‹ Antoine WatteauChapitre 17 sur 61 · Collection Edmond de Rothschild · texte numérisé non relu

Collection Edmond de Rothschild

par Watteau dans la mélancolie d’un jour sans soleil, dans la buée flamande lourde de brume et de boue. Sous un frottis de nuées, fin d'orage où un arc-en-ciel à peine se précise, une lande; à droite le petit miroir d’une marette mal ombragée de deux saules caducs, — et sur ce terrain plat passent huit pauvres diables, nouvellement équipés, haut guêtrés mais fort las, portant comme ils peuvent et leur long fusil, et l’'encombrant et pesant sac. D’aucuns s'appuient sur leur épée, tournoient, fourbus, à la suite de l’homme qui les emmène, solide sur son cheval. La ligne de ces gaillards est si jolie sous le ciel, le jeu des tricornes, des jambes, des crosses en l'air, ce flottement des basques que le vent gonfle, ces frissons, ces brisures, ces attitudes, font de ce petit tableau le premier peut-être des tableaux militaires de Watteau, celui où se lit déjà très clairement le grand Watteau. Au reste, il l’a doublement marqué de sa griffe; il en a fait le sujet d’une de ses rarissimes eaux-fortes, celle que Mariette note ainsi dans son ABECE- DARIO : « Recrüe de soldats allant joindre le régiment, gravée à l’eau-forte par Watteau et terminée par Thomassin'. »

Je l'ai dit, il ne peindra ni des chocs d’armées, ni des mélées de partisans, car il ne faut pas prendre pour des scènes vues ce Pillement d'un Village et cette Revanche des Païsans qu'il fit à Londres et que

Bernard Baron grava. Une seule fois, dans le Défillé”, qui passa successivement de chez Jean de Julienne chez le prince de Conti, chez Ménageot et chez Dubois l'orfèvre, il fera sauter une poudrière : mais, vite, il revient à la vieille porte sous laquelle se perd le troupeau d'hommes et de chevaux tandis que les traînards boivent le dernier coup, que d'autres s'embrassent, que d’autres se serrent cérémonieusement la main : c’est le Départ de Garnison'; vite il revient au coquemar qui

1. Il y avait, sur bois, une réplique de ce cuivre plus grande (H. 23 L'estampe terminée par Thomassin se vendait chez Sirois « aux ARMES DE de M. de Julienne, en 1767, un dessin de la Recrüe, plume et sanguine, fut adju

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