‹ Antoine Wiertz etude biographiqueChapitre 12 sur 27 · A M. LE MINISTRE DE L'INTÉRIEUR · texte numérisé non relu

A M. LE MINISTRE DE L'INTÉRIEUR

Liège, février 1810. .

Monsieur le Ministre,

Les beaux-arts prennent dans notre patrie un développement extraordinaire,

< t il est du devoir du gouvernement de seconder de tous ses efforts, et par dos moyens efficaces, les louables ambitions qui brûlent de se faire jour dans cette noble carrière.

Oui, monsieur le Ministre, les arts devraient être aujourd'hui l'objet de la plus vive sollicitude du gouvernement. Car il y va d'u.ie époque glorieuse pour la Belgique.

Trouver un système utile d'encouragement embarrasse le ministère : il l'a déclaré franchement dans une circulaire au jury des récompenses pour l'Exposition de 1859.

Dans ces circonstances, le ministre doit descendre il prendre conseil «le liirtiste. Car, si en moyens matériels le ministre est puissant devant l'artiste, <u matière d'art, l'artiste est puissant devant le ministre : celui-ci doit l'écouter.

La liberté et l'indépendance dans les conceptions du génie sont indispensables à la création des grandes choses. L'artiste soumis à une volonté élranf ère, perd son énergie ; c'est un lion dont de viles chaînes paralysent la force et la puissance.

Ce n'est donc point seulement en commandant aux artistes de nombreux ouvrages qu'on imprimera aux arts de rapides progrès; ce n'est point non plus

< n forçant le pineenu des artistes à la représentation de quelques vains sujets d'actualité, que l'on verra se reproduire le siècle de llaphael et de llubens.

Protéger les hommes qu'anime l'amour de la gloire, laisser au génie la liberté de s'élever a telle région qu'il lui plaît, commander des ouvrages de telle nature que l'artiste sente la nécessité d'étudier les grands maîtres , tels sont les moyens par lesquels vous pourrez ramener une époque féconde en chefs d'œuvre d'art, glorieuse pour notre patrie.

Il est temps aussi de nous affranchir du joug étranger; il est temps d'avoir confiance en nos propres forces. Cessons de croire avec les Français que M. Delacroix est un plus grand homme que Kubens; que M. Decamps est le <ligne émule de Raphaël. Il est temps enfin que les peintres de notre Belgique « hantent leur Marseillaise!

L'admiration constante et unanime des siècles nous a indiqué les œuvres «l'art que nous pouvons considérer comme ty|K>s du beau et du vrai.

Or, si le gouvernement veut songer sérieusement à ramener le bon goût <:.'.:'.s la peinture, voici ce qu'il conviendra de pratiquer :

Admettre au sein des Expositions de tableaux modernes quelques-uns des chefs-d'œuvre des grands maîtres. — Ces ouvrages, posés là comme des géants à combattre, exciteraient l'enthousiasme et provoqueraient une noble lutte qui aurait pour résultat de ramener nos artistes à l'étude et à l'application des grands principes de l'art.

La récompense due aux efforts heureux dans une telle lutte, ne peut être décernée que par la postérité. Tout ce que le gouvernement pourrait fair»' dans cette occasion, serait de conserver, dans un Musée spécial, ces ouvrages inspirés par l'amour de la gloire.

Décerner des médailles à des hommes graves, qui voient l'art d'un point de vue sérieux, est un acte puéril. D'ailleurs, de quel droit le jury anticipe-t-ilsur les arrêts de la postérité?

Tout encouragement est stérile pour ceux que n'anime pas l'amour de U gloire, pour ceux qui ne savent pas mépriser les richesses.

Quant à celui qui croit l'art subordonné au caprice des grands et qui recherche leur faveur, au lieu de la commander, il est indigne du num d'artiste.

Après avoir exposé les moyens qui me paraissent propres a nous ramener l'époque des grands maîtres, permettez, monsieur le Ministre, que, pour taire l'essai d'un nouveau système d'émulation, je vous expose ici ce que m'inspirent mon courage et mon dévoument.

Au sein de la cathédrale d'Anvers règne, comme sur le trône de l'art, le chef-d'œuvre de Rubens, la Descente de croix.

C'est contre cet inimitable type de perfection que je veux éprouver les efforts de mon pinceau. Dans cette lutte, inégale à coup sûr, je dois succomber; mais comme aux champs de Troie, il était beau d'expirer sous la lance d'Achille, je veux, en luttant contre Rubens, succomber avec gloire !

Je l'avoue hautement, la gloire de Rubens excite mon audace. Loin que cette pensée soit en moi le fruit d'une téméraire présomption, elle est, au contraire, la manifestation sincère de l'enthousiasme ardent que m'inspire tout ce qui peut me conduire au but où tendent tous mes efforts.

Une toile de 80 pieds serait le champ immense où je voudrais traiter le sujet que j'ai conçu. Un atelier , d'une dimension conforme ù mon plan, devrait être bâti exprès, si l'on ne trouvait un local convenable a cet usage.

Les frais qu'exigerait une telle entreprise, un artiste sans fortune ne peut les supporter. Le gouvernement, s'il a foi dans mon projet, pourra devenir propriétaire de ce tableau, au prix des frais qu'entraînera l'exécution. Je renonce formellement a un salaire quelconque.

La seule récompense que je sollicite et qui doit m'être promise, avant de mettre la main ù l'œuvre, c'est l'honorable faveur de voir lixer pour toujours mon tableau à côté de l'immortelle Descente de croix.

Puisse mon exemple exciter des contemporains plus habiles que moi à se mesurer avec le prince de la peinture !

Puisse eette entreprise faire comprendre toute lu dignité de l'art et de l'artiste !

Puisse enlin cet ensemble d'œuvres, qu'un but de -loire aura fait surgir, prouver à nos voisins que le peuple qu'ils dëtractent avec tant d'injustice, renferme en son sein des hommes qui comprennent le but des arts !

Si la proposition que je viens de faire obtient votre approbation, ordonnez, monsieur le Ministre, qu'un atelier soit mis immédiatement à ma disposition. Si, au contraire, la franchise avec laquelle j'exprime mes sentiments d'artiste, ne rencontre pas la sympathie du gouvernement, le projet que j'ai conçu n'en marchera pas moins à son entier accomplissement. La Belgique a des citoyens qui, je l'espère, sauront comprendre nia pensée et seconder mes efforts.

J'ai l'honneur d'être, etc.

A M. LOUIS LÀBARRE.

Liège, 3 février 1840.

Vous ne sauriez croire tout le plaisir que vous m'avez fait, en me renvoyant ma lettre avec vos notes. Cela m'a appris que j'étais bien éloigné encore de « omposcr un poème épique.

Mais voici une autre petite affaire.

On écrit dans le Commerce d'Anvers :

« On parle de la nomination de M. Wiertz pour la place de professeur à l'Académie d'Anvers, en remplacement de M. Wappers. »

Vous qui me connaissez, vous devez pensez combien j'ai dû rire à l'aspect de cette petite phrase...

Voici ce que j'ai envie d'écrire au rédacteur :

« Monsieur le Rédacteur,

« Je viens de lire dans votre journal que quelques personnes qui me connaissent bien peu, me font l'honneur de me proposer comme professeur a l'Académie d'Anvers. Afin de faire cesser ce bruit et de prévenir de mes véritables intentions les personnes qui s'intéressent à moi, je vous prie de vouloir bien insérer ces lignes :

«t La seule place à laquelle j'aspire et devant laquelle s'évanouissent pour « moi toutes les dignités de la terre, est celle où la postérité élève l'artiste, à

côté des grands hommes qui ont illustré les arts. Loin de songer à enseigner « ce que moi-même j'ai besoin encore d'apprendre, je dois sacrifier tous les « instants de ma vie à des travaux de nature à pouvoir être jugés de l'avenir.

« Si, par des efforts que rien ne peut distraire, j'obtiens l'approbation de la » postérité, je pense que j'aurai atteint le but le plus louable et le plus utile a » mes concitoyens. »

Voilà. Vous vomirez bien me renvoyer cela, avec votre avis.

Caro maestro, un peu de patience.

La place à laquelle j'aspire et devant laquelle s'évanouissent pour moi toutes les dignités aie la terre... c'est là une des pensées que je désire le plus faire connaître.

J'attends tout ceci pour demain, s'il est possible.

Savez-vous qu'on a ouvert, à Anvers, un concours pour les littérateurs? Le sujet à traiter est YÉloije de Rnbens. Morbleu ! dire que je ne suis pas littérateur, moi qui connais Itubens comme mes poches ! Je veux tout de même faire un essai.

Addio, caro maestro. Renvoyez-moi tout cHa au plus vite. Que le diable emporte votre Charivari!

Je vais envoyer Rubens, avec un autre tableau, à l'Exposition de Paris... Vous aurez de la matière charivarique.

AU MÊME

Liège, 30 février 1810.

Mille noms d'un...! je suis d'une colère épouvantable (I). "Est-il possible que vous vous laissiez abuser par cette race maudite de Parisiens?... Est-il possible que vous ayez foi dans ces vils mercenaires qui corrompent les arts et tout ce qu'il y a de bon et de vertueux dans le monde?

Que vous habitiez l'antre..., j'y consens. La nature de votre talent vous oblige d'étudier le côté comique de cet amas impur et détestable. Mais que vous vous imaginiez que c'est là ma place, erreur, erreur la plus complète ! Comment avez-vous oublié quel est mon but? Et puis, ne savez-vous pas que partout où il y a du pain, des couleurs et du soleil, l'on peut enfanter des ouvrages a l'adresse de la postérité? Ces trois conditions indispensables à l'artiste, je les trouverai partout, excepté à Paris, où l'on pourrait bien me refuser du pain.

N'allez pas dire qu'il n'y manque pas de croûtes dans ce pays maudit. Je ne ris pas aujourd'hui, monsieur, je ne ris pas. J'enrage de voir que vous allez

(I) En réponse à une lettre exprimant l'idée qu'à Paris même élail le champ <lc bataille où il devait triompher des Parisiens; qu'il de>ait y aller planter va lente.

devenir esclave, esclave des modes, des caprices et de l'ignorance la plus révoltante, l'esclave de ces âmes usées, blasées, de celte foule fatiguée de voir et d'entendre et qui, dans les arts comme dans les plaisirs des sens, cherche à réveiller, par des moyens monstrueux et dégoûtants, des vertus qu'elle ne peut plus posséder !

Enfin, vous allez..., si vous le voulez. Mais à quelle condition, grand Dieu !

J'éprouve aussi le plus vif désir de vous voir. Je ne puis quitter Liège. Si vous ne venez ici, nous ne nous verrons pas. Tâchez donc de venir passer ici quelques jours. J'ai beaucoup de choses à vous communiquer.

J'ai reçu une réponse du ministre. Elle est un peu ambiguë... J'avais envoyé, par l'entremise de \V..., ma lettre, pour la faire insérer dans... Mais, liélas! à qui me suis-je adressé? Des hommes vendus! Si vous connaissez le moyen de la mettre dans un journal quelconque, dites-le-moi.

On vient de me nommer membre du jury pour l'Exposition de Liège. Vous devinez bien quel plaisir j'ai eu de répondre (I).

Je suis charmé qu'on me nomme le loup. Comme dit l'autre, ce nom me plaît beaucoup. Je ne suis pas étonné de ce que vous me racontez du petit matériel... Comme vous le dites fort bien, c'est un excellent petit bonhomme.

Une réponse, ou venez vous-même. Addio, amico.

Je n'ai pas encore de réponse concernant mes tableaux envoyés à Paris. Dites au petit... que j'ai réalisé ce projet qu'il croyait impossible et dont il avait l'air de me défier. Pauvre homme!

Je vous envoie les deux lignes dont nous avons parlé (2).

Mes deux tableaux ont étârejelés par le jury de 1840! Je m'y attendais. Des tableaux signés de mon nom rappelaient trop l'odieux Palroclc, pour qu'ils lussent admis à l'exposition du Louvre... Ces deux pauvres toiles ont été bafouées, déchirées et mises au rang des dernières croûtes inadmissibles. Voyez pourtant la prévention ! L'une de ces toiles n'était point de moi. Elle était..* apprêtez-vous à rire... elle était de Rlbens ! ! 0 prévention parisienne !

P. S. Ce tableau de Rubens, encore couvert du n # de la commission, sera quelques jours chez moi. Vous pourrez le voir (3). Je vais conseiller au pro-

(1) Par un refus.

(4) Annonçant aux journaux la nouvelle contenue dans les lignes qui suivent. (3) Nous allâmes le voir, et avec nous, bien d'autres personnes d'abord incrédule». Le tableau appartenait, eroyons-nous, à uti amateur anvorsois.

AU MÊME

Liège, 50

priëtairede ee tableau de laisser le numéro du jury. C'est un monument curieux de la perspicacité et de la prévention de nos illustres Parisiens.

Envoyez-moi bien vite cette affaire. Je la ferai imprimer ici et a Anvers. Souvenez-vous que l'on pourrait objecter que c'est parce que c'est de Rubens qu'on a refusé. C'est pour prévenir cette idée que j'ai parlé du tableau fait par moi. Une chose qui prouve encore la prévention, c'est que je suis le seul Belge qui n'aie pas été reçu. Faites remarquer cela, si vous le jugez nécessaire.

Addio, earo. Écrivez de suite.

AU MÊME

Liège, 13 avril I8i0.

Je viens de terminer mon petit tableau, et vais le mettre à l'Exposition de Liège, qui a lieu dans quinze jours.

Comme ce petit tableau est une réponse à ceux qui prétendent que je ne puis finir de petits détails, que le fini est une chose difficile, voici comment je vais leur lancer une épigramme, sans qu'ils s'en doutent.

On verra dans le livret de l'Exposition ce qui suit :

« Les Quatre âges, costumes italiens.

« Ce tableau est exécuté par le palientiotype, moyen par lequel le peintre .« même le plus médiocre peut donner à ses ouvrages le fini le plus précieux.

«(Nota). Ce tableau des Quatre âges n'est encore qu'une ébauche du « patientiotype. *

Cela vu, la foule des barbouilleurs viendront me prier de leur dire le moyen. Je leur répondrai : Prenez une once de volonté, deux onces de persévérance et trois onces de patience : vous aurez le patientiotype! Allez...

Adieu. Je suis pressé en diable. Écrivez-moi bientôt.

AU MÊME

Liège, C juin 1840.

Je suis fatigué de toujours attendre. Il faut absolument venir et me dire, pas plus tard que demain, quel jour vous arriverez. Un lit vous attend et... Il ne me plait pas de vous en dire davantage. Vous m'avez fait enrager trop longtemps.

Addio.

AU MÊME

Liège, f juillet 1840.

Toujours attendre ! toujours attendre î

Je ne sais si votre imprimeur a fini ou non. Mais voulez-vous que je vous dise une chose? (Test que d'ici a un mois, ça ne sera pas encore fait (J). Vous savez que je suis un oiseau de mauvais augure : ainsi fiez-vous à moi, cl écoulez ce que je m'en vais vous dire.

La belle saison se passe, les Têtes de Rubens approchent. Si vous tardez encore cinq ou six jours, adieu la promenade de Dinant ! Si vous ne venez pas de suite, je renonce au projet que j'ai de faire YÉIoge de Rubens (2). Il faut donc que, si yous voulez être complaisant, vous vous déterminiez à venir de suite.

Vous ne savez peut-être pas qu'avant le ili juillet on doit envoyer ù Anvers YÉloge de Ruben*. Vous ne savez peut-être pas non plus que bientôt après vient l'Exposition. Tout cela me tracasse et me fait perdre fespoir de nous voir a l'aise dans les champs de l'immortel Dinant, de vous couronner, de vous proclamer le premier joueur de quilles du monde (3). Ah ! par la barbe de Rubens et de Molière ! arrivez donc bien vite.

Je vous attends sans faute demain, vers la soirée.

Dunque addio, caro amico. A domani. T\ aspettero.

Remettez au mois prochain votre mémoire. Il fcudra exposer votre Putrortc a Anvers.

AD MÊME, à Héer.

Dinant... août 1840.

Je suis à Dinant depuis avant-hier. Est-il bien vrai que vous soyez malade? Écrivez-moi de suite pour me mettre hors d'inquiétude. Quand et comment pourrons-nous nous voir? J'ai bieu des choses à vous dire sur l'Exposition d'Anvers. J'ai joué à la Commission le mauvais tour dont je vous ai parlé (4) : je vous dirai le reste. Écrivez-moi de suite.

Adieu. A bientôt. Cherchez une occasion de m'envoyer votre lettre chez M* V Gilain Disière.

(1) Les FemUeionitlet, alors sous presse.

(2) Cette œuvre était presque terminée.

(3) Souvenir d'une lutte où il avait été vaincu a Héer, et dont il prit fièrement la revanche dans un faubourg de Liège.

(4) Voir la lettre du 11 janvier 1839.

AU MÊME

Liège, 8 septembre 1840.

Au moment où je reçus la nouvelle appréciation du roi (1), je n'étais pas plus disposé à l'accueilli j |ue l'autre, lorsque des renseignements indirects m'apprirent que des ennc.uis me tendaient un piège, en cas de refus. Il faut savoir que les compatriotes qui m'en veulent a mort, ont trouvé ingénieux dé traiter d'originalités ou de folies toutes mes actions. Grand nombre s'attendaient à le prouver, cette fois; grand nombre, par conséquent, vont enrager, car j'ai accepté.

J'ai écrit là-dessus une lettre assez piquante au ministre. Dans cette lettre, je lui demande : — Quelle est de ces deux appréciations celle a laquelle je dois croire et me fier? Pour compléter la farce, je vais, un de ces jours, réclamer la médaille de cuivre, marque honorable de l'autre appréciation.

Me voilà donc chevalier, mais chevalier d'une façon toute nouvelle, puisque mon épine dorsale n'est pas flexible à la manière ordinaire de ces gens la... Si vous saviez combien j'ai eu de succès, tous ces jours derniers ! C'est in croyable. Des bataillons d'ennemis surgissent de toutes parts. Quel plaisir ! Comme cela va devenir amusant de pulvériser toutes ces fourmis ! Heureux V homme qui a des ennemis! L'approbation de la postérité lui appartient.

Et vous, que faites-vous donc, grand Dieu! que faites-vous? Ne songezvous pas bientôt à battre vos ennemis aussi, comme vous abattez les quilles (non pas à Dinant, mais à Héer )? Quelle est la petite bélise que vous avez commencée (2) ? Quel dommage que Patrocle ne puisse pas vous aider de suite (5)! J'ai parlé a M. S-.. d'Anvers, qui m'a donné de l'espérance. Maison veut toujours savoir le prix. Si ce monsieur consent à vous l'acheter, ce sera, je crois, pour le Musée d'Anvers.

Que puis-je vous dire des fêtes (4)?... Savez-vous que les Messieurs de la Commission des lettres, etc., ne m'ont pas encore rendu mon manuscrit ('>)? On ne sait où il est ni quand il sera imprimé. Vous ne vous figurez pas tout ce que mes ennemis inventent. Il y en a qui vont jusqu'à dire que mon Êloye de Rubens n'est pas de moi , que c'est vous qui l'avez écrit. Enfin, d'autres

(1) Sa nomination dans l'ordre de LéopoM.

(3) Au Urine du voyage, publié depuis par le Natisnal de Paris, sous Armand Marrasl, et reproduit en volume à Bruxelles, Office de publicité.

(3) Voir la lettre du 25 juillet 1841.

(4) Les fêtes de Rubens, célébrées à Anvers, au mou d'août.

(5) Pendant quelque temps, on le crut perdu.

disent des choses qui seraient ici trop longues et trop ennuyeuses à raconter. De vrais commérages enfin. Je ne sais si tous avez entendu parler de l'effet qu'a produit sur Berlhoud (I) le fameux soufflet que, dans mon Éloge de Rubens, j'ai donné aux Français. A la lecture de cet écrit, la séance a étéoratjeuse. Berlhoud s'est fâché tout rouge, et a protesté, a sa manière, contre l'audacieux qui osait insulter ainsi la grande nation (£).

Heureusement que je n'y étais pas. On en aurait 11* de belle». Enfin, tout a été le mieux du monde. Les Parisiens ont été mordus...

Le ministre ne ma pas encore répondu concernant les subsides (3). Il lui plaît que j'aille à Bruxelles, et moi, il ne me plaît pas d'y aller. Les choses en sont restées la.

Salutations amicales à MM. Antoine et Lion. Je vous prie Ions de ne pas trop m'accabler de votre juste mépris. Si je suis devenu chevalier, je ne sui pas encore devenu courtisan.

Addio, earo amico poeta. Complimenti délia mia madré e Piccolcttino (i). Atpetlo una lettera subito.

J'ai fait le diable à quatre pour vendre des brochures (5). Impossible. J'ai été obligé de faire une affiche moi-même. J'en ai acheté quelques-unes et les ai distribuées. La Commission (6) a chassé un homme que j'avais chargé d'en vendre, a la porte du Musée. Enfin, le papier me manque pour vous dire tout ce que j'ai à vous dire là-dessus.

AU MÊME

Liège, 25 septembre 1840.

Votre quatrain (7) m'a fait le plus grand plaisir. Je l'ai donné à L..., qui l'a

(I) On sait que M. Berlhoud était un des concurrents.

(i, Etait-ce insulter la France que de rappeler comment des artistes et des écrivains français outragèrent, dans Rubens, un des plus grands peintres du monde?

(3) Pour la toile de la Révolte de* Enfer*.

(4) Joli lévrier ramené de Florence.

(5) U$FeuUtetoni*tet.

(6) Du Salon d'Exposition, a Anvers. — Quelques journaux de l'époque, que nous retrouvons dans nos papiers, nous rappellent qu'une partie de la presse avait, de son tété, frappé la brochure d'un puéril index.

(7) De l'honneur tu reçois le signe :

La croix brillera sur ton eœur.

De l'honneur je te savais digne ;

Mais pour la croix, W'iertz, quel honneur !

Lui-même nous dit pourquoi il se garda de la refuser. Est-il besoin de rappeler qu'elle n'a point brillé sur son cœur?

imprimé de suite. Tout le monde est enchanté de votre épigramme sur le roi (I).

Vous moquez-vous de me demander si je veux que vous donniez a mes ennemis un démenti sur ce qu'ils disent de ma brochure ? Ne savez-vous pas que j'éprouve le plus grand plaisir du monde a entendre dire de telles choses ? Cela prouve que mes ennemis trouvent mon ouvrage excellent. Car, s'ils jugeaient l'œuvre mauvaise, ils ne manqueraient pas de me l'attribuer (2).

On dit encore bien d'autres choses que vous ne savez pas. Je ne suis pas routeur de Patrocle. Si j'ai fait le Christ, ce ne peut être qu'en Italie, etc Merci ! Voila, j'espère, des louanges autant que Ton peut en désirer !

Le ministre ne m'écrit pas... Que ferai-je, dites-moi ?

Je suis d'une humeur épouvantable. Voilà que les bourgmestre et échevins, etc., etc., ne veulent pas me prêter l'église Saint-André ! .. Le tableau sr fera, morbleu ! quand bien même le monde entier s'y opposerait. Je suis décidé à frapper avec une audace incroyable sur tout ce qui s'opposera à mou dessein... On saura si je suis en état de peindre la Révolte de V Enfer contre le Ciel;

Liège, 38 octobre 1840.

Je viens de faire un petit tableau que j'intitule Vingt et une jeunes filles. Vous verrez cela plus tard. Et vous, vivez-vous ? Où êtes-vous ? Que failes-vous f Quand partez-vous ? Êtes-vous toujours décidé à aller habiter l'affreux chancre de l'Europe ? Voici venir le moment où je vais leur lancer un petit brûlot (3). Leur Exposition va bientôt commencer.

(I) Elle rappelait l'attitude de la royauté dans l'affaire des XXIV articles. U voici : Pour réfier tous les cas des autres, Le roi, toujours par monts et vaux, Reste chez lui, les bras au dos.

Aussitôt qu'il s'agit des nôtres.

Le plus coureur de tous les princes

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