BOUR NERON
Dieu! que c'est bêtel J'ai des battements de cœur comme un collégien. Un collégien de soixante ansi Si ça n'est pas à poufîer! Allons I du courage, vieux
potache' (ll décachette la lettre, lit et peu à peu sa figure prend une
expression atterrée.) Tonuerrc de Dieu ! je n'ai pas la berlue, tout de même! HeinI quoi! j'ai bien lu! elle s'en va ! elle part en voyage! sans dire où! Quand je recevrai cette lettre, elle sera loin. Forcée pour des raisons de famille! Et elle n'a pas de famille ! C'est admirable! Holà! Ou'est-ce que cela signifie? Madeleine, elle, se conduire ainsi avec moi, sachant comme je l'aimais, comme je l'aime, sachant... Non, ce n'est pas possible! Elle! ce serait une gueuse! ce serait... eh bien, qu'estce que j'ai, moi ? Oh! (Mettant la main sur son cœur.) AsSCZ !
tu me fais mal! Je ne suis pas sourd! J'entends bien! Voyons, voyons, voyons! Il y a dans tout cela quelque chose qui m'échappe, un mystère, une énigme!... Imbécile! Imbécile! Pourquoi suis-je parti ? Pourquoi ne pas l'avoir emmenée? Oh! je ne resterai pas ici un jour, une heure de plus! Je vais partir par le premier train, et une fois à Paris, nous verrons bien. (Criant.) Louis! Louis!
LOUIS, paraissant.
Monsieur!
BOURNERON
Tout de suite les malles, les valises. Nous partons parle premier train.
LOUIS
Pour quelle heure dois-je être prêt ?
A( TK TIIOISIKMK 253
iu)rnM;iu)\
Je u"en sais rien, l.e [)!iis lot, possible. Apporlc moi i'indiC'iteur, vite, vile.
LOUIS
IMen, monsieur. [U son.)
BOURNERON
Non, je ue peux pas croire qu'elle se soit jouée de moi. Elle avait l'air vrail Elle avait l'air d'avoir pour moi une amitié sincère ! .Je vois, je me rappelle ses expressions, ses façons de me regarder, de m'embrasser... Mon Dieu !
LOUIS, apportant l'indicateur.
Voilà, monsieur :
BOURNERON
C'est bien. Va; mets-t'y tout de suite, et dépêchetoi.