CONDE
MUSÉE
Clément et Ce)
(Photographie Braun,
devaient être pour lui comme autant d'enseignements et de révélations, un petit fait se produisait au dehors, qui lui apportait comme le complement nécessaire et vivant de ses bienheureux séjours rue de Richelieu et à Montmorency. Le Régent ayant écrit à Antoine Farnèse, duc de Parme, pour lui demander de recruter et d'envoyer à Paris une troupe de comédiens italiens, ceux-ci venaient de s'installer et de commencer leurs représentations au Palais-Royal, dans la salle même de l'Opéra, tandis qu'on réparait l'hôtel de Bourgogne resté fermé pendant dix-neuf ans. On rappelait les proscrits de 1709, on leur donnait quatre mille livres de pension, alors que les échos de la Sainte-Chapelle retentissaient encore du pathétique de Massillon.
… Mais enfin LOUIS contraignit les œuvres des ténèbres à se cacher et à ne plus insulter à la lumière. La licence d'un théâtre étranger, où, à la honte des mœurs publiques et de la politesse de la Nation, les plus grossières obscénités assembloient les Grands et le Peuple, où le vice parloit un langage dont notre langue même rougit, et le sexe lui-même venoit publiquement applaudir à des indécences qui étoient comme des insultes solennelles faites à sa pudeur, cette licence fut proscrite; et les débris de cette scène impure élevèrent à la piété de LOUIS un monument plus immortel que les murs renversés de tant de villes conquises n’en avoient élevé à sa gloire.
Las ! les grands et le peuple se ruèrent à la première des « Comédiens Italiens de M" le duc d'Orléans », et « en si grand concours de personnes qu'à deux heures après midy toutes les loges, l'amphithéâtre et le parterre se trouvèrent remplis »... et revoici Lelio et Violette, Arlequin et Ursula, Scaramouche, Pantalon et Gilles, et le sourire de Sylvia, et les joues roses et les dents blanches de Flaminia, et la souplesse féline de Colombine, et toute la joie de la Farce, des pleurs grotesques du Docteur aux rires méchants de Mario, tout un tourbillon de gifles, de trémoussements, de chansons, de danses, de bastonnades et de chutes, où, sous le grossissement caricatural, revivent la rudesse puissante de Ruzzante, la fantaisie de l’Arioste, la subtilité licencieuse de Machiavel, et surtout l’âme d’un peuple, le soleil, le ciel, l'air lourd de parfums d’un pays.
Baletti et Giacomo Rauzzini, Riccoboni, Francesco Matterazi, et
de la Lorgneuse, Louvre. — Teste à Teste : B. Audran sculp. — /Jndiscret : Aubert sculp. — Qu'en dira-t-on ? gravure avec cette seule mention : à Paris, chez Basset. — Surprise : B. Audran sculp., Hénin, qui possédait l'Accord parfait, un chef-d'œuvre, retrouvé dans la collection Miss James, et adjugé à sa vente (Londres, juin 1891, 91.875 francs ; même vente, dessin, Jeune fille prenant un cahier de musique (9 1/2 sur 6 1/4), 1.680 fr. — Hénin possédait aussi la Surprise ; cabinets Julienne et de Presle (Bois. H. 37 c., L. 30 c.); vente du « citoyen Robit », 1801, n° 165, 411 francs. F. pe D. C., 71, Joueur de guitare : sanguine, Homme embrassant une femme renversée, d'après la Kermesse des Rubens, dont c’est le groupe reproduit au costume près, dans la Surprise. — Rendez-vous : Audran sculp.; vente Andrew Hay, Londres, 1730; vente Robert de Saint-Victor, 1882, 41 francs.
Giovanna Benozzi, Mario, Scaramouche, Lelio, le Docteur et Sylvia, font retentir sur la scène tous les dialectes de la péninsule, mêlés au français, et à quel français! Le toscan, le vénitien répondent aux patois de Florence et de Naples, et les bourgeois accourus, quand la pantalonnade n’est pas très claire, quand les méandres sont par trop difficiles et obscurs, d'ARLEQUIN MUET PAR CRAINTE, de la STATUE DE L'HONNEUR, des FILLES ENNUYÉES, les bourgeois réclament.
« Quelle langue parlent-ils là? Ce n'est ni du français ni de l'italien. De Violette, on n'entend pas un mot, Lelio parle comme un Suisse, Mario ne se fait entendre qu'à force de tâtonner, Pantalon s’en tient à son langage vénitien, le Docteur apprendra, Scapin fait son unique étude de notre langue, mais sans y faire de grands progrès, s'aperçoit seulement qu'il oublie insensiblement la sienne, de sorte qu'avant qu'il soit six mois il ne sçaura plus parler ni l’une ni l’autre, et plût à Dieu que Scaramouche puisse tomber dans le même inconvement. À l'égard d’Arlequin, il faut qu'il s'en tienne à son Bergamasque jusqu'à ce qu'il se soit rendu intelligible.…. »
Voilà qui est bien indifférent à Watteau, très averti du théâtre, qui suit admirablement et pénètre l’action, à Watteau qui aime ces gens très vivants, qui chaque soir improvisent sur le thème donné et ne rivalisent de déclamation chantante comme la Desmares et Beaubourg.
Ils le séduisent par l'ingénuité de leur redondant, leur insouciante liberté, la conviction vite évanouie de leurs propos amoureux, et son oreille de Flamand ne s'étonne de la crudité et du gros sel de leurs saillies. Et puis, ces drôles, il les connaît déjà par les récits de Gillot.
Sur ce théâtre-là, si Gillot a laissé le LIVRE DE SCÈNES COMIQUES, on retrouve dans les FIGURES DE DIFFÉRENS CARACTÈRES une suite éloquente qui dit assez le vif intérêt inspiré à Watteau par les nouveaux arrivés. J'ai dit, ailleurs, sous combien de formes on rencontre Mezetin dans le seul livre de Julienne’. Il en est de même pour Pantalon, pour le Notaire, pour le Valet, pour Pierrot, pour Cassandre, pour Léandre, pour Gilles, rendus dans l’imprévu, le bonheur d'un geste ou d’une réplique.
C'est seulement maintenant que Watteau peint ce Départ des Comédiens ilaliens® qui prend la signification d’une hardie critique. Ah!