L. 36) dans la collection de M. A. Sichel
sur le Pont-Neuf à Paris ». A la vente 4 livres, ne 182 du catalogue.
2. Moyreau, sculp. Il y a dans les Ficures DE DiFFéRENs CARACTÈRES, trois études pour ce tableau : le Soldat vu de dos (94); le Cavalier galopant l'épée au poing (114); le Soldat et la femme au broe (288). La Alte et le Défill vendaient 565 livres à la vente du prince de Conti, en 1777 (no 665); 020 livres à la vente Ménageot (1778). Voir, dans les FIGURES DE DrrrérenTs CARACTÈRES, les deux études pour cette Alte : Soldat agenouillé (76); Cavalier près d’une femme (125).
3. Ravenet, sculp.; croqueton de Gabriel de Saint-Aubin en marge du CarTaroGuE pes TABLEAUX, MEUBLES, BRoNZESs, TERRES CUITES... dont la vente aura lieu le 18 novembre 1776, en l'Hôtel d’Aligre (L. 28 p. H. 22 p.), no 87; Paillet ajoute après la description : « Ce tableau, d’une composition riche, extrêmement variée, est d’une touche fine, spirituelle et d’une entente de couleur de grand effet. » Vautrain, 536 livres. Ficures DE DirFÉRENS CARACTÈRES, no 14, Soldat assis buvant ; 1, Soldat une caisse sur le dos; 112, Femme en croupe d'un cavalier; 180, Soldat vu de dos, collection miss James, « Soldat au crayon noir; 190, Homme embrassant une femme. 1846, Vente Saint, n° 24, huit dessins pour le Départ des Troupes: 164 francs.
bout dans le feu de branches, près de la tente couronnée de lierre, tandis qu'on joue au brelan et qu'on fume; vite il revient au petit étang qu'il affectionne, à l'orée du camp et des bois, et auprès duquel, indolemment, on se couche pour deviser, tandis que la « jeune mère » a posé à terre le berceau où dort son enfant, que le souper s'apprête, qu'on ouvre les coffres, qu'une patrouille part chaparder et reconnaître les entours : c'est l’'Escorle d'Equipages' que possédait encore Julienne et que Mariette déclarait merveilleuse.
Deux scènes militaires de Watteau datent incontestablement de cette époque, les Délassements de la Guerre et les Fatigues de la Guerre, deux de ces cuivres aux petites dimensions, qu'il affectionnait vers ces années, et qui sont aujourd'hui à l’Ermitage. Ils proviennent de chez Crozat : les Fatigues, au sortir d'un village, le chemin creux dans lequel bêtes et gens, harasses, dévalent vers un gué; les Délassements”, toute une gaieté verveuse de soldats attablés, sous la draperie d’une tente accrochée aux arbres, tandis que les plus ivres ronflent près des tonneaux défoncés.
A la vente de l'abbé de Gévigney (décembre 1779), figurait une répétition sur bois de ces deux tableaux; mais on rencontre, auparavant, l'indication des deux originaux à une autre vente dont Gersaint a bien voulu se charger, quoi qu'il soit, en cet avril 1745, dans Île feu des enchères Bonnier de la Mosson, à une vente pour laquelle il rédigera même un de ses meilleurs et plus savants catalogues : celle d'Antoine de la Roque « écuyer, ancien gendarme du Roy, chevalier de l'Ordre Militaire de Saint-Louis, auteur du MERCURE DE FRANCE ».
Et voici que j'écris pour la première fois le nom de ce grand ami de Watteau. C’est qu'il est infiniment probable que les deux hommes se connurent, se lièrent à Valenciennes, lors de ce séjour qu'y fait Jean-Antoine.
A quelques lieues dans le pays, un peu au-dessous de Mons, entre les deux bois de Blangies et de Sars, le tournoiement des hommes, des chevaux et des canons a été terrible : Anglais, Allemands et Hollandais se sont rués sur Villars dès le brouillard dissipé. Durant tout le jour,
1. Ficures De Dirrérenrs Caractères : Petit garçon les mains sous son tablier (193); Soldats le sac au dos (257). L'Escorte d'E
quipages est aujourd’hui chez M. Eugène Carrière.
2. Ficures De Dirrérenrs Caracrères : Soldat un tambour sur le dos (240); Soldats et catins sous une tente; Guitariste, deux planches (270).
Le Jugement de Päris
MUSÉE: DUMEOUVRE
(Photographie Braun, Clément et Ce)
nt DR ee e
EEMREEUGE 57
ç'a été par les marécages et les terres mouvantes, autour des fossés, des triples lignes d’épaulement, une tuerie magnifique. Vers la fin du carnage, à l'heure où Villars, enveloppé, tombe de son terrible coup, où M. d’Artagnan, qui a quatre blessures, en est à son troisième cheval, à l'heure où, contre un affût, on ampute les deux jambes au marquis de Courcillon et où d’Esgreberg, cet enseigne de soixante-dix ans, se fait tuer à la tête des Mousquetaires Gris, ces mousquetaires dont est un gamin de dix-sept ans que nous retrouverons : le comte de Caylus, à cette heure-là, un petit homme « aux cheveux gras et aux dents qui lui sortent de la bouche », une façon de monstre qui mène visiblement l’action, Eugène de Savoie envoie les Anglais couper au court par un marais, se jeter sur le front français et le rompre. Le vieux Boufflers et les troupes rouges de la Maison du Roi les reçoivent et, par des charges furieuses, répétées jusqu'à la nuit, couvrent la retraite sur le Quesnoy. Si les alliés n'ont que ce champ de bataille, que Villars va bientôt leur faire si rudement expier, il est hors de doute que c’est en grande partie aux
gendarmes que cela était dû... M. de la Roque a chargé à cette aile gauche qui a empêché la défaite de se changer en désastre, et même il a eu, comme Villars, le genou fracassé.
Évacué sur Valenciennes, il y soigne, avec une aimable philosophie et du mieux que cela lui est possible, une blessure qui risque fort d'arrêter sa carrière. Je dis une aimable philosophie, car M. de La Roque, Marseillais, n’en est pas à sa première aventure. Cadet d’une famille de riches négociants il a, tout jeune, rejoint et aidé son frère aîné dans des établissements fondés aux Cyclades. Au retour, les croupes blanches des Alpilles, les ruisseaux aux bords secs égayés par places de bouquets verts, l’anse des Catalans, le flot bleu qui bat le rocher d'If, tout cela lui avait rappelé les pentes de l'Olympe, l'Eurotas, Naxos, la mer des Alcyons si douce aux matelots, — et il a « sacrifié aux Muses ». Pas longtemps, à vrai dire, car il s’est vite mis à une HISTOIRE DES PEINTRES, ébauchée concurremment avec une HisToRe DU THÉATRE FRANÇOIS. Manquant de documents, il est venu à Paris où un de ses frères l'avait devancé, — et il y trouve autre chose d’infiniment plus intéressant que des paperasses, des dates et des souvenirs concernant MM. les Comédiens.. Enfin, faisant état de sa mine, de son nom et de sa noblesse, ayant encore par devers lui l'argent nécessaire pour payer le laquais, le cheval bai, le cheval d'équipage habillé de drap de Romorantin, il entre dans la Maison du Roi.
Lors d'Oudenarde, il est exempt dans la compagnie des gardes du corps; maintenant, c'est auprès de l’étendard de satin blanc, qu'il a été prendre à Versailles dans la ruelle même du lit de Louis XIV, c'est sous la casaque de buffle galonnée et brodée d'argent des Gendarmes Rouges, qu'il se fait casser la jambe...
Le courrier qui apporte à M. d’Artagnan la décision du roi le faisant maréchal de France remet également à Antoine de la Roque la croix d'or de Saint-Louis et un brevet de rente de six cents livres. Le Marseillais prend en patience et les douleurs de son genou, et sa béquille, et le sot diable de chirurgien qui le soigne.
Dès qu'il sort par la ville, avec, sur son habit, ce ruban feu qui lui attire incontinent toutes sortes de respects, son feutre empanaché très en arrière sur sa perruque soignée, ses grands yeux vifs s'intéressant d'une belle assurance aux unes et aux autres, la bouche rieuse fredonnant volontiers au nez des gens trop graves, aux oreilles de ceux qui regrettent secrètement la Flandre espagnole, la chanson fameuse dont le général des Impériaux fait les frais, — dès qu'il sort par la ville on m'accordera qu'il est difficile à son personnage de passer inaperçu.
D'autre part, ce grand garçon qui va ne quêtant ni sourires ni aguicheries, qui promène sa mélancolie dans le désarroi des rues, la cohue des camps autour de la citadelle, ne s’arrêtant qu'aux bons endroits, sortant parfois de sa poche un cahier et se mettant à crayonner, ce garçon-là doit attirer l'attention d'un homme qui s’est mis en tête d'écrire une HISTOIRE DE LA PEINTURE, même après de Piles et sa BALANCE, même après Félibien et ses ENTRETIENS, d’un homme à qui Voltaire écrira plus tard : « Il est bien doux de plaire à un homme qui, comme vous, connait et aime tous les beaux-arts... »
S'ils se connurent ici, l'abord dut être aisé. L'enthousiasme natif aidant, on pressent avec quelle chaleur, quelle belle verve, le gendarme était capable d'entreprendre le peintre si bienheureusement rencontré; et ses sanglants reproches pour, avec ce « génie dans le talent », rester à se morfondre dans cette chienne de cité. L'avenir est à Paris, où luimême compte bien retourner et reprendre l'air du monde, la campagne finie. Et il dut aussi, le Marseillais, lui promettre son appui... Comment douter qu'il ne soit bien en cour, et l'ami de Mgr le Protecteur? Au lieu de la misère, c'est la vie heureuse, là-bas, dans le commerce de ses riches amis, tous épris de peinture et férus pour les arts. C’est mieux! c’est
BEMRERUGE 59
la pointe heureusement poussée sur le chemin de la fortune et de la gloire, — avec, pour commencer, cela n’est pas douteux, afin de lui permettre de soutenir ses études, de concourir pour le grand prix qui mène à l’Académie de France à Rome, la pension de deux pistoles par mois sur le fonds des Bâtiments, pension qu'il se flatte de lui obtenir, lui; pension qu'il lui obtiendra...
Est-ce cela?
Est-ce simplement la commande de Sirois qui n’a pas été sans faire naître une correspondance, — Watteau écrivait facilement, — lettres où, dans l’infinie tristesse de sa désillusion, les rares et petites amitiés, naguères laissées si délibérément, lui apparaissent plus vives maintenant, soudainement plus précieuses, plus attirantes ?
Est-ce ce que dit Caylus?
Mais indépendamment de la courte durée, dont étoit toute espèce de satisfaction dans la tête de Watteau, tous les talens qui émanent de l'esprit ont un égal besoin, non-seulement pour leur avancement mais pour leur soutien, de la critique, de l’émulation, de la communication des ouvrages et des artistes, en un mot leurs productions ne sont faites que pour être vües et jugées, et Watteau ne trouvoit rien de cela à Valenciennes, c’étoit une forte raison pour en sortir.
Autour de lui tout est hostile. De famille, il semble n’en plus avoir: sous l'œil du père, ne s’inquiétant de ce que Jean-Antoine devient, tous vivent étroitement, entre eux, leur petite vie de communiers, l’accueillant presque comme un étranger quand, à la Saint-Martin, le « Jour qu’on soupe », et à la Noël, à la « Quéniole », alors que la coutume veut qu'il paraisse quand même à la maison de la rue Verte... Bartholomé, l’aïeul, dans les yeux de qui il lisait, parfois, une inquiète bienveillance, Bartholomé le vieux est mort : par le pavé jonché de genêts, à la Chandeleur, on l’a conduit à l’église... Toujours se resserre le réseau des peines : la lutte chez Pater devient plus âpre encore, plus difficile, — lui, pourtant, a dans Valenciennes une notoriété dont Jean-Antoine est loin.
Un soir, il va « bucquer » à l’huis de l’auberge de la Poste, fait plomber son porte-manteau pour éviter la visite au passage de Péronne, et remonte, pour la dernière fois, dans le carrosse des Flandres qui va le ramener à Paris.
Les Entreliens badins
(Gravure de B. Audran, d'apres le tableau original de Watteau)