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réception de son Christ dans le temps qu'il va être attaché sur la Croix. Mais, entre le vieux maitre bachique et Watteau, il n'y a plus rien de commun.
Enfin, voilà, cette même année, que la docte assemblée agrée un nouveau peintre : Nicolas Vleughels.
Nicolas Vleughels est le type de linsupportable Gascon du Nord, du plaisantin point cruel, mais réfléchi et intéressé, du vantard à la bonhomie et à la jovialité courtes, à l'amour-propre excessif, de l'homme à idées qui se croit à la hauteur de toutes les tâches, et qui a, pour les
grands, le respect et le dévouement faciles. Nicolas a connu la misère de son père Philippe Vleughels ; il sait quel pain il a mangé pour obtenir enfin les maigres travaux qui l'ont fait vivre difficilement, et il s’est bien promis de faire autrement son chemin. Il n’est point sot, a vu du pays, possède une certaine culture, observe son monde et, réso-
lument, avec quelques manières relevées, usant fort à propos de cette faconde capable d'éblouir certains timides, il commence son attaque.
Elle réussit.
Quand le vieux Poërson « radote » et qu'il faut lui choisir un successeur à la tête de l’Académie de France à Rome, à Lestache et à Berlin proposés, on préférera Nicolas Vleughels.
Si je m'étends un peu sur Nicolas Vleughels, c’est que Mariette ajoute au bas de l'impitoyable silhouette qu'il en a tracée : « Il étoit ami de Watteau. »
Ici, il faut bien voir ce qui arriva.
Il faut, très justement, imaginer Vleughels vers 1715, ambitieux, intrigant et fort désireux d'être enfin de cette Acadèmie qui mène à tout. Il a quarante-six ans, et il n’est que temps! Aussi, rôde-t-il sans cesse autour des nouveaux arrivés, fréquente-t-il les anciens agréés, ses juges de demain. Et il devait penser, non sans raison, que Watteau, admis depuis 1712, serait académicien bien avant lui. C’est le contraire qui eut lieu, et Vleughels qui vota pour Watteau…
La connaissance de Watteau, en dépit de sa sauvagerie, ne devait être difficile à faire, et la confiance d’un pareil insouciant peu longue à gagner pour un Haut Flamand, habile à faire sonner son origine. Quelque peu réconfortants que soient les souvenirs que Jean-Antoine conserve de son pays, il en est encore de rares et de précieux cependant, que les rudesses de l'aventure ne sauront effacer, qui demeureront
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Antiope
DU LOUVMRE
(Photographie Braun, Clément et Ce)
Jupiler el MUSÉE
en lui jusqu'à la fin, comme de petites flammes vives. D'autre part, l’âpre lutte, dans ce grand Paris, groupe parfois les individus par « nations » comme aux temps héroïques. N'en voilàa-t-il pas assez à un homme de l'industrie de Nicolas Vleughels, pour se mettre tout à fait bien avec Antoine Watteau, et savoir se rendre, en plus d’une occasion, l'indispensable ami ?
À ce moment, dans le désarroi qui agite si fort Paris, les Flandres se rappellent à Watteau. Après Vleughels, qui doit à son origine de s'être fait écouter, voilà que viennent le retrouver Antoine Pater et sa femme, et l'aîné de leurs trois fils. À leur tour, ils ont pris le carrosse à l'auberge de la Poste et, débarqués dans la grand'ville, ils s'installent dans le voisinage du logis de Jean-Antoine. Ils restent le temps de voir les merveilles et de s'entendre avec le nouvel agréé, — c’est le but principal du voyage, — pour qu'il veuille bien prendre avec lui Jean- Baptiste. Le garçon a maintenant dix-neuf ans et les leçons de Guidé ne suffisent plus.
Watteau accepte, si fort que soit son amour de l'indépendance. Une trop longue amitié le lie au vieux Pater pour qu'il ne fasse ce sacrifice. Et puis, c'est encore un peu de sa petite patrie qui est venu le trouver, et quelque peu heureux que soient les souvenirs qu'il en ait, il ne sait se défendre d'une émotion, alors qu'on l'évoque devant lui. À son nom, une mélancolie le prend où il se complaît. À sa dernière heure, il voudra, désespérément, y retourner.
Antoine Pater lui dit toute une chronique sur Valenciennes. Que de choses depuis le dernier séjour de Jean-Antoine! Malgré le petit état où se réduit l’ancienne prospérité de la cité, et la concurrence tous les
jours plus grande, — un Flamand, François Eisen, n'est-il pas venu dernièrement encore d'au delà de la Lys pour s'embesoigner au Béguinage, — les affaires du sculpteur se sont améliorées. Ce voyage si
coûteux, et à trois, en est une preuve. Après la grande victoire des troupes du roi, la défaite des Impériaux qui étaient venus se retrancher sous les murs de la ville et jusque dans le cimetière d'Anzin, l’ordre enfin rétabli, le Magistrat avait fait bâtir, pour les fermiers des octrois, plusieurs grosses maisons marquées d’enseignes en haut-relief, taureaumarin, triton, sirène, castor, et cela lui avait déjà fourni quelque ouvrage. Mais, le coup de fortune avait été la châsse de la miraculeuse Vierge en bois doré de Notre-Dame-de-la-Chaussée, que lui avait confiée
la confrérie du Puy. Il avait été obligé, au cours de son travail, de rogner un peu du socle de la statue : à cette nouvelle, de toutes parts, on était venu implorer de lui, à poids d'argent, la faveur d’un peu de sciure pour emplir des scapulaires, ou d’un éclat pour faire des petites croix, des grains de chapelets... Et Pater avait largement fait des heureux...
Maintenant, l'existence des siens était assurée. Pendant quelque temps il pouvait, sans trop d'inquiétude, attendre les commandes et les entreprises.
Antoine Pater reparti pour Valenciennes, Jean-Baptiste installé, Watteau reprend sa vie. La pensée plus libre, il songe plus délibérément à l'œuvre future, au milieu de l’incessante production à laquelle l'astreint ce succès grandissant que constate Julienne et « qui luy attira de si fréquentes visites, qu’à peine luy restoit-il du tems pour travailler. »
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DE
MUSÉE
{Photographie F. Hanfstaengl)
sait la désagréable et brutale visite du commis pour ne se trouver qu’en
pleine rue Mou