PORTRAIT DE REBEL
(D'après la gravure de Moyreau.)
Muse envierait les suaves accents, comme le disait l’aimable
Mariette.
Watteau a beaucoup vécu dans le monde des musiciens. Il a
£a ANTOINE WATTEAU
connu chez Crozat ou ailleurs J.-B. Rebel, ordinaire de la musique du roi, dont il a fait le portrait dans un dessin qui a été gravé par Moyreau. À cette époque du reste, Watteau a dû aller plus d’une fois à l'Opéra avec son ami Antoine de La Roque qui surveillait les répétitions d’une nouvelle tragédie lyrique, Théonée, représentée le 3 décembre 1715. L'auteur de la musique était Salomon, qui avait déjà été le collaborateur de La Roque pour Médée et Jason. Salomon, attaché à la chapelle du roi, jouait divinement de la basse de viole, instrument à la mode que Watteau a souvent mis entre les genoux de ses modéles. Parmi les amateurs dont il a fait le portrait, plusieurs ont été heureux d’être représentés dans lexercice de leur talent d’instrumentistes. Il devint de bon goût de se faire peindre en virtuose. Ici, nous avons quelques noms. Dans le Concert champétre, gravé par Benoît Audran, le personnage qu'on voit jouant de la basse de viole sous de grands arbres, est un certain M. Bougi, premier propriétaire du tableau. Et c’est Julienne qu'il faut reconnaître, s’exerçant sur le même instrument, à côté de Watteau occupé à peindre, dans un bocage aux verdoyantes frondaisons. Je veux parler de la peinture, aujourd’hui perdue, dont Tardieu nous a laissé une estampe au bas de laquelle on lit le sixain
qui commence ainsi :
Assis auprès de toy sous ces charmants ombrages,
Du temps, mon cher Watteau, je crains peu les outrages…
On le voit: que Watteau mette en scène de simples amateurs
ou des violoncellistes de profession, il semble avoir côtoyé de
très près le personnel musical du temps de la Régence. On
WATTEAU ACADÉMICIEN 8s
chante beaucoup dans ses bosquets, et ses paysages sont peuplés
de guitaristes. Et qui sait même s’il n’y a pas là une caractéris-