British Museum
2. G. Scotin, sculp.; au moment où Mariette écrit l'AsecenArto, le tableau est chez Coypel.
apparence, que ce diseur de riens dont la langue s'entend si bien, que ce brodeur de menutés dont l’éloquence persuade si vite... Le voici en veste de satin, en collerette et en manchettes de dentelle, chaussé d’escarpins relevés de nonpareilles qui éclatent dans l'herbe comme des fleurettes, sur le banc de pierre à l’orée du bois, du bois aux bruissements mélancoliques et aux brouillards d'’ambre, égrenant, comme un appel, une brunette amoureuse et interrogeant le lointain dans l'espoir d'y découvrir l’amante : c'est le Guilarisle du musée de Vienne.
N'est-ce pas lui encore qui est le personnage principal du Concert appartenant à l’empereur d'Allemagne, et qu'on a laissé se perdre presque entièrement, où vivaient dans une échappée superbe d'eaux, de collines et de bois, les écouteuses chères à Jean-Antoine, des enfants jouant avec un chien, où des groupes galants rompaient la ligne des seconds plans, à la manière des Vénitiens ?
Mais Watteau l'a pris dans trop de compositions, ce guitariste, et je dois renoncer à les énumérer. Seulement, dans la Leçon de musique de la collection Wallace, la préoccupation est si évidente qu'il me faut placer ici ce chef-d'œuvre. Le mot n’est pas trop fort, et voilà bien un des plus purs joyaux de l’écrin de Watteau. Le faire en est admirable. C'est celui de la plénitude des moyens ; c’est une superbe œuvrette, dirait-on, s’il était des œuvrettes avec Watteau. Ce petit panneau, orchestre par la palette de la Finette et de l'Indifférent, n’est que joies claires, chevelures indécises, carnations d’aurore de visages enfantins, sang à peine plus chaud d’une toute ieune femme. Et il n'y a, ici, nulle variation amoureuse. Voilà qui met cette œuvre très à part dans l’œuvre.
Jusqu'à maintenant, avec un entêtement et une volonté étranges, on a voulu mêler à ceci le madrigal ou la déclaration. Il suffit, pour se convaincre de la lourdeur du contresens, de regarder simplement le tableau, sans préoccupations et sans clichés apprêtés : il suffit de considérer ce groupe exquis de la sœur aînée qui tient le cahier de musique, du frère qui suit le chant, de l’amusement clair des deux bambins dont les candides regards rayonnent sans encombre, et de s’arrêter enfin à l'air perdu du musicien qui, d'une main éloquente comme Watteau seul peut en peindre une, tourne ses chevilles et cherche la justesse de ses quartes.….
S'il faut une excuse à la bévue des critiques qui, jusqu'ici, ont trouvé je ne sais quel parfum de galanterie à ce chef-d'œuvre qui fleure si
eo
candidement, elle est assurément dans les pitoyables vers que Louis Surugue a burinés au-dessous de sa gravure de 1719:
Pour nous prouver que cette belle Trouve l’hymen un nœud fort doux Le peintre nous la peint fidelle
A suivre le ton d’un époux.
Ces enfants qui sont autour d’elle Sont les fruits de son tendre amour, Dont ce beau joueur de prunelle Pouroit bien goûter quelque jour.
Surugue a été bien puni: sa planche est à la hauteur des deux quatrains.
Cependant, il est un instrument dont les notes graves et les tristesses singulières touchent plus particulièrement Watteau, un instrument qui l'émeut entre tous, dont les cordes chantent et vibrent sous des sourdines qui étouffent les sons sous des sanglots, les irisent seulement d’un crêpe violet qui pimente d’un petit deuil les andante, les menuets et les airs de tambourin. Cet instrument-là c’est la basse de viole. Il n’a eu garde de l'oublier dans le Concert de Sans-Souci, et il en fait jouer par Julienne.
Mais son goût personnel se double, en ce moment, d’une rencontre assez piquante : cet instrument est à la mode. Il engagera un homérique combat dont je retrouve les traces dans les papiers du temps :
La seule Basse de Viole a déclaré la guerre au Violoncel qui a remporté la victoire, et elle a été si complette que l’on craint maintenant que la fameuse Viole, l'incomparable Sicilienne, ne soit vendue à quelque inventaire à un prix médiocre, et que quelque luthier profane ne s’avise d’en faire une enseigne... la Basse de Viole est donc reléguée maintenant dans les cabinets des vieux partisans de l’ancienne musique, qui, après s'être amusés toute leur vie, semblent vouloir perpétuer leur goust en
inspirant à leurs enfants, et surtout aux jeunes demoiselles, de préférer par décence le pardessus de Viole aux autres instrumens, comme s’il étoit moins honnête de mettre un violon sur l'épaule qu'un pardessus entre les jambes.
Ce triomphe du violoncelle ne fut si incontestable, si j'en juge par cette DÉFENSE DE LA BASSE DE VIOLE CONTRE LES ENTREPRISES DU VIOLON ET LES PRÉTENTIONS DU VIOLONCEL :
Le Violoncel qui jusque-là s’étoit vu un misérable cancre, haire et pauvre diable, dont la condition avoit été de mourir de faim, point de franche lippée! maintenant se flatte qu’à la place de la Basse de Viole il recevra maintes caresses. Déjà, il se forge une félicité qui fait pleurer de tendresse.
réte dans les Jardins de Saint-Cloud
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