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ESCORTE D'EQUT
Fac-similé de la gravure de L. Cars.
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Gersaint et des autres ne démentent pas. Dans cette hypothèse, Watteau revient à Valenciennes au lendemain de la bataille de Malplaquet (11 septembre), et il nous est ainsi permis d’expliquer comment il a connu un personnage qui devait devenir un de ses plus fidèles amis. Parmi les soldats français qui, ce jourla, eurent le plus à se plaindre de la virtuosité des troupes du prince Eugène et de Marlborough, il y avait un Marseillais spirituel et brave, Antoine de la Roque. Il était exempt dans a compagnie des gendarmes du roi. Sa mauvaise fortune voulut qu'il eût la jambe fracassée par un boulet. Malplaquet est assez voisin de Valenciennes. Le gendarme blessé se fit transporter dans cette ville où l’on eut pour lui tous les soins que mérite un homme d'esprit. C’est alors sans doute que Watteau connut Antoine de la Roque qui devint bientôt le camarade et l’acheteur du lendemain. Si, au temps de sa première manière qui dura jusqu’en 1714, époque où il quitta le service, la Roque n'était qu'un brave soldat, il avait déjà cependant des velléités littéraires ; il songeait peut-être aux paroles de ses deux opéras, Médée et Jason et Théonoë. I] ne lui était guëre permis alors de prévoir qu'il serait plus tard le directeur du Mercure; mais, dès son séjour forcé à Valenciennes, il regardait les tableaux, il les aimait, il était le créateur futur de la charmante collection qui fut vendue en 1745 et dont il ne nous reste plus que le catalogue. C'est cette passion pour les œuvres d’art qui fit d'Antoine de la Roque un ami de Watteau et qui prolongea leur liaison jusqu’à la mort du peintre. Plus tard l'artiste et l’ancien gendarme du
roi se retrouvérent à Paris. Bien des fois ils dinérent ensemble
chez Gersaint, et Watteau peignit le portrait de son ami une
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béquille à la main, comme il sied à un invalide dont la jambe se souvient encore d'une ancienne blessure. C’est le portrait que Lépicié a gravé et que nous avons vu vendre en 1850 à la vente de la bizarre collection du général Despinoy, où le Louvre aurait pu l’acheter pour une somme dérisoire”.
Watteau ne demeura pas longtemps à Valenciennes. Il eut cependant le loisir d’y travailler. La notice de Julienne nous fournit même à ce propos un mot curieux et qui n’a pas encore été utilisé. Le biographe raconte qu’il fit alors « quelques tableaux, entre autres plusieurs études de camps et de soldats d’après nature ». Nous tenons là le Watteau militaire, si imprévu en un moment où Martin marche avec plus de bonne volonté que d’esprit dans les sentiers de Van der Meulen, et où Charles Parrocel n’a pas encore pris la parole. Le sujet d’un des tableaux que Watteau peignit à Valenciennes nous est connu par les souvenirs de Gersaint : c'était une petite peinture sur cuivre, une Halle d'armée, que Sirois lui avait demandée pour faire pendant au Départ de troupe. Le tableau achevé, il envoya à son acquéreur, qui, plus généreux que la première fois, le paya deux cents livres, prix fixé par Watteau lui-même.
De cette époque datent, sinon comme réalisation, du moins comme principe, tous les tableaux, tous les dessins où Watteau, prenant pour texte les spectacles qu'il a sous les yeux, met en scène les soldats de l’armée royale avec leurs équipages de mulets chargés de provisions, les vivandières allaitant des mar-
mots, et d’autres femmes, sans grades dans le régiment, qui
! Antoine de la Roque a longtemps survécu à Watteau. Il est mort le 3 octobre 1744. V. Clément de Ris, les Amateurs d'autrefois, 1877, p. 209.
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avaient pour mission de consoler les fantassins fatigués d’une longue marche. A cette catégorie d'œuvres, alors absolument nouvelles, appartiennent les tableaux de Sirois dont nous aurons à reparler, la Recrue allant joindre que Watteau a gravée dans une eau-forte terminée par Thomassin, et qu'il a également peinte sur un panneau assez délabré qui en 1875 était entre les mains de M. A. Sichel, et l’Escorte d'équipages, dont Laurent Cars nous a laissé une si fine estampe et que Julienne a longtemps possédée. Mariette en parle comme d’un tableau merveilleux. On remarquera que ces compositions militaires et d’autres scènes analogues ont pour cadre des paysages où l’on voit à l’horizon le toit pointu d’une église. Ce décor n’était pas imaginaire, comme ceux que Watteau peignait chez Audran. C'est la nature telle qu’il la voyait en sortant de l’enceinte de Valenciennes, c’est la véritable campagne flamande. Et quant aux soldats qui animent les perspectives, ils sont eux-mêmes dans la réalité et dans l’histoire. C’est l’armée de la vieillesse de Louis XIV, celle que commandait Villars et qui combattit à Malplaquet et à Denain, dans le propre pays de Watteau. Ces épisodes de la vie militaire, œuvres d’un peintre très jeune, sont déjà d’une haute valeur. L'esprit y abonde; même dans les compositions les plus compliquées, l’arrangement des groupes et des figures révèle une maturité précoce, et Watteau y fait voir ce qu'il sera toute sa vie : le peintre du mouvement et du geste vrais. Dans la Recrue allant joindre, et, au second plan de l'Escorte d’équipages, il y a des soldats qui marchent chargés de leurs armes et de leur fourniment : ces figurines, sveltes,
légères, un peu dansantes, comme si une musique rythmait la
cadence de leurs pas, sont d’une désinvolture adorable. Il est dès lors certain que, pour un artiste qui, sortant à peine de l’école, sait donner à ses personnages tant de mouvement et
de souplesse, aucune attitude ne sera difficile. L'homme en
action sera décrit et photographié au vif, et la femme aussi, avec sa grâce coulante et ses fins glissements de couleuvre. Quelques-uns des tableaux militaires de Watteau étant perdus, un intérêt considérable s'attache à l'étude de ceux que d'heureuses circonstances ont préservés de la destruction. Les deux petits cuivres vendus à Sirois au moment que nous avons indiqué sont-ils de ce nombre ? On sait qu’ils ont été gravés
par C.-N. Cochin et que les estampes sont de la grandeur des
originaux. Edmond de Goncourt, persuadé que ces tableaux
étaient chez Crozat, baron de Thiers, collection acquise par
Catherine IT, a posé la question de savoirs’ils ne se retrouveraient