‹ Antoine Van DyckChapitre 7 sur 184 · VAN DYCK EN · texte numérisé non relu

VAN DYCK EN

EALIE.

Ce n'est pas dans les salles de la peinture, mais dans la galerie du pont de l'Arno, dans le long couloir réservé à l'exposition des dessins, qu'il faut chercher les manifestations les plus expressives du talent de Van Dyck.

On le trouvera là sous toutes ses laces : dessins à la plume, portraits au crayon ou lavés, compositions lestement enlevées en quelques coups de pinceau. Encore devra-t-on faire un choix sévère parmi les croquis attribués à notre maître et retrancher de son œuvre certaines pages indignes de lui.

Si le musée des Offices n’offre rien de bien saillant, le talent de l'artiste se montre au contraire sous scs plus brillants aspects dans les salles du palais Pitti Là, non loin de la toile capitale qui représente le cardinal Bcntivoglio, un même panneau réunit les tètes de Charles 1 et d Henriette, sa femme dans un encadrement singulier dont l'eau-forte de M. Gaujean reproduit la disposition. Est-il besoin d'ajouter que cette toile, offerte sans doute en présent à quelque duc de Toscane, ne saurait être d'une date antérieure à l année 1632?

Dans la même galerie, nous rencontrons encore une Tête de madone de peu d'importance et une de ces Saintes Familles où une ronde de petits anges vient égayer par ses danses, ses chants et le bruit de ses instruments, le divin enfant assis sur les genoux de sa mère. C'est là, sans contredit, une des plus gracieuses conceptions de Van Dyck. 11 excelle d’ailleurs dans le dessin de ces petits corps aux membres potelés, aux tètes rondes et rieuses encadrées de cheveux bouclés.

La Sainte Famille du palais Pitti est bien connue par la magnifique gravure de Bolswert. Une répétition du même sujet, souvent désigné sous le titre du Repos en Égypte , appartient au musée de l'Ermitage, où il est regardé comme un original. Dans tous les cas, le tableau de Florence est une œuvre excellente d’une authenticité incontestable.

Le maître a souvent reproduit cette composition. N'est-il pas naturel qu’un sujet aussi séduisant, aussi propre à mettre en relief les qualités de l’artiste lui ait été plusieurs fois demandé ! L'église Saint-Pierre de Gand en possède une bonne copie, et la collection de lord Ashburton une répétition peut-être originale.

Un superbe dessin, qui a passé de la collection de M. Reisct dans celle du duc d Aumale et dont nous donnons ici un fac-similé réduit, nous offre sous un nouvel aspect cette délicieuse ronde d’anges introduite par Van Dvck dans plusieurs de ses tableaux religieux et dont le musée de Berlin conserve une esquisse.

Nous avons laissé notre voyageur quittant Rome au mois d'octobre 1623 et

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se dirigeant vers le nord de l’Italie. Sur la route de Gênes, il rencontra la comtesse d’Arundel, la femme du noble seigneur qui naguère avait voulu le retenir en Angleterre. Le comte ne se contentait pas d'aimer les arts et de prodiguer ses encouragements aux talents naissants. Son chapelain, Guillaume Petti, avait été

chargé d aller former en Grèce une collection d'antiques devenue célèbre par les observations de Selderi, la description de Prideaux, et les secours qu en ont tirés les Pétau, les Saumaise, les Vossius et autres savants.

La comtesse s'intéressait autant que son mari aux choses de l'art. A travers des traits un peu épais, et malgré l’exagération ridicule d une volumineuse perruque qui ressemble plus à une toison de mérinos qu a une parure féminine, sa

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figure, que Van Dvck a peinte plusieurs fois, respire la bienveillance et la bonté. Elle exigea que l’artiste l’accompagnât à Milan et à Turin ; elle le présenta ellemême dans la haute société de ces différentes villes et fit tout pour l’emmener à sa suite en Angleterre. Van Dyck résista. Il avait promis à ses amis de Gênes de leur rendre visite et de leur consacrer quelques semaines avant son départ. 11 ne put se refuser cependant à peindre les principaux personnages de la cour de Savoie. Le chef de la maison était alors Charles-Emmanuel, qui avait succédé à son père en 1 580 et qui prolongea sa vie jusqu’en 1630. Notre voyageur exécuta le portrait de ce prince et ceux de ses fils Victor-Amédée et Thomas de Carignan. Ce dernier est représenté à cheval : la toile, exposée dans le musée de Turin, passe à juste titre pour un des plus beaux portraits équestres de l’artiste. Le musée de Turin possède en outre les effigies de plusieurs jeunes princes ou princesses de la maison de Savoie, parmi lesquelles on remarque de charmantes figures d’enfants : on y voit aussi deux tableaux religieux, une grande Sainte Famille et une Vierge donnant le .sein au divin Enfant.

Mais combien toutes ces œuvres, où brillent cependant de très grandes qualités, pâlissent devant une autre toile du maître, conservée également au musée de Turin! Nous voulons parler du tableau où sont groupés les trois jeunes enfants de Charles I : le prince de Galles, la princesse Henriette-Marie, devenue plus tard duchesse d’Orléans, et le duc d York. Tous trois portent encore la robe, dont l’aîné a cinq ou six ans à peine ; tous trois se tiennent debout, on ne saurait pour cette raison donner au plus jeune moins de dix-huit mois ou deux ans. Ces circonstances datent le tableau : il a été peint en 16? 5.

Nous connaissons les différents portraits des enfants de Charles Tr disséminés dans les musées et les palais de l'Europe; nous avons vu et admiré le tableau de Dresde, ceux de Windsor, l’esquisse du Louvre et la toile de Berlin, répétition de la grande composition qui appartient à la reine d Angleterre. Eh bien, il n y a pas d hésitation possible : aucun de ces tableaux n est comparable à celui de Turin. 11 n existe nulle part une œuvre de Van Dyck aussi délicate, aussi bien conservée, aussi parfaite de tous points. De quels soins, de quel culte, ce chefd'œuvre est entouré, on ne saurait l'imaginer. On a pour lui les précautions les plus attentives, les égards les plus respectueux. II nous a été assuré que la direction du musée s’est constamment refusée à le déplacer pour la commodité des photographes. Mince détail peu digne d être mentionné, dira-t-on. Nous n en jugeons pas de même. Nous estimons que les conservateurs des musées ont mille fois raison, quand ils possèdent un pareil chef-d’œuvre, de ne négliger

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ôi

aucune précaution, si insignifiante qu'elle paraisse, longue durée.

La fine gravure de M. Gaujean, première

pour lui assurer la plus traduction fidèle de cet

incomparable joyau, donne une idée fort exacte de l'ordonnance . et des qualités maîtresses du tableau ; mais comment traduire, avec du blanc et du noir, le chatoiement des étoffes, les délicatesses du ton. la coloration de ces robes rose, bleue et blanche, d’une exquise harmonie, d’une finesse incompa-

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rable ? Que dire de la physionomie, de la grâce, et aussi du charme pénétrant de ces trois figures d'enfants ? Une pareille œuvre suffit à la gloire d'un musée, surtout quand elle a gardé toute sa fraîcheur et comme la fleur du génie.

Parlerons-nous après cela du portrait de l'archiduchesse Isabelle-Claire- Eugénic, dont on trouve des répétitions un peu partout, à Paris, à Vienne, à Parme, en Angleterre ? L exemplaire du musée de Turin semble un des meilleurs, en est à coup sûr de moins authentiques. On connaît cette figure grasse et un peu dure, au nez recourbé, aux lèvres minces et fermes. Quand on a entrevue, il est difficile de l'oublier. D'ailleurs les gravures de cette image caractéristique ne sont pas moins nombreuses que ses répétitions peintes.

La plupart des musées italiens possèdent des toiles de Van Dvck. On en trouve à Milan, à Venise, à Modène. à Naples, ailleurs encore. Au palais Brera, se voit une scène charmante représentant Saint Antoine de Padoue en adoration devant /' Enfant Jésus assis sur les genoux de sa mère. Une gravure de Rousselet dont la planche est conservée à la Chalcographie du Louvre, rend la composition du musée de Milan, sans exprimer le charme de la couleur et la grâce des physionomies. Mais c'est à Rome, à Florence, à Turin et à Gênes surtout qu’il faut chercher les plus glorieux souvenirs du séjour de Van Dyck en Italie. Là sont conservés les modèles les plus caractéristiques, les plus parfaits de cette phase de son talent appelée, à juste titre, la période italienne.

Cependant les amis que l'artiste avait laissés à Gènes, les nobles patriciens dont il avait gagné les sympathies le pressaient plus vivement chaque jour de revenir auprès d'eux. Ses succès toujours croissants ne lui avaient pas fait oublier de quels soins, de quels égards on l'avait entouré lors de son premier séjour, alors qu'il était encore un débutant obscur. Le voici donc à Gênes où il reste pendant les six premiers mois de l'année 1624: c’est durant cette période heureuse et féconde que furent peints la plupart des portraits et des autres tableaux qui font encore l'orgueil des palais génois et sur lesquels nous nous sommes longuement étendu plus haut. Quant aux attaques systématiques des artistes médiocres, jaloux de ses succès, dont les anciens historiens ont fait grand bruit, elles l’attristèrent peut-être : mais nous ne croyons pas qu'elles aient jamais produit une assez vive impression sur lui pour le chasser d’une ville où il se plaisait, où il comptait de chauds amis et de puissants protecteurs.

Après quelques mois de repos, il se remet en route, et, cette fois, se dirige vers la Sicile. Le bruit de sa réputation avait décidé le vice-roi Emmanuel- Philibert de Savoie, grand prieur de Castille, à l’appeler à sa cour. Répondre par

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un îetus a une proposition aussi honorable était a peu près impossible. D’un autre

PORTRAIT DH l'IXFANTH I S A BELtE- C L A 1 R E- EU G K NIE Gravure de Guillaume llondius, d’après Van Dyck.

côté, notre artiste ne pouvait espérer méridionales qu’il ne connaissait

une meilleure occasion de visiter les provinces point. 11 partit donc vers le milieu de

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