‹ Antoine WatteauChapitre 20 sur 61 · FLORENCE · texte numérisé non relu

FLORENCE

(Photographie Braun, Clémentet C*e)

digerieter terriens

sant, que l’auteur de l'Iphigénie qui décorait la salle de billard du grand appartement à Versailles, suivit l'exécution de ces pièces d’un caractère si différent de la Recrüe allant joindre le Régiment. Le bonhomme, devant tant de libertés prises et de règles enfreintes, plus d’une fois entreprit Watteau, et ce avec la süreté, la pesanteur d'un logicien qui suit sa pointe, enfile l'argument, pousse du grec et du latin.

Mais Watteau est un isolé, comme Chardin, comme Fragonard, et il n’en continue pas moins de peindre ainsi qu'il l'entend, sans se soucier de l’émoi où sa façon de procéder jette le digne académicien…

A la vérité, ce qu’il brosse en ce moment n’est guère dans sa nature. Et, comme il n'ose encore répondre aux franchises qu'il sent sourdre bien autrement grandes que celles qu’il avoue, il est fort embarrassé. Il traite donc ses sujets presque dans le même mode que ses tableautins. Il prévoit bien, cependant, qu'il y faut apporter une entente plus large et plus simple à la fois, que la diaprure, l’étincellement de sa lumière doivent ici s’assagir et se fondre, pour se distribuer autrement... Sans oser trop regarder les colosses de la galerie qu'il n’a fait qu’entrevoir dans leur fulgurance, craignant peut-être, en son admirable conscience, de perdre pied et de n'oser plus exécuter ce qu'on attend de lui, il veut ignorer ces Italiens maîtres du décor, qui sont là, tout près, il veut les ignorer jusqu’à sa tâche achevée. Et, dans cette peur particulière, il s'embesoigne attentivement...

Parfois le financier passe, aimable et d’une extrême courtoisie; il s'approche doucement, loue en connaisseur, encourage, reste peu pour ne trop déranger son peintre, et la physionomie grave de Watteau s’est amenuisée au contact de la cordialité rayonnante de Crozat.

Malgré des réticences réelles et des hésitations, les Saisons de Crozat marquent une liberté nouvelle dans la manière de Watteau, un affranchissement encore.

Il y a dans ce Printems, celui des panneaux de beaucoup le meilleur et où l'ordonnance est la plus heureuse, où plus d’air circule autour des personnages, une belle fille couchée sur un nuage et qu'un Zéphyre, un peu lourdaud, couronne de roses; cette fille-là, modelée en pleine lumière, a une chair irisée de clartés dont François le Moyne et, après lui, Boucher s’inspireront directement. L’Eslé couronnée d’épis, bien de face et archaïquement drapée, — une draperie qu'on lit, dans la gravure de Renard du Bos, zébrée des lumières argentines chères au

A tee te

maître, — est plus convenue dans son arrangement. L'Aufonne est assez touffu et fait vaguement penser à Jordaens avec son Bacchus dont un faune emplit la coupe tandis qu’à ses pieds une femme étendue se relève à demi sur un coude, dans un mouvement qui sera très familier au peintre; et l'Hyver, ce vieillard qui se chauffe à ce feu de sarments, est tout à fait dans la tradition anversoise. Si encombré que cela soit encore de réminiscences et de souvenirs, l’indéniable originalité et la personnalité de Watteau s'expriment ici. La Fosse s'étonne à bon droit; Caylus qui a vu les panneaux atteste leur nouveauté : « Ces tableaux cependant ne diffèrent de sa façon de traiter ses petits sujets que par le nud et par des draperies d’un autre genre... » Qu'ensuite il ajoute : « cette touche fine et légère n’est plus supportable quand elle exige une plus grande étendue ».. il ne faut s’émouvoir de cette critique, et n’en retenir que l'inconscient constat qu’elle apporte. M. de Caylus n’a jamais compris Watteau.

1. Le Printems fut gravé par Desplaces, l’Esté par Renard du Bos, l’Autonne par Faissar et l’Hyver par Audran. Les toiles avaient 4 pieds 5 pouces de haut sur 3 pieds 9 pouces de large. L'Esté et l'Hyver furent vendus, en 1786, à la vente du duc de Choiseul; puis passèrent à la vente Lebrun, en 1791 (n®% 44; 140 liv.). La toile de l'Hyver fut retrouvée par M. Clément de Ris, très détériorée, « dans un corridor obscur du château de Chenonceaux, où elle était venue par le financier Dupin, la tige des Dupin de Villeneuve et l’arrièregrand-oncle de Mr George Sand. » Ceci se passait en 1858...

Les Délassements de la Guerre

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