‹ Antoinette Sabrier. L'enfant chérieChapitre 103 sur 111 · SCÈNE X · texte numérisé non relu

SCÈNE X

BOURNERON, ÉMILIENNE, elleesl habillée, prèle à parlir. BOURNERON, durement.

Viens, toi! Viens! Depuis que tu es au monde, j'ai toujours eu pour toi une tendresse particulière; je t'ai aimée comme je n'ai jamais aimé aucun être. Tu as été l'enfant de mon cœur; entre tous les miens, je t'ai choisie, je t'ai choyée, je t'ai gâtée ; je t'ai donné le plus pur de mes pensées, le meilleur de moi; il n'y a pas de mère qui se consacre plus jalousement à son enfant que je me suis consacré à toi; pas un soir je ne me suis endormi sans avoir ton image devant mes yeux pour te garder encore dans mes rêves; tu étais tout mon espoir, toute ma joie, toute mou inquiétude;

tu étais tout pour moi. Il était juste qu'en récompense tu me fisses éprouver la plus grande douleur qu'un être puisse infliger à un autre, tu m'as trahi.

ÉMILIENNE, bouleversée.

Je t'ai trahi, moi ! Je t'ai trahi! Quand? Comment cela? Parle, parle vite ! C'est abominable de pouvoir penser de telles choses, d'oser les dire... abominable !... Pour Tamour de Dieu, explique-toi; tu vois bien que tu m'affoles I

BOURNERON

Tu sais que je ne voulais pas quitter Paris, que je ne voulais pas venir ici. Tu as tout fait pour m'y décider. Tu as été jusqu'à me déclarer qu'il y aurait quelque chose de brisé enire nous si je ne te cédais pas. Je t'ai cédé coaime un imbécile et je suis venu.

ÉMILUCNNE

Eh bien ?

BOURNERON

Eh bien, tu étais complice de ceux qui profitaient de mon absence pour commettre le plus lâche des attentats, pour forcer une femme que j'aimais à m'abandonner. Tu m'as tenu les maius pendant qu'on m'étrancflait. Tu as étouffé mes cris pendant qu'on

m'assassinait

ÉMILIENNE. avec violence.

Mais ce n'est pas vrai ; je ne comprends rien à tes reproches; jamais je n'ai consentie ce qu'il te soit fait le moindre mal ; je te jure que je suis innocente, que je ne savais pas ce qui se passait, que je ne le sais même pas encore et que, s'il ta été fait de la peine, je n'y suis pour rien, pour rien, pour rien 1 Tout de suite, dis-moi tout de suite que tu es sûr que je n'étais pas

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leur complice? Réponds-moi, réponds-moi loiil de suite, je t'en supplie !

BOLRNERON

Toi ! Toi !

ÉMILIENXE

Tu ne réponds pas ! Tu ne veux pas répondre ? C'est décidé ? (Un kmps) Dis vite, que faut-il pour te convaincre ?

BOURNERON

Rien, je ne veux plus être convaincu.

ÉMILIENNE, hors d'elle.

Ah! c'est comme ça ! Alors, tu me chasses aussi? Moi ! Toi ! (in lempsJ Ah ! prends garde ! prends garde ! Si tu ne me cries pas à l'instant que tu m'as pardonné, si tu ne m'ouvres pas les bras, si tu ne me prouves pas que je n'ai rien perdu de ton cœur... (Un temps.) C'est bien I

Elle s'échappe et se met à courir.

BOURNERON, la rattrapant.

Émilienne ! Où va's-tu ?

ÉMILIENNE, se débattant.

Lâche- moi.

BOURNERON

Où vas-tu ? Que veux-tu faire?

ÉMILIENNE

Ça ne te regarde pas. Laisse- moi.

BOURNERON

Émilienne !

278 l'emfant chérie

EMILIhXXE

Mais laisse-moi donc! Tu vois bien'que j'en ai assez! que je n'en peux plus ! J'aime mieux en finir.

BOURNERON

Qu'est-ce que tu dis? Répète voir un peu! Tu es folle, nest-ce pas?

ÉMILIENNE

Oui. Folle! C'est toi qui me rends folle. Toi, m'avoir soupçonnée! toi, mavoir accusée! tu as dit : trahir. Tu as pu penser cela! tu as pu dire cela! Moi! moi! te trahir!

Elle éclate d'un rire nerveux.

BOURNERON

Pardonne-moi. Le chagrin ru'avait égaré.

Ah ! si tu n'avais pas cette excuse ! se jetant h son cou et pleurant.) Oh ! méchaut ! méchant ! méchant !

BOURNERON

Ma pauvre gosse ! Je suis bien malheureux !

EMILIENNE

Je le vois. — Maintenant, dis-moi vite ! Ou'est-ce quon ta fait?

BOURNERON

On l'a forcée à me quitter.

ÉMILIENNE

Pierre ?

BOURNERON

Oui.

ÉMILIENNE

Et OÙ est elle allée?

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lîOriJNKHUN

Oïl ne sait pas.

ÉMlLIEiNNE

Eli bien, nous le saurons ! Nous la retrouverons. Je te le promets. Jeté la rendrai, je te le jure; je lui en veux d'être nécessaire à ton bonheur, mais ton bonheur avant tout. Je n'hésite plus.

Eijfîn ! je te retrouve !

Il la prend dans ses bras.

ÉMILIENNE

Mais, tu ne m'avais jamais perdue, méchant papa. — Je vais faire porter nos malles à la gare.

BOURNERON

Nos malles ?

ÉMILIENNE

Oui. Je pars avec toi. (Appelant.) Louis ! — Tu ne penses pas que je vais t'abandonner après une pa reille crise. Je ne pourrais pas supporter de te savoir seul à Paris avec un tel chagrin. Je t'accompagne.

60URNER0N

Ma chère petite ! •

EMILIENNE, à Louis qui parait,

Louis, occupez-vous des bagages. Qu'ils soient à la gare dans une demi-heure. Nous, nous y allons tout doucement, à pied, par le petit bois. On va jouer à s'évader tous les deux. Ça va être très amusant. Allons, souris. Tu as de la chance... Tu as une Antigone et tu n'as même pas les yeux crevés.

BOURNERON

Oui, mais le cœur!

ÉMILIENNE, lui mettant la main sur la bouche.

Chut ! (Lui offrant le bras.) Allous, prenez mon bras, cher OEdipe !

Ils sortent lentement par la grande porte fermière. RIDEAU

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