A M. LE MINISTRE DE L’INTÉRIEUR
Monsieur le Ministre,
I,iégo, février I8t0.
Les beaux-arts prennent dans notre patrie un développement extraordinaire. vl il est du devoir du gouvernement de seconder de tous ses efforts, et par tles moyens efficaces, les louables ambitions qui brident de se faire jour dans cette noble carrière.
Oui, monsieur le Ministre, les arts devraient être aujourd’hui l’objet de la plus vive sollicitude du gouvernement. Car il y va d’u.ie époque glorieuse pour la Belgique.
Trouver un système utile d’encouragement embarrasse le ministère; il l’a déclaré franchement dans une circulaire au jury des récompenses pour l’Exposition de 1859.
Dans ces circonstances, le ministre doit descendre ii prendre conseil de l'artiste. Car, si en moyens matériels le ministre est puissant devant l’artiste, eu matière d’art, l’artiste est puissant devant le ministre : celui-ci doit l’écouter.
I.a liherté et l’indcpendance dans les conceptions du génie sont indispensables à la création des grandes choses. I.’artiste soumis à une volonté étrangère, perd son énergie; c’est un lion dont de viles chaînes paralysent la force et la puissance.
Ce n’est donc point seulement en commandant aux artistes de nombreux ouvrages qu’on imprimera aux arts de rapides progrès; ce n’est point non plus en forçant le pinceau des artistes à la représentation de quelques vains sujets d’actualité, que l’on verra se reproduire le siècle de Uaphael et de Kubens.
Protéger les hommes qu’anime l’amour de la gloire, laisser au génie la liberté de s’élever à telle région qu’il lui plait, commander des ouvrages de telle nature que l’artiste sente la nécessité d’étudier les grands maitres . tels sont les moyens par lesquels vous pourrez ramener une époque féconde en chefs d’œuvre d’art, glorieuse pour notre patrie.
Il est temps aussi de nous affranchir du joug étranger; il est temps d’avoir contiance en nos propres forces. Cessons de croire avec les Français que M. Delacroix est un plus grand homme que Rubens; que .M. Decampsesi le digne émule de Raphaël. Il est temps enfin que les peintres de notre Belgique chantent leur Marseillaise !
L’admiration constante et unanime des siècles nous a indique les œuvres d’art que nous pouvons considérer comme types du beau et du vrai.
Or, si le gouvernenient veut songer sérieusement à ramener le bon goût dans la peinture, voici ce qu’il conviendra de pratiquer :
Adinetlre au sein des Expositions de tableaux modei nes quelques-uns des chefs-d’œuvre des grands maîtres. — Ces ouvrages, posés là comme des géants à combattre, exciteraient l'enthousiasme et provoqueraient une noble lutte qui aurait pour résultat de ramener nos artistes à l'étude et à l’application des grands principes de l'art.
La récompense due aux efforts heureux dans une telle lutte, ne peut être décernée que par la postérité. Tout ce (|ue le gouvernement pourrait faire dans cette occasion, serait de conserver, dans un Musée spécial, ces ouvrages inspirés par l'amour de la gloire.
Décerner des médailles à des hommes graves, qui voient l’art d’un point de vue sérieux, est un acte puéril. D’ailleurs, de quel droit le jury anticipe-t-il sur les arrêts de la postérité?
Tout encouragement est stérile pour ceux que n’anime pas l’amour de la gloire, pour ceux qui ne savent pas mépriser les richesses.
Quant à celui qui croit l’art subordonné au caprice des grands et qui recherche leur faveur, au lieu de la commander, il est indigne du nom d’artiste.
Après avoir exposé les moyens qui me paraissent propres à nous ramener l’épcique des grands maîtres, permettez, monsieur le Ministre, que, pour Lire l’essai d’un nouveau système d’émulation, je vous expose ici ce que m’inspirent mon courage et mon dévoument.
Au sein de la cathédrale d’Anvers règne, comme sur le trône de l’arî, le \ chef-d’œuvre de Hubens, la JJescenle de croix.
C’est contre cet inimitable type de perfection (|ue je veux éprouver les efforts de mon pinceau. Dans cette lutte, inégale à coup sûr, je dois succomber; mais comme aux champs de Troie, il était beau d’expirer sous la lance d’Achille, je veux, en luttant contre Hubens, succomber avec gloire !
Je l’avoue hautement, la gloire de Rubens excite mon audace. Loin (jue cette pensée soit en moi le fruit d’une téméraire présomption, elle est, au contraire, la manifestation sincère de l’enthousiasme ardent que m’inspire tout ce qui peut me conduire au but où tendent tous mes efforts.
Lue toile de 80 pieds serait le champ immense où je voudrais traiter le sujet que j’ai conçu. Un atelier , d’une dimension conforme à mon plan, devrait être bâti exprès, si l’on ne trouvait un local convenable à cet usage.
Les frais qu’exigerait une telle entreprise, un artiste sans fortune ne peut les supporter. Le gouvernement, s’il a foi dans mon projet, pourra devenir propriétaire de ce tableau, au prix des frais (lu’cntrainera l’exécution. Je renonce formellement à un salaire (luclconque.
La seule récompense que je sollicite et qui doit m’être promise, avant de mettre la main à l’œuvre, c’est l’honorable faveur de voir lixer pour toujours mon tableau à côté de rimmortclle Descente de croit.
) Puisse mon exen)p!e exciter des contemporains plus habiles que moi à se mesurer avec le prince de la peinture !
Puisse cette entreprise faire comi)rendre toute la dignité de Part et de l’artiste !
Puisse enfin cet ensemble d’œuvres, qu’un but de' gloire aura fait surgir, prouver à nos voisins que le peuple qu’ils détractent avec tant d’injustice, renferme en son sein des hommes qui comprennent le but des arts !
Si la proposition que je viens de faire obtient votre approbation, ordonnez, monsieur le Ministre, qu’un atelier soit mis immédiatement à ma disposition.
Si, au contraire, la franchise avec laquelle j’exprime mes sentiments d’artiste, ne rencontre pas la sympathie du gouvernement, le projet que j’ai conçu n’en marchera pas moins à son entier accomplissement. La Belgique a des citoyens qui, je l’espère, sauront comprendre ma pensée et seconder mes etforis.
J’ai l’honneur d’être, etc.
A M. LOUIS LABARRE
Liège, 5 février 1 8 JO. i
Vous ne sauriez croire tout le plaisir que vous m’avez fait, en me renvoyant ma lettre avec vos notes. Cela m’a appris que j’étais bien éloigné encore de composer un poème épique.
Mais voici une autre petite atfaire.
On écrit dans le Commerce d’Anvers :
« On parle de la nomination de M. Wierlz pour la place de professeur à l’Académie d’Anvers, en remplacement de M. Wappers. »
Vous qui me connaissez, vous devez pensez combien j’ai drt rire à l’aspect de cette petite phrase... I
Voici ce que j’ai envie d’écrire au rédacteur :
« Monsieur le Rédacteur,
« .le viens de lire dans votre journal que quelques personnes qui me connaissent bien peu, me font l’honneur de me proposer comme professeur ù r.Vcadémie d’Anvers. Alin de faire cesser ce bruit et de prévenir de mes véritables intentions les personnes qui s’intéressent à moi, je vous prie de vouloir bien insérer ces lignes :
U La seule place à laquelle j’aspire et devant laquelle s’évanouissent pour « moi toutes les dignités de la terre, est celle où la postérité élève l’artiste, à « coté des grands hommes qui ont illustré les arts. Loin de songer à enseigner « ce que moi-même j’ai besoin encore d’apprendre, je dois sacrifier tous les « instants de ma vie à des travaux de nature à pouvoir être jugés de l’avenir.
« Si, par des efforts que rien ne peut distraire, j’obtiens l’approbation de la « postérité, je pense que j’aurai atteint le but le plus louable et le plus utile à « mes concitoyens. »
Voilà. Vous voudrez bien me renvoyer cela, avec votre avis.
Caro maestro, un peu de patience.
La place à laquelle j'aspire et devant laquelle ^évanouissent pour moi toutes les dignités de la terre... c’est là une des pensées que je désire le plus faire connaître.
J’attends tout ceci pour demain, s’il est possible.
Savez-vous qu’on a ouvert, à Anvers, un concours pour les littérateurs? Le sujet à traiter est YÉloge de Rubens. .Morbleu! dire que je ne suis pas littérateur, moi qui connais Hubens comme mes poches ! Je veux tout de même faire un es.sai.
Addio, caro maestro. Renvoyez-moi tout cela au plus vite.
Que le diable emporte votre Chm'ivari!
Je vais envoyer Rubens, avec un autre tableau, à l’Exposition de Paris... Vous aurez de la matière charivarique.
AU MÊME
Liège, 50 février ISiO.
.Mille noms d’un... ! je suis d’une colère épouvantable (I). Est-il possible <pie •vous vous laissiez abuser par cette race maudite de Parisiens?... Est-il possible que vous ayez foi dans ces vils mercenaires qui corrompent les arts et tout ce qu’il y a de bon et de vertueux dans le monde?
Que vous habitiez l’antre..., j'y consens. La nature de votre talent vous oblige d’étudier le côté comique de cet amas impur et détestable. .Mais que vous vous imaginiez que c’est là ma place, erreur, erreur la plus complète ! Comment avez-vous oublié quel est mon but? Et puis, ne savez-vous pas que partout où il y a du pain, des couleurs et du soleil, l’on peut enfanter des ouvrages à l’adresse de la postérité? Ces trois conditions indispensables à l’artiste, je les trouverai partout, excepté à Paris, où l’on pourrait bien me refuser du pain.
N’allez pas dire qu’il n’y manque pas de croûtes dans ce pays maudit. Je ne ris pas aujourd’hui, monsieur, je ne ris- pas. J’enrage de voir que vous allez
(I) Eu réponse à une lettre expriinanl l'idée (pi’à P.aris même était le champ <lo bataille où il devait triompher des Parisiens; qu’il devait y aller idantcr sa tente.
devenir esclave, esclave des modes, des caprices el de l’ignorance la plus révoltante, l’esclave de ces âmes usées, blasées, de celte foule fatiguée de voir et d’entendre et qui, dans les arts comme dans les plaisirs des sens, cherche à réveiller, par des moyens monstrueux et dégoûtants, des vertus (ju’elle ne peut plus posséder!
Enfin, vous allez..., si vous le voulez. Mais à quelle condition, grand Dieu !
J’éprouve aussi le plus vif désir de vous voir. Je ne puis quitter Liège. Si vous ne venez ici, nous ne nous verrons pas. Tâchez donc de venir passer ici quelques jours. J’ai beaucoup de choses â vous communiquer.
J’ai reçu une réponse du ministre. Elle est un peu anibiguë... J’avais envoyé, par l’entremise de AV..., ma lettre, (lour la faire insérer dans... Mais, hélas! à qui me suis-je adressé? Des hommes vendus! Si vous connaissez le moyen de la mettre dans un journal quelconque, ditcs-le-moi.
On vient de me nommer membre du jury pour l’Exposition de Liège. Vous devinez bien quel plaisir j’ai eu de répondre (1).
Je suis charmé qu’on me nomme le lou|). Comme dit l’autre, ce nom me plait beaucoup. Je ne suis pas étonné de ce que vous me racontez du petit matériel... Comme vous le dites fort bien, c’est un excellent petit bonhomme.
Lne réponse, ou venez vous-même. Addio, amico.
Je n’ai pas encore de réponse concernant mes tableaux envoyés ;v Paris. Dites au petit... que j’ai réali.'îé ce projet (|u'il croyait impossible et dont il avait l’air de me délier. Pauvre homme !
AU MÊME
Liège, 30 mars 1810.
Je vous envoie les deux lignes dont nous avons parlé (2).
Mes deux tableaux ont été rejetés par le jury de 1840! Je rn’y attendais. Des tableaux signés de mon nom rappelaient trop l’odieux Palrocle, pour qu’ils lussent admis â l’exposition du Louvre... Ces deux pauvres toiles ont été bafouées, déchirées et mises au rang des dernières croûtes inadmissibles. Voyez pourtant la prévention ! L’une de ces toiles n’était point de moi. Elle était..* apprêtez-vous à rire... elle était de Rubens ! ! O prévention parisienne !
P. S. Ce tableau de Rubens, encore couvert du n® de la commission, sera •luelques jours chez moi. Vous pourrez le voir (ô). Je vais conseiller au pro-
(I) Par un refus.
t2) Annonçant aux journaux la nouvelle contenue dans les ligues qui suivent.
(3) ^ous allâmes le voir, et avec nous, bien d’autres persoimes d’abord incrédules. Le tal)lcau appartenait, eroyous-nous, à un amateur auversois.
priélaire de ce tableau de laisser le numéro du jury. C'est un monument curieux de la pers|)ica(fité et de la prévention de nos illustres Parisiens.
Knvoyez-moi bien vite cette affaire. Je la ferai imprimer ici et à ,\nvers. •Souvenez-vous que l’on pourrait objecter que c’est parce que c’est de Hubcns tiu’on a refusé. C’est pour prévenir cette idée que j'ai parlé du tableau fait par moi. Une chose qui prouve encore la prévention, c’est que je suis le .seul Helge qui n’aie pas été reçu. Faites remarquer cela, si vous le jugez nécessaire.
Addio, caro. Écrivez de suite.
AU MÊME
Liège, 13 avril 1810.
Je viens de lermiiier mon petit tableau, et vais le mettre à l'Usposition de Liège, qui a lieu dans quinze jours.
Comme ce petit tableau est une réponse à ceux (jui prétendent que je ne puis tinir de petits détails, que le fini est une chose diflicile, voici comment je vais leur lancer une épigramme, sans qu’ils s’en doutent.
On verra dans le livret de l’E.vpo.silion ce qui suit :
« Les Quatre âges, costumes italiens.
« Ce tableau est exécuté par le patieutioti/pe, moyen pai' le(iuel le peintre « même le plus médiocre peut donner à ses ouvrages le lini le plus précieux. '* «iSota). Ce tableau des Quatre âges n’est encore qu’une ébauche du « patientiotgpe . »
t Cela vu, la foule des barbouilleurs viendront me |)rier de leur dire le moyen. Je leur répondrai : Prenez une once de volonté, deux onces de persévérance et trois onces de patience : vous auéez le patientiotgpe 1 Allez...
Adieu. Je suis pressé en diable. Lcrivoz-moi bientôt.
AU MÊME
Liège, G juin 1810.
Je suis fatigué de toujours attendre. Il faut absolument venir et me dire, pas plus tard que demain, quel jour vous arriverez. Un lit vous attend et... Il ne me plaît pas de vous en dire davantage. Vous m’avez fait enrager trop longtemps.
Addio.
la
AU MÊME
Liège, 1" juillet 1840.
Toujours attendre ! toujours attendre !
Je ne sais si votre imprimeur a fini ou non. Mais voulez-vous que je vous dise une chose? C’est que d’ici à un mois, ça ne sera pas encore fait (t). Vous savez que je suis un oiseau de mauvais augure : ainsi fiez-vous à moi, et écoutez ce que je m'en vais vous dire. •
La belle saison se passe, les fêtes de Rubens approchent. Si vous tardez, encore cinq ou six jours, adieu la promenade de Dinant ! Si vous ne venez pas de suite, je renonce au projet que j’ai de faire l’Éloge de Rubens (2). 11 faut donc que, si vous voulez être complaisant, vous vous déterminiez à venir de suite.
Vous ne savez peut-être pas (lu’avanl le Iti juillet on doit envoyer à Anvers l'Éloge de Rubens. Vous ne savez peut-être pas non plus que bientôt après vient l’Exposition. Tout cela me tracasse et me fait perdre l’espoir de nous voir à l’aise dans les champs de l'immortel Dinant, de vous couronner, de vous proclamer le premier joueur de quilles du monde (5). Ah ! par la barbe de Rubens et de Molière ! arrivez donc bien vite.
Je vous attends sans faute demain, vers la soirée.
Dunque addio, caro amico. A domani. Ti nspettero.
Remettez au mois prochain votre mémoire. 11 faudra exposer votre Patroric à Anvers.
AU MÊME, à Héer.
Dînant... août 1810.
Je .suis à Dinaut depuis avant-hier. Est-il bien vrai que vous soyez malade? Écrivez-moi de suite pour me mettre hors d’inquiétude. Quand et comment pourrons-nous nous voir? J’ai bien des choses à vous dire sur l’Exposition d’Anvers. J’ai joué à la Commission le mauvais tour dont je vous ai parlé (i) : je vous dirai le reste. Ccrivez-moi de suite.
Adieu. A bientôt. Cherchez une oettasion de m’envoyer votre lettre chez M' V' Gilain Disière.
(1) Les Feuilletonistes, alors sous presse.
i2) Cette œuvre était presque terminée.
(3) Souvenir d’une lutte où il avait été vaincu îi Héer, et dont il prit fièrement la revanche dans un faubourg.de Liège.
(4) Voir la lettre du 1 1 janvier 1830.
AU MÊME
Litige, 8 septembre 1849.
.Vu moment où je reçus la nouvelle (ipprécialioii du roi (1), je n’étais i>as plus disposé à l’accueillir que l’autre, lorsque des renseignements indirects m’apprirent que des emie.ins me tendaient un piège, en cas de refus. Il faut savoir que les compatriotes qui m’en veulent ù mort, ont trouvé ingénieux de traiter d’originalités ou de folies toutes mes actions. Grand nombre s’attendaient à le prouver, celte fois; grand nombre, par conséquent, vont enrager, car j’ai accepté.
J’ai écrit là-dessus une lettre assez pi(|uanle au ministre. Dans cette lettre, je lui demande : — Quelle est de ces deux appréciations celle à laquelle je dois croire et me lier? Pour compléter la farce, je vais, un de ces jours, réclamer la médaille de cuivre, marque honorable de l’autre appréciation.
.Me voilà donc chevalier, mais chevalier d’une façon toute nouvelle, puis- (luemon épine dorsalen’est pas flexible à la manière ordinaire de ces gens là... Si vous saviez combien j’ai eu de succès, tous ces jours derniers! C’est incroyable. Des bataillons d’ennemis surgissent de toutes parts. Quel plaisir ! Comme cela va devenir amusant de pulvériser toutes ces fourmis ! Heureux l’homme qui a des ennemis ! L’approbation de la postérité lui appartient.
Et vous, que faites-vous donc, grand Dieu ! que faites-vous ? Ne songerezvous pas bientôt à battre vos ennemis aussi, comme vous abattez les qu.lles (non pas à Dinant, mais à Iléer)? Quelle est la petite bêtise i\ue vous avez commencée (2)? Quel dommage que Patrocto ne puisse pas vous aider de suite (5)1 J’ai parlé à .M. S... d’.\nvers, qui m’a donné de l’espérance. .Maison veut toujours savoir le prix. Si ce monsieur consent à vous l’acheter, ce sera, je crois, pour le Musée d’.\nvers.
Que puis-je vous dire des fêles (i)?... Savez-wiis que les Messieurs de la Commission des lettres, etc., ne m’ont pas encore rendu mon manuscrit (î>)? On ne sait où il est ni quand il sera imprimé. Vous ne vous liguiez pas tout ce que mes ennemis inventent. Il y en a iiui vont jusqu’à dire que mon Éloge de Itubens n’est pas de moi , que c’est vous qui l’avez écrit. Enlin, d’autres
(t) Sa nomination dans l’ordre de Léopold.
(2) ,1« terme du voyage, publié depuis pur le National de Paris, sous Armand Marrast, et reproduit en volume à llruxelles, Olfice de publicité.
(3) Voir la lettre du 23 juillet 1841.
(4) Les rôles de Rubens, célébrées à Anvers, au mois d’août.
(5) Pendant quelque temps, ou le crut perdu.
disent des choses qui seraient ici trop longues et trop ennuyeuses à raconter. De vrais commérages enfin. Je ne sais si vous avez entendu parler de l’effet qu'a produit sur Rerthoud (1) le ffimeux soulllet que, dans mon Éloge de l{iibeiis, \'n\ donné aux Français. la lecture de cet écrit, la séance a étéorngeiise. berlhoud s’est fâché tout rouge, et a protesté, à sa manière, contre l’audacieux qui osait insulter ainsi la grande nation (-J).
Heureusement que je n’y étais pas. On en aurait vu de belles. Enfin, tout a été le mieux du monde. Les Parisiens ont été mordus...
Le ministre ne m’a pas encore répondu concernant les snhsides (ô). Il lui plait que j’aille â Hruxelics, et moi, il ne me plaît pas d’y aller. Les choses en sont restées là.
Salutations amicales à M.M. .\ntoine et Lion. Je vous prie Ions de ne pas trop m’accabler de votre juste mépris. Si je suis devenu chevalier, je ne sui lias encore devenu courtisan.
Àddio, mro amico poêla. ComplimenÜ délia mia madré c /‘keolelUno {{). \spello una lettera subilo.
J’ai fait le diable à quatre pour vendre des brochures (.*>). Impossible, .l'ai été obligé de faire une afliche moi-même. J’en ai acheté quelques-unes et les ai distrihuécs. La Commission (6) a chassé un homme que j’avais chai gé d'en vendre, à la jiorte du .Musée. Enfin, le papier me manque pour vous dire tout ce que j’ai à vous dire là-dessus.
AU MÊME
i.iége, 23 septembre 18f0.
Votre (piatrain (7) m'a fait le plus grand plaisir. Je l’ai donné à L..., (pii l’a
(!) On sait que M. Berthüud était un des concurrents.
{-Z, Etait-ce insulter la France que de rappeler comment des artistes et des écrivains français outragèrent, dans Rubens, un des plus grands peintres du monde?
(3) Pour la toile de la liévolte des Enfers.
(4) Joli lévrier ramené de Florence.
(o) l.csFeuiUelonistes.
(C) Du .Salon d’Exposition, à Anvers. — Quelques journaux de l’époque, que nous retrouvons dans nos papiers, nous rappellent qu’une partie de la presse avait, de son c»Mé, frappé la brochure d'un puéril index.
(7) De l'honneur tu reçois le signe ;
La croix brillera sur ton cœur.
De l’honneur je te savais digne ;
Mais pour la croix, Wierlz, quel honneur !
I.iii-mémc nous dit pourquoi il se garda de la refuser. Est-il besoin de rajipcler qu'elle n’a point brillé sur son cœur?
imprimé de suite. Tout le monde est enchanté de votre épigramme sur le roi (1).
Vous mo(iuez-vous de me demander si je veux que vous donniez à mes ennemis un démenti sur ce qu’ils disent de ma brochure ? Ne savez-vous pas que j’éprouve le plus grand plaisir du monde à entendre dire de telles choses ? Cela prouve que mes ennemis Irouvent mon ouvrage excellent. Car, s'ils jugeaient l’œuvre mauvaise, ils ne manqueraient pas de me l’attribuer (ii).
On dit encore bien d’autres choses que vous ne savez pas. Je ne suis pas l'auteur de Patrocle. Si j’ai fait le Christ, ce ne peut être qu’en Italie, etc Merci ! Voilà, j’espère, des louanges autant que l’on peut en désirer !
Le ministre ne m’écrit pas... Que ferai-je, dites-moi ?
Je suis d’une humeur épouvantable. Voilà que les bourgmestre et échcvins, etc., etc., ne veulent pas me prêter l’église Saint-André ! .. Le tableau sc fera, morbleu ! quand bien même le monde entier s’y opposerait. Je suis décidé à frapper avec une audace incroyable sur tout ce qui s’opposera à moi* dessein... On saura si je suis en état de peindre la Révolte de l’Enfer contre le Ciell
AU MÊME
üégc, :28 octobre 18t0.
Je viens de faire un |)etit tableau que j’intitule Vingt et une jeunes lilles. Vous verrez cela plus lard. Et vous, vivez-vous ? Où êtes-vous ? Que faites-vous ? Quand partez-vous ? ftles-vous toujours décidé à aller habiter l’affreux chancre de l’Europe ? Voici venir le moment où je vais leur lancer un petit briilot(3). Leur Exposition va bientôt commencer.
(t) Elle rappelait l’attitude delà royauté dans l’affaire des XXIV articles. I.a voici : Pour régler tous les cas des autres.
Le roi, toujours par monts et vaux,
Reste chez lui, les bras au dos.
Aussitôt qu’il s’agit des nôtres.
Au beau moment de cheminer.
Le plus coureur de tous les princes Livre, sans bouger, deux provinces.
Que n’allait-il se promener?
(2) Celte forme de louange, dont le penseur savait gré à l’euvie, dura bien des années. II est curieux de la retrouver en septembre 18J2 et à d’autres dates, dans le même journal oit l’écrivain avait publié, en 1837, le premier feuilleton consacré à l’artiste en Helgique. Ce journal, qui a son titre ancien de Courrier ajoutait alors celui de Fanal, avait pour rédacteur un Français, homme d’esprit, du nom de Jean Jobard.
(3) La lettre au jury du Louvre, à propos du refus du petit tablean de Rubens, dont Ma été donné un extrait dans ce volume.
S.)vez-vous ce que j’ai perwé encore, à propos de leurs fanfaronnades littéraires ? Je vais ouvrir un concours aux littérateurs belges. Je donnerai un sujet qu’aura traité l’un- ou L’autre de ces Wflffucjus français, tels que Jules Janin, Théophile Gartfolhier ou n’importe qui. Je veux que leurs ouvrages soient jugés avec ceux des Belges. Us seront ainsi du concours, malgré eux, et, soit (ju’ils l’em|)ortent ou ne l’emportent pas, il siiflira déjà, pour la réputation belge..., que le talent des uns et des autres ait été mis eu parallèle... Vous allez me dire quel auteur il faudra écraser. Songez un peu au bruit que cela pourrait faire.,
.\insi qu’un lièvre est forcé de sortir de son trou, lorsqu’il entend s’approcher les cris féroces d’une meute enragée, mon manuscrit (1) a montré tout à coup le bout de .son nez hors de la poche d’un des membres de la Société littéraire. La meute enragée des journalistes a fait son effet.
Allons, caro amko poeta, j’espère avoir bientôt de vos nouvelles. A propos, votre Patrocle est tranquillement roulé chez .M. ^Vauters, à .Malines.
AU MÊME
Liège, ^0 décembre 1810.
On m'a accordé tout ce que je demandais (2). J’en suis fâché ; car je languis lorsque je n’ai rien â mordre... En ce moment, une seule proie va me tomber sous la main. Savez-vous que les messieurs de la Société littéraire ne m’oni pas encore renvoyé mon manuscrit, et qu’après avoir fait promesse, dans les journaux, de l’imprimer, il y a un mois, la Société vient de se dissoudre?
Eli bien ! vous ne médités rien de mon concours littéraire? Avez-vous [u'iisé que j’aie oublié Je faire enrager nos Français ? N’avez-vous pas songé à un sujet, et comment nous organiserons cela? Dans votre prochaine, ditesmoi quelque chose là-dessus.
J’ai terminé mon tableau des Vingt et une jeunes filles, et viens d’en achever «'•gaiement un autre représentant une Bacchanale.
(1) I.c manuscrit de l'Éloge de Biibetis, à peine lu en séance publique, avait disparu sans que personne pût en donner des nouvelles à l’auteur. Ln beau matin, deux mois et demi, après les fêtes, le fils d’un employé de l'Hùtcl-de-vilJe le rapporla k M. E. Vau (1er Plassche, aujourd'hui avocat eLjuge suppléant à Bruxelles, qui s’empressa de !• transmettre au secrétaire de la Société lUléraire. IL parait que, dans le tumulte soulevé I iir la protestation de M. Berthoud, le manuscrit était tombé sous le bureau, et qu’il venait seulement d’étre retrouvé parmi des papiers balayés. Nous tenons ces détails de M. Valider Plassche luirméme.
(2) Subside pour subvenir aux frais d’exécution de la Révolte des Enfers.
Adieu. Je lermine; car je ne sens plus mes doigts. Il fait un froid de chien. Il est neuf heures du matin, et je suis de cuisine. Adieu. A la manière des héros d’Homère, je vais souffler le feu.
AU MÊME
Liège, 21 février 1841.
Depuis que je vous ai écrit, j'ai été malade. Ce n’est seulement qu’aiijourd’iuii que je puis vous écrire. Je dois d’abord vous remercier de votre complaisance, de votre patience et de votre promptitude. Je suis charmé de tout ce que vous me dites au sujet de ma lettre (1), d’autant plus charmé que je vols maintenant que j’avais raison de me condamner moi-même.
Avec un peu d'exercice, dites-vous, je ferai quelque chose. Kl moi, je vous disque je ne ferai rien. Je ne me fais point d’illusion là-dessus. Je vois tous les jours des écoliers qui font mieux, avec infiniment moins d’exercice que moi. Je regrette de ne pouvoir dire plus élégamment ma pensée à toute cette canaille de là-bas. Vous ne sauriez croire combien j’en ai besoin, combien cela me deviendra utile. Vous ne sauriez croire non plus tout ce que mon silence forcé a de cruel. Si quelqu’un se sentait plus fort (ju’un lion, n’aurait-il pas un plaisir infini à dire : « Cet animal que vous redoutez, eh bien ! moi, je le terrasserais avec toute la facilité du monde ? »
I Que faire, maestro '! Irai-je monter sur les tours de Notre-Dame pour dire au peuple d'atomes : Je vous déeie? Il faut pourtant qu’il le sache un jour, et si ce n’est moi qui le dis, ce seront les roseaux qui s’en acquitteront.
Je me suis amusé à refondre mon thème. Condamnez-le sans cérémonie, s’il ne vous plaît pas. Vous ne savez pas ce que j’envoie à fExposition ? Devinez. — Le même tableau que l'an passé. Je le signerai du nom de Lerailkur. Je veux prouver que je me moque d’eux, celte année, comme de l’an 40. Il est bien décidé dans mon esprit que ce sera, chaque année, la même chose. Je veux que cela fasse cancan et devienne historique.
Je n’ose pas croire à la promesse que vous me faites de venir me voir (2). Toutefois, je vous engage à venir promptement. .Mais prévenez-moi de l’époque. J’aurai bien du plaisir à vous parler de tous mes projc*ts, de toutes mes rêveries.
(1) .\u jury du Louvre.
(2j A cause de réloigncmeiit, M. Labavre sc trouvant alors à Héer.
Je vois avec plaisir que vous laissez là de temps en temps le jeu de quilles, pour faire des comédies et des romans...
Je suis curieux de connaître le résultat de vos négociations au sujet de Pntrocle (I). J’ai bien peur. Il n’est pas assez vieux.
AU MÊME, à Bruxelles.
Liège, :2ô juillet 18il.
Que vous êtes enfant ! moi, vous oublier! Si je ne vous ai pas écrit, est-ce à dire pour cela que je ne pense pas à vous? Écoutez. Vous savez que je suis terriblement paresseux pour écrire. Ensuite, je le suis plus terriblement encore quand je suis lancé sur une toile, et surtout une toile de iO pieds (2). Comment n’avez- vous pas pensé à tout cela?
Je vous dirai encore, pour me justifier, que j’ai chargé M..., il y a quelques jours, de vous faire souvenir que je continue toujours mon infâme paresse. J’étais fort tranquille sur ce point, lorsque, tout à coup, vous m’écrivez une lettre désespérante, comme si l’on vous en voulait à mort 1 .Mon Dieu ! encore une fois, vous êtes bien enfant! Loin de vous oublier, au contraire, je pense tous les jours à vous; je maudis mille fois le sort qui nous poursuit. Comment cela se fait-il que Patrocle ne puisse pas vous venir en aide (ô) ? Si j’avais de la fortune, ce serait moi qui vous l’achèterais.
Croyez-vous que vous puissiez faire jouer de suite, à l'Odéon ou aux Français, l’une ou l’autre de vos compositions? Arrivé à l'aris, ville infernale, croyezvous ne pas devoir battre le pavé, pendant dix ou vingt ans, avant de vous faire comprendre du peuple le plus spirituel qu’il y ait sur la terre? S'il admire Molière, c’est que c’est la mode de l’admirer. Si .Molière .se iirésentait à eux sous un autre nom, il serait silllé.
Je suis charmé de ce que tout le monde demande ce que je fais, que personne ne sache où j’en suis à ma grande toile. Je tiens là-dessus le plus grand secret. J’aurais voulu vous faire une surprise, en vous annonçant (oui à coup que le tableau était terminé. Mais vous me forcez en quelque sorte de rompre le silence, et je vous annonce que l’ouvrage va à sa lin.
Je vtus prie de n’en rien dire. Au moment où tout le monde croira que j’ai abandonné le projet, (pie les ricaneurs me demanderont : Kh bien ! où en est la toile ? je répondrai : La voilà ! Encore un peu de patience. Je vous ferai voir cela.
(1) Pour la vente.
(2) La Révolte des Enfers.
(5) Pour aller tenter les eliauees de la cairieic littéraire, à Paris.
J’irai vous chercher à Bruxelles pour passer ici quelques jours avec moi. Jene puis, avant d’avoir terminé.
Je suis, dans ce moment, comme un loup. Je ne vois personne. J’oublie d(* me raser, et Je ne sais plus ni jour, ni heure, ni date. Je ne sais plus discerner que deux choses : le moment du travail et celui du repos ; le jour, I;» nuit.
AU MÊME
Lié?e, 9 août 18il.
Je suis si pressé que je ne puis vous dire qu’un mol.
Faites ce que vous voulez (1) pour tirer un parti utile. Je ne puis cependant pas vous répondre de lithographier moi-même le tableau. Je trouve tout à fait inutile d’exposer Patrocle maintenant : il est assez connu. Je crains bien que le moyen que vous avez imaginé ne remplisse pas entièrement le but. Si peu de gens songent à de tels tableaux ! Où voulez-vous qu’ils placent des toiles de celle dimension ? Si c’était une bambochade, vous auriez grand succès. Entin, je désire que cela puisse réussir.
.Ma grande toile est terminée. Mais je suis plus que jamais cloué... Il faut que je surveille ici. Je ne puis quitter. Pouvez-vous venir ? L’n mot.
.\dieu. 11 faut nous voir bientôt.
(I) yuclques journaux de Bruxelles annonçaient, la veille, que le Palrode cVaH mis en vente par actions ; que le nombre des actions était limité à 1,500, et le prix fixe a
10 francs; que le tirage an sort aurait lieu le 15 janvier suivant, et que chaque souscripteur recevrait en prime la lithographie du grand tableau, qui serait dessinée par l’auteur lui -même.
Cette nouvelle avait h peine paru, que les ennemis de Wiertz y trouvaient l’occasion d’une accusation nouvelle, disant que le peintre devait partager avec l’écrivain le produit de la souscription. Nous avons sous les yeux deux des journaux du temps, la TnTume de Liège et l'Observateur de Bruxelles, qui, tout en repoussant cette déloyale arme de guerre, constalent qu’après et avant bien d’autres, celle-là aussi eut son jour.
Le tirage au sort eut lieu, à Bruxelles, dans la grande salle du Waux-llall. Le Pflfrocte échut à un ingénieur liégeois, M. C.arlier, qui l’échangea contre plusieurs tableaux du cabinet de son compatriote. M. le docteur Lombard. Apres la mort de cet amateur.
11 fut acheté par un marchand de Tournai, M. Van Peteghem. qui, de son côté, l’a revendnà M. Van Zuylen, d’.Anvers.
Au moment où ces pages sont sous presse, il doit être exposé à Londres, au Palais de cristal, et nul ne saurait dire où linira pour lui rodyssée ci*mmencée à Borne en 1857.
AU MÊME
Litige, 11 octobre 1841.
Mercredi, 13, M. Wauterset moi,nous vous attendons à Matines. Faites bien ;ittention de ne pas manquer de venir par le convoi qui arrive à Matines le quart avant 11 heures. A cette heure-là juste, je serai à la station. Nous nous proposons d’aller faire une petite promenade à la campagne, chez un des amis de M. Wauters. Il y a là des souscriptions à perte de vue, c’est à-dire à ne pas perdre de vue.
.\ 1 1 heures; c’est-à-dire le quart avant.
Per Daccho ! ne manquez pas, au moins. Adieu. Nous aurons de quoi causer.
AU MÊME
Liège, 27 octobre 18it.
J’ai appris indirectement que le représentant de ta France (I), aux fêtes de Rubens, ne se contente pas d’ettrire tout ce qu’il peut contre moi, mais encore fait jouer la langue autant que possible, quand il en trouve l’occasion... .le viens de lui envoyer, pour le corriger un peu, une petite boulette de mou invention. Vous lirez demain dans le Fanal ;
« Nous apprenons que .M. 11. Berthoud, représentant de la littérature française à Anvers, lors des fêtes de Uubens, voulant donner à .M. Wieriz un témoignage de sa satisfaction pour le beau succès que cet artiste a obtenu au concours littéraire ouvert pour l’éloge du grand peintre, vient de lui envoyer une magnifique coupe en vermeil, ornée de ciselures gothiques. Nous aimons d’.anlant plus à rapporter ce fait, queM. Berthoud était un des concurrents, et qu’il donne par là l’exemple decette modestie et de cette confraternité si rares de nos jours parmi les artistes et les hommes de lettres. Ce trait fait le plus grand honneur au caractère de.M. Berthoud. »
(1) C’était la qualification honorifique que portait, dans cette affaire, M. Henry Berthoud, inoffensif et digne buimiie qui craignait de manquer au devoir chatouilleux de son titre d occa.sioii. C’est ainsi qu’il avait pris pour un outrage à la France le passage (Le VÊloge où Wiertz rappelait comment des artistes, des écrivains et des badauds français avaient accueilli Rubens, et que, poussant la chose aux conséquences extrêmes, il prenaitpour uneiusulte personnelle ce soi-disant outrage à la France auquel le peintre belge n’avait jamais pensé.
Voilà... Une fois cette affaire connue, jo liens mon homme comme au bout d’une ficelle, et le ferai jouer comme je voudrai. S’d proteste contre cette je soutiendrai en diable que cela est, et je dirai en public que, si M lîerthoud désavoue cela, ce n’est que par pure modestie. S’il veut le faire démentir par d’autres, j’accuserai ces gens-là d’en vouloir à M. Rerihoud, puisqu’ils veulent nier un trait qui lui fait honneur et relève ses belles qualiiës. Enfin, j’espère que nous allons rire... J’en médite encore une autre, si celle-ci manque.
Je lï’ai encore rien vu de \V... dans VÉinancipalion (1). Je crois que nous sommes encore condamnés pour longtempsàne pas connaître les tendances denos artistes vers le beau. J’ai pourtant une furieuse envie, moi, d’expliquer pourquoi les Allemands trouvent laid ce que nous trouvons beau, et beau ce que nous trouvons laid. J’entrevois que nous pourrions bien avoir tous raison, et que les Chinois n’ont pas tort, eux, de se trouver de fort jolis garçons.
Pauvre nature humaine ! que j’aurais d’envie de la souhleler ! N’esl-ce pas désolant de voir tous ces mioches d'hommes ne pouvoir s’entendre sur une question si simple: Sommes-nous beaux ou sommes-nous laids ? Parole d’hon. neur, on aurait peur de voyager, tant les pays ont des idées différentes sur la beauté! Oseriez-vous parier, vous qui êtes assez bien tourné, de ne pas faire penr à une Égyptienne, ou de vous trouver un homme passable au pays des Esquimaux ?
Vous allez trop loin, me direz-vous. Soit. Allez alors en Angleterre ou en Allemagne, et s’ils sont également d’accord sur la beauté de votre nez ou l’expression, de vos yeux, je suis content de croire, que la Vénus de Médicis est laide à faire peur, et que les Grecs ne sont que des imbéciles. ,\dieu. Nous parlerons de cela un peu plus sérieusement une autre fois.
Adieu. Piccolo vous embrasse. Ma mère et moi aussi.
AU MÊME
Liège, 2o novembre 1841 .
Où en est la souscription? Il paraît que Petrus (2) y travaille comme quatre. Il m’écrit à chaque instant là-dessus, et il désire savoir si cel:#.ivance dans les autres villes... Je hiis, dans ce moment, une répétition en petit du Pairoclc, d’après laquelle je compte faire la lithographie.
(1) M. W... avait été chargé par le gouvernement d’un travail sur l’état de l’art en Allemagne.
(-'J M. Pierre \Vautcrs.
Je ne sais pas encore quand je poiinai exposer aux Auguslins (1). W... m'a promis de demander la permission au ministre, et depuis longtemps, je n'ai pas de nouvelles.
Avez-vous entendu tous les contes bleus qu'on a faits sur moi, à propos de lu coupe? Le représenlani de la France vient encore d'écrire contre moi et de nier le fait. Je viens de répondre de manière à l’enfoncer de plus en plus. Mais, chose étrange ! on n’a de blâme que pour moi. Un Français, sous prétexte de patriotisme, venge son amour-propre blessé sur un Belge qui ne l'a jamais vu ni connu. Ce Français publie dans les journaux toutes les insultes possibles à ce Belge, qu’il traite d’étranger et qu’il cherche à rabaisser dans l’opinion de ses compatriotes. Tout cela peut être très-indifférent aux Belges, qui aiment leur pays, il est vrai. Mais quand on songe que des centaines de Français ont jeté à la face de la nation belge le mépris et les quolibets, et qu’après cela, cette nation n’a qu’une voix pour blâmer une plaisanterie adressée à un Français qui fait parade de patriotisme, cela passe toute croyance.
Comment, diable ! le dévouement de ce Français ne donnera donc pas assez de cœur â un Belge pour applaudir un compatriote qui a osé dire, un jour, qu’ils (les Français) avaient eu du mépris pour Rubens! Vraiment, les Belges méritent d’être traités par les Français comme des esclaves qu’ils sont!
Combien je regrette que vous n’ayez pas été iei pendant tons ees débats ! J’ai dil agir sans les conseils del maeslro, et me défendre seul contre rn tas de traîtres et d’imbéciles qui n'avaient malheureusement pas lefameux patriotisme du fameux représentant de la France. Je soutiens toujours qu&j’ai reçu... une coupe. Vous comprenez ce qu’il faudra répondreà ceux qui vous en parleront...
Tout cela n’empêche pas que je barbouille de la toile, et je n’ai jamais travaillé avec plus de courage que tous ces jours-ci où le patriotisme d’un Français s’est montré si grand en iiréseute de la Belgique,
.\dieu. Je joint ici un mot de L...
J’ai admiré le mot que vous avez répondu au monsieur du théâtre (:2). Cela me rappelle la réponse des (irecs à ceux qui leur annonçaient que les ennemis étaient si nombreux, que leurs traits lancés en l’air pourraient obscurcir le soleil. — Tant mieux ! répliquèrent les Grecs, nous combattrons à l’ombre!
il) La Hévolledes Enfers fut exposée en IfLiS.
(2) r.e mot devait avoir trait â une pièce â la mode silllée par un ou deux spectateurs qui avaient eu le cirage de protester seuls contre les applaudissements du public de la Vlonimie.
AU MÊME
25 d<‘cembrc 1841.
Vous ne me l'ere^ aimer vos Parisiens... Nous sommes ici les plus
près du goufl're, et nous sommes les premiêies victimes. Heureuse est l’Italie d’avoir une barrière de 500 lieues, pour préserver ses hommes de génie du contact parisien! .Malheur à toutes les nations que le chemin de fer va réunir au gouffre empesté ! .Mors, plus d’originalité dans les ouvrages d’art! plus d’hommes qui pourront s’élever sans avoir passé par les viles conditions que trop peu .savent aujourd’hui mépriser! .Mors, la mode, les caprices, les misérables adulations seront les seuls moyens d’arriver aux succès éphémères <|iie la grande ville admire...
J’ai une estime profonde pour un coilfeur de notre pays (passage I.cmonnier, 2J,) qui, lors de la saison où tous les tailleurs, les cordonniers et les modistes annoncent à leurs pratiques qu’ils ont été à Paris se perfectionner et recueillir tous les éléments du bon goût, informe tout simplement le public tm ces termes : « .l'ai l’honneur de prévenir le public (|ue tout récemment je ne suis pas revenu de Paris; que je n’y ai pas étudié les plus belles choses de <;elte année, et que je ne m'y suis point perfectionné, attendu que je crois connaître mon méljer et que je n'ai pas besoin de courir si loin pour faire des choses admirables. » Tout le monde court au n”24.
Qu’un homme de courage et de talent en fasse donc autant que le coiffeur; qu’il ose s’affranchir de toutes les soties préventions dont notre pays est infesté, et vous verrez, morbleu! que nous ferons pâlir les vanileu.x Parisiens...
AU MÊME