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sa province’, embuée du grand air des champs, le corps non déformé par le travail si dur, à cette époque, des filles qui venaient se louer à la ville ?
C’est impossible. Cette fille a été Phlipotte, elle a touché les dix sous que MM. de la Comédie octroient libéralement pour tenir ce rôle, et avant de veiller au bon ordre de l'intérieur du peintre, elle a reçu les gifles de M” Pernelle... Peut-être qu'un soir, après le spectacle, la Roque a entraîné Jean-Antoine à l'Argle Royal, qu’elle y mangeait la maigre soupe qu'on y tenait chaude aux comédiens qui ne pouvaient souper plus copieusement et que Watteau l’a connue ici même. Ce qui me fait croire que cette fille est une fille de théâtre c’est, la part du peintre faite et déduite, la facilité avec laquelle elle se transforme, le brio, le parti qu'elle tire des étoffes, des moindres affiquets. Cette science n'est pas seulement la profonde science de toute femme coquette, mais le savoir, la rouerie d’une femme qui a la particulière habitude du costume, et qui, avec cette passivité, cette passagère conviction qu'on ne rencontre que sur les planches, prend un air, trousse une robe, pique en avant la pointe d’un tricorne, sûrement, aisément, ainsi que ne saurait le faire nulle fille de charge, quelle que soit sa bonne volonté.
Watteau, en réaliste, l’a scrupuleusement suivie, ne réservant, avec elle, son invention et sa poésie que pour le regard et le sourire. Qu'on ne s'étonne, alors, que sa servante ait été, non seulement la Danseuse de d’Argenville, mais, quand il l'a voulu, l’écouteuse de la Diseuse d'aventure et l'Aventurière elle-même.
Elle a surtout été cet inépuisable thème, le corps féminin, qu'à loisir il étudie, note et rend avec une rigueur qui a effrayé et dérouté combien de commentateurs et d’historiens de Watteau?
Des critiques sont venus incriminer doctoralement telles proportions, trouvant des fautes d'esthétique dans la construction, reprochant le « style », blâmant comiquement le peintre de n’atteindre « à la vérité de la forme idéale ». Quel pathos et quel non-sens! Il était si simple de comprendre Watteau « n'idéalisant » nullement et restant un admirable et superbe logicien, amoureux avant tout de la Vérité et de la Nature.
1. La servante de Watteau n’est certainement pas Parisienne. Elle a toutes les caractéristiques flamandes des femmes du Hainaut. Valenciennoise ?.. La preuve s’en fera peut-être un jour.
Dans l'intimité de l'atelier il déshabille la fille et travaille d’après sa nudité robuste. La voici, sur le coin de la chaise de tapisserie, ayant jeté ses jupes et son corset de toile, ne conservant qu'une vague draperie qui glisse, demi-nue, une jambe repliée, l'autre pendante, curieuse et puissante étude à la sanguine et au crayon noir, aujourd’hui au British Museum. C’est elle encore qui, retenant d’une main sa chemise sur son giron, le buste penché et le bras gauche étendu, un bracelet au poignet, semble essaimer des fleurs’. C'est encore elle, sur une autre feuille du British Museum, de face, les seins écartés, qui prend un air de Diane sous l’envolement d'une écharpe. Regardez-la bien : c'est la servante que, d’autre part, il silhouette, de profil, sous sa petite coiffe blanche et son fichu de linon; c’est le même nez pointu, le même menton rond, le même œil sous le sourcil haut. Une autre fois, de son crayon rouge à la pointe grasse, il la surprend essuyant un plat”. Il lui arrive, avant qu'elle ne retire son corps de taille et quand il la fait se coiffer les cheveux chignonnés assez haut, avec, sur le front, ces deux coques originales, de la dessiner de trois-quarts, ou la tête penchée, dans des brisements de lignes, dans des raccourcis scrupuleusement étudiés”. Et ce même type est si facile à suivre dans l'œuvre, qu'aussitôt que Watteau s’en écarte l’autre modèle se trahit immédiatement, comme cette jeune femme qui s’est prêtée aux caprices du peintre, qui s’est coiffée pareillement, qu’il a croquée de même et qui n'est pas du tout la servante de d’Argenville : le nez est plus rond, la bouche plus jolie, l’œil plus allongé sous la paupière plus lourde. Cette créature a du sang bleu; aussi, en un coin de la feuille, crayonne-t-il sa main baguée, tenant très aisément un éventail‘... Docile et se pliant à toutes les fantaisies du maître, l’habituel modèle est encore en béret, ou une fraise molle au cou et les cheveux à la chinoise”.
S'il la tient droite, s’il la couche, s’il l’assied drapée dans la robe qui sera la robe « à la Watteau »", si elle porte le costume de ses pastorales, alors il ne prendra d'elle que ce que Rubens appelait