explication la plus naturelle du passage de Dallaway. On sait que dans la collection de sir Peter Lely figuraient notamment les trente-sept