‹ Antoinette Sabrier. L'enfant chérieChapitre 24 sur 111 · L\R CELLE · texte numérisé non relu

L\R CELLE

A'ovons ! Pourquoi ne pas attendre le retour de ton

mari, lui avouer loul oL lui redemander la liberté? 1V)i qui es droite et honnête, comment peux-tu consentir à cette fuite clandestine (jui semble un désaveu de la passion ([ui lentraîne'^ Tu n'agirais pas autrement si tu en avais honte.

Oh ! ne dis pas cela, ma chère Marcelle. Je suis si iière au contraire de cet amour qui ennoblit ma vie. Si je me cache, c'est que j y suis forcée: n'en accuse que le mariage qui me contraint à ruser. .l'appartiens à (iermain, comprends-tu, je lui appartiens et il m'aime. Cest tout dire. Il a le droit de me garder: il le peut, même par la force. Je serais folle d'attendre de lui ma liberté ; jamais il ne me la rendra. En outre, il est violent et je dois tout craindre.

MARCELLE, gravement.

Lorsque ton mari va revenir de Londres et qu'il trouvera la maison vide, vide de la seule présence humaine qu'il ait jamais aimée, as-tu imaginé son affolement, son désespoir?

Oui.

MARCELLE

Et tu as pu en supporter l'idée?

J'ai pensé à mon désespoir, si je devais continuer de vivre avec lui. Et puis, le coup sera violent, sans doute; mais Germain a son métier qu'il aime passionnément, qui l'absorbera et détournera vite ses pensées de mon souvenir..., tandis que nous, nous n'avons que nous.

MARCELLE

Alors, ma chérie, sois heureuse.

76 A^^OI^ET^E sabrier

Je le serai. Je le serai tellement que, si tu maimes, tu ne pourras jamais m'en vouloir de ce que je fais aujourd'hui.

MARCELLE

Je t'aime et je ne te juge pas.

Il est trois heures et demie. Nous devons partir à six heures, à la nuit. A la porte du parc, nous trouverons son automobile qui nous conduira au Havre, où Fanny me rejoindra. De là, nous nous embarquerons pour l'Amérique. Nos places sont retenues à bord de la Savoie, qui part demain soir. Après-demain, nous serons en pleine mer et en pleine liberté.

MARCELLE, très émue. ♦

Ainsi, c'est peut-être la dernière fois que je te vois, ma chère Antoinette.

Tu n'auras pas de chagrin. Je ne veux pas que tu aies du chagrin ! Il ne faut pas. Je suis si joyeuse de partir.

MARCELLE

Et de me quitter! Vois-tu, j'ai le sentiment de t'avoir perdue. Pour moi, c'est un peu comme si tu venais de mourir.

Veux-tu bien être raisonnable! Si je t'écoutais, je serais moins heureuse de m'enfuir et il ne faut pas que je sois moins heureuse. Il ne le faut pas, vois-tu !...

MARCELLE

Et... ton ami Doreuil?

actl: deuxième 77

antoinette Ahl

MARCELLE

Il sait?

NoD, je n'ai pas encore osé Jui dire. Il vient ici tous les jours; je voulais le préparer à ce qui va se passer, je n'en ai pas eu le courage. Celui-là me donnait toutes ses pensées, tout son cœur. Et j'en avais de la joie... avant. Autrefois, il m'aidait à supporter ma vie. Il en était toute la douceur. Et il va falloir lui annoncer que tout cela ne compte plus, qu'il n'est plus rien pour moi. C'est affreux. J'ai peur de voir soudain dans ses yeux une telle détresse! Pauvre Doreuil !

Marcelle tend les bras à Antoinette, qui s'y précipite. Étreinte très émue.

MARCELLE

Tu m'as parlé de lui, tu ne m'as parlé que de lui. Tu ne m'as même pas dit son nom.

Comment! tu ne l'as pas deviné? René, René Dangenne, ce jeune homme qui était avec Hélène et Doreuil, près de nous, quand nous causions là, dans le jardin... Tu ne te souviens pas?

MARCELLE

Si! si! je me rappelle.

Il a un visage sérieux et doux, une expression de regard qu'on n'oublie pas... Tu te rappelles maintenant...

MARCELLE

Oui, je crois...

Et je suis sûr qu'il te plaît.

LOUIS, annonçant.

Monsieur et Mademoiselle Doreuil.

Hélène .' Écoute, tu vas me rendre le service, tout à l'heure, d'emmener Hélène. Il faut que je sois seule quelques instants avec Doreuil... il le faut... je dois lui parler. .J'ai une grande tendresse pour lui. (Eiie

remonte.)

MARCELLE, à part.

Un peu d'amour 1...

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