‹ Antoinette Sabrier. L'enfant chérieChapitre 105 sur 111 · SCENE II BOURNERON, ÉMILIENNE · texte numérisé non relu

SCENE II BOURNERON, ÉMILIENNE

ÉMILIENNE, après l'avoir embrassé.

Comment ça va, aujourd'hui ?

BOURNERON

Comme hier, c'est-à-dire mal.

ÉMILIENNE

Tu ne penses qu'à elle.

Elle ne me laisse pas un instant de répit. Elle est tout le temps là en moi, et jamais là, près de moi. C'est un supplice continu... .Je m'endors en pensant à elle,

\(rrK o(i\ I lui'.Mi;

je rêve d'elle. Et l'on dit que les absents ont tort ! Les absents ont une puissance mystérieuse; ils envoiUent ceux qui les aiment. Ah 1 ma pauvre Mily, je te demande pardon de te donner tous ces soucis et de t'inlliger un spectacle aussi pitoyable ; heureusement, je ne te l'imposerai plus bien longtemps.

Ose un peu répéter cette infamie-là ! Tiens, ce que tu vi^ns de mè dire est si méchant, si honteux que, pour te punir, je ne devrais pas te faire part d'une nouvelle, d'une bonne nouvelle, que je viens d'apprendre.

BOURNERON, très vite.

On sait où elle est?

ÉMILIENNE

Tout de suite, là, tu pars, tu t'emballes! C'est à te cacher les choses comme aux enfants. Si tu as ensuite une déception, tu souffriras davantage, n'est-ce pas ?

BOURNERON

Dis-moi ce que tu sais, vite, je t'en prie.

ÉMILIENNE

Eh bien, Henri est passé ce matin à Saint-Germain. Il venait de recevoir d'une agence un renseignement qui paraissait sérieux. On signalait la présence de Mme Bérieux à Valvins, près de Fontainebleau. 11 est aussitôt parti là-bas en auto, aux nouvelles. Dès qu'il saura quelque chose, il reviendra ici à toute vitesse. Là, es-tu content!

BOURNERON

Oui, assez. Mais nous avons été déjà si souvent déçus.

EMILIENNE

Eh ! Ça n'est pas commode de retrouver quelqu'un qui se cache. Demande aux policiers.

BOURNERON

En tout cas, merci et de tout cœur. Henri et toi, vous me donnez depuis huit jours les preuves les plus touchantes d'affection. Ah ! si je ne vous avais pas eus! où serais-je maintenant? Ge*ie d'Émiiienne.) Oui, je sais, je te fais de la peine, mais que veux-tu ! J'ai eu du courage dans la vie tant qu'il s'est agi de lutter contre les autres ; je l'ai usé sans doute, car je n'en ai plus maintenant pour lutter contre moi.

ÉMlLIENNE

Tu as été trop gâté, voilà tout. Tout le monde a toujours été trop gentil pour toi. Alors, à la première contrariété...

BOURNERON

Tu appelles ça une contrariété ?

ÉMlLIENNE

Mettons au premier chagrin, plus personne.

BOURNERON

Tu verras qu'Henri aura encore fait du chemin inutile et suivi une fausse piste. C'est couru.

ÉMlLIENNE

Mais non! Cette fois, je t'assure, il y a de bonnes chances... Voyons, il est parti ce matin à dix heures; il en est trois et demie. 11 pourrait être déjà de retour.

BOURNERON

Tu vois

A(,Ti: oiJAiniÈME '285

ÉMILIENNE

C'est bon sigue, au contraire.

BOURNERON

Ah ! tu trouves ?

ÉMILIENNE

C'est évident. Réfléchis. (On sonne.) Non, ne réfléchis 'pas. Inutile. Ce doit être lui.

Page 1