ACTE DEUXIÈME
GERMAIN
II y a... il y a.. . voilà! Je croyais que j'allais vous crier la vérité, cela qui rn'étoulïe depuis huit jours... Et puis, quand je suis là, devant vous qui ne savez rien, qui êtes si loin de vous attendre, je n'ose pas, je nose plus... II me semble que j ai le devoir de vous épargner... et que ce soit par ma faute, par ma faute à moi, j'en pleurerais!
Il se contient difficilement.
ANTOINETTE, avec angoisse .
Mais qu'y a-t-il ?
GERMAIN
Je ne peux pas... je ne peux pas... ça m'étrangle.
Vous, Germain, dans un pareil état, je ne vous reconnais plus !
GERMAIN
Je ne suis plus moi-même.
ANTOINETTE, avec énergie.
Tant pis. Vous aviez cela pour vous d'être un homme et vous voici comme un enfant.
GERMAIN, se redressant.
C'est vrai, je vous demande pardon. Cette minute de défaillance est la première; ce sera la dernière, je vous jure.
Ou'est-ce qu'il y a ?
GERMAIN
Vous savez, l'énorme, la formidable partie que j'ai engagée sur les mines de Huescar... je vais la perdre.
Ah!
GERMAIN Et je vais la perdre parce que... (S'énervant et haussant le
ton) parce qu'il me manque une somme dérisoire... Une affaire colossale... une affaire sûre...
Contenez-vous, je vous en prie. Je ne puis pas vous voir ainsi... cela m'exaspère. J'ai honte pour vous ; j'ai honte de vous.
GERMAIN
Pardonnez-moi
Écoutez. Je ne suis pas au courant de vos affaires et je n'en ai jamais rien voulu savoir... tnais tout de même je comprendrai facilement ce dont il s'agit., eii gros... Expliquez-moi... Comment un homme de votre intelligence, de votre habileté, de votre prévoyance peut-il échouer de la sorte aussi soudainement? Expliquez-moi ; il y a là quelque chose qui me déconcerte.
GERMAIN
Vous allez comprendre. C'est très simple. Mes commanditaires m'avaient autorisé à marcher de l'avant. Aujourd'hui, ils se récusent, m'abandonnent, m'interdisent de toucher au fonds social. Ils étaient avec moi; ils sont contre moi. Du jour au lendemain, ces alliés sont devenus des adversaires, des ennemis, et quels ennemis ! Mais j'avais prévu la possibilité de cette défection et je m'étais assuré en ce cas des concours financiers... Aujourd'hui, presque à la dernière minute, ils se dérobent également. Moi, je ne peux plus rien. J'ai engagé toute notre fortune dans cette affaire. Je ne devais pas être seul. On me laisse seul... Je suis trahi 1