‹ Antoinette Sabrier. L'enfant chérieChapitre 10 sur 111 · SCÈNE IX GERMAIN, RENÉ · texte numérisé non relu

SCÈNE IX GERMAIN, RENÉ

GERMAhN

Cher monsieur Dangenne, je vais vous parler droit, comme j'ai l'habitude de faire. Voici ce dont il s'agit. Vous savez que ma spécialité est le lancement d'affaires industrielles et particulièrement d'affaires minières. Ainsi je vais lancer en Bourse, d'ici quelques semaines, une affaire très importante, dont vous avez peut-être entendu parler, la mine de Huescar, en Espagne. Pour mener à bien ces affaires, il me faut d'énormes capitaux. J'en ai beaucoup à ma disposition ; je désirerais en avoir davantage. J'ai pensé que vous seriez peut-être heureux de m'en confier ; je vous garantis que je ne tarderais pas à doubler vos revenus. Notre ami Doreuil a pensé que ma proposition avait chauce de vous séduire et c'est pourquoi je me permets de vous la faire ainsi sans préparation.

Mon Dieu, monsieur, je vous remercie d'avoir pensé à moi. Mais je vous répondrai avec la même franchise. J'ai résolu de ne jamais aventurer dans aucune spéculation d'aucun ordre la fortune que j'ai et qui m'assure l'indépendance. Je n'ai pas de besoins de luxe et je ne désire pas avoir plus. Par contre, j'ai un absolu besoin de liberté et je désire ne jamais avoir moins. Je n'ai aucun goût pour les affaires ; je n'aime que ma tranquillité et les soucis m'effraient. Je vous prie donc de m 'excuser si je ne profite pas de vos offres amicnles, dont je vous sais d'ailleurs le plus «jfrand gré.

ACTi: l'WKMIER '.V.)

GERMAIN

.le comprends parfaitement vos raisons et je me ferais scrii|)ule de leur rien opposer. .le m'incline donc. Mais j)ermettez-moi de vous pressentir sur un aulre point. Est-ce que votre père ne serait pas heureux de s'intéresser à des affaires de ce genre ? Quand on est un industriel de l'envergure de M. Dangenne et qu'on dispose de ses capitaux, ou peut soulever le monde des affaires. S'il acceptait de collaborer avec moi, les usines métallurgiques de Plagny lui forgeraient en quelques années une royauté véritable. Que ne ferions-nous pas à nous deux? .Jai pensé que par votre intermédiaire...

RENÉ, riant.

Vraiment, vous n'avez pas de chance avec moi, cher monsieur Sabrier. Sur ce point encore, je suis forcé de vous décevoir. Présenté par moi ! Mais il n'en faudrait pas davantage pour que vous soyez à tout jamais perdu dans l'esprit de mon père. Pour mon père, je suis un propre à rien (il exagère, quoiqu'en fait je ne sois pas propre à grand'chose). D'abord, jai eu une aventure sentimentale violente (ça, c'est du grec pour papa ; il n'a jamais compris). Ensuite, j'ai refusé d'entrer dans son affaire; j'ai donc refusé de gagner des millions (ça, c'est du turc pour papa ; il ne comprendra jamais). Je me contente d'une vie modeste, oisive (oisive ! Pensez donc 1 il enrage), intelligente, je crois, ornée de livres, d'amitiés, de divertissements d'art. Papa ne me le pardonnera jamais et, soyez franc, vous lui donnez raison.

GERMAIN, riant.

Ma foi, presque.

RENÉ, riant.

Vous voyez bien. Si demain je vous recommandais

un homme d'affaires... vous vous méfieriez, n'est-ce pas?

GERMAIN, riant.

Peut-être.

RENÉ

Tenez-vous toujours à ce que je vous présente?

GERMAIN

Non, merci. Je préfère attendre une occasion meilleure. — Quel dommage tout de même ! Si votre père savait ce qu'il va manquer !

RENÉ, riant.

C'est bien fait ! Ça lui apprendra à n'avoir pas confiance en moi.

GERMAIN

Excusez-moi de vous avoir si longtemps ennuyé de choses qui vous assomment... maintenant que je vous connais, je ny reviendrai plus. Je vous rends à vos amis.

DOREUIL, revenant, bas.

Eh bien ?

GERMAIN, même jeu.

Il a refusé sur toute la ligne.

DOREUIL, même jeu

Tant pis.

GERMAIN

Mais non, tant mieux tout de même ! ça m'aurait peut être coupé la veine, animal !

Il remonte vivement.

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