RÉMOULEUR
LE
Caylus.)
le
Le
(Fac-similé d'une eravure
DERNIÈRES ANNÉES 137 26 juillet et le secrétaire se borna à inscrire au procès-verbal : « La mort de M. Antoine Watteau, peintre, académicien, a été annoncée. »
Ne semble-t-il pas que le grand Watteau aurait mérité un peu plus d’écritures ?
LIF-ROBETDE WA TTEA Ù
Il faudrait diire pourquoi nous l’aimons, l'artiste au changeant caprice dont nous avons essayé de raconter la vie. Ici les idées abondent sous la plume, et la difficulté consiste à mettre en bon ordre less motifs nombreux qui nous poussent à accorder à Watteau une importance exceptionnelle et qui, nous l’espérons, garderont à notre ami la place qu’il a conquise, non seulement en Firance, mais en Europe. Pour aimer le peintre qui a si bien dit comment on vogue vers la Cythère idéale, nous avons d’abord dles raisons d’historien. Une secrète tendresse du cœur, qui n'est en réalité qu'un besoin de justice, nous attache inévitabltement à ceux qui, en des temps divers, ont été les ouvriers de lia délivrance. Or, Watteau, que son biographe Caylus nous représente comme un rêveur doux, inoffensif et même « un peu berger », a été dans la vérité des choses, un
révolutionnaire ttrès imprévu et très hardi. Quand on revient
de Versailles et qu’on a examiné les œuvres des successeurs
immédiats de Lebrun, on reste convaincu que l’École française devait en avoir assez de ce que Sainte-Beuve appellerait volontiers la lourde cavalerie des Pégases. En outre, les derniéres années de la vieillesse de Louis XIV avaient été infiniment tristes et légitimaient l'intervention de la révolte dont l’instrument suprême est le sourire. Un immense ennui pesait sur la France. Le temps était venu de liquider définitivement le xviie siècle et de mettre fin aux solennités de l’idéal attardé dans la rhétorique et dans les pesanteurs officielles. À la fin du long règne de Louis XIV, l’Académie, exacte représentation des forces de l'École, croyait encore à l’art du passé et se perdait dans les redites. C’est l’âge des colorations rousses et aussi du style à panache, mauvaise suite des Bolonais, toujours adorés, toujours dangereux, c'est l’âge des pauvres pasticheurs de La décadence. Si cette mode avait persisté, le déraillement eût été complet et irrémédiable : il fallait arrêter la peinture française sur le glissant chemin de l’abime. Watteau arriva, et il fut le sauveur attendu.
Il ne connut pas tout d’abord le maniement de l'outil par lequel il devait vaincre, il ignora longtemps la puissance de la couleur et de la lumière, il hésita même à se servir de l'esprit qui tranche tous les nœuds gordiens. Au point de vue du coloris, dont il devait si bien exalter la fleur, ses premiers tableaux sont, comme on pouvait le prévoir, les manifestations embrouillées d’un contemporain de Charles de la Fosse, La jeunesse commence toujours par parler le langage de son temps. Wat-
teau eut quelque peine à se débarrasser des tons bruns :il y en a
beaucoup, avec un peu de confusion, dans les deux petits