SCENE IV MARIE, MADELEINE
MADELEINE
Un service 1 Vite! Il faut absolument que je sorte une heure cet après-midi. Emmène-moi.
MARIE
Hein ?
MADELEINE
Sous n'importe quel prétexte !
MARIE
C'est pour cela que tu m'as télégraphié ?
MADELEINE
Méchante 1... Pas seulement
Qu'est-ce qui se passe?
MADELEINE
Des choses qui me bouleversent. J'aime beaucoup
Julien, tu sais; j'ai consenti à ce voyage en Italie pour lui faire plaisir. Il est si gentil, si bon, si attentionné. Enfin...
MARIE
Tu perds un temps !
MADELEINE
C'est vrai. Eh bien, voilà : j'ai rencontré à Florence un jeune homme qui m'a plu, oh I mais plu, presque autant que je lui plaisais...
• MARIE
Ah ! ah ! Mais comment le sais-tu ? Il te Ta dit?
MADELEINE
Oui, rapidement, brutalement, un soir, dans le salon de l'hôtel. J'étais seule, je lisais les journaux illustrés. Il s'est approché de moi, m'a dit deux mots en passant, les deux mots définitifs, et a disparu. Ça a été une impression délicieuse.
MARIE
Le grand frisson 1 Je connais ça. Entre les deux épaules. Continue.
MADELEINE
Comme par hasard, nous l'avons ^retrouvé à Venise.
C'était évidemment un homme qui voyageait pour son plaisir.
MADELEINE
Oh 1 ne plaisante pas. C'est très grave.
MARIE
Tu l'espères bien. — Enfin, il t'a suivie de ville en ville. Le naïf Julien ne s'est aperçu de rien.
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MADELEINE
De rien.
MARIE
C'est un débutant. Et aujourd'hui, à peine de retour, vous devez vous retrouver.
MADELEINE
Nous voulons nous parler. Nous n'avons pas encore pu.
MARIE
Et tu as compté sur moi ?
MADELEINE
Tu es ma seule amie... et je l'aime. Oui, ça a été immédiat, irrésistible. Je l'ai aimé tout de suite, et j'aime pour la première fois. Réfléchis: j'ai été mariée à un homme...
Je sais, je sais, toute la justice et tous les ministères en un seul bureaucrate.
MADELEINE
Pendant des années, il n'y a rien eu dans ma vie. Un jour, j'ai connu Julien; sa tendresse, sa grande bonté, l'ardeur de son dévouement passionné m'ont touchée ; j'étais libre. J'ai consenti à me donner à lui et rafïection que je lui garde est très sincère, très profonde. Seulement, ça n'était pas de l'amour. Je le sais maintenant. Alors...
MARIE
Alors, va t'habiller; j'en sais assez... trop.
MADELEINE
Merci, ma chérie.
MARIE
Non, tu me remercieras plus tard, si tu ne m'en veux pas.
MADELEINE
Oh! la vilaine parole! Comment peux-tu croire? Mais non, jamais, jamais... quand bien même...
MARIE
Je nous connais. Va t'habiller.
Madeleine sort. Louis sert le café.