‹ Antomie comparée de cerveau, dans les quatre classes des animaux vertébrès, appliquée à la physiologie et à la pathologie du système nerveuxChapitre 7 sur 48 · VIIJ · texte numérisé non relu

VIIJ

pas manqué de leur assigner cette analogie.

Chose remarquable ! disait-on ; les éminences mamillaires , qui sont le caractère le plus élevé de l’organisation , se retrouvent chez les poissons , qui paraissent si descendus dans l’échelle animale! Ces éminences , qui n’existent que chez l’homme, qui ont déjà disparu chez les singes , chez tous les mammifères et chez tous les oiseaux , sont tout-à-coup reproduites chez les poissons. Preuve évidente que leur encéphale appartient à un degré très-élevé de l’animalité.

En conséquence , on assimilait leurs lobes postérieurs aux hémisphères cérébraux. On trouvait dans ces lobes la couche optique , le corps strié , la corne dammon , la voûte , et jusques au corps calleux. Considérant alors qu’une partie de ces organes ont disparu chez les oiseaux et les reptiles , on ne manquait pas de faire ressortir la prééminence des poissons sur ces deux classes.

Je le demande , pouvait-on entreprendre l’anatomie comparative de l’encéphale avec des déterminations qui choquaient

PRÉLIMINAIRE

tous les rapports anatomiques et zoologiques des animaux vertébrés?

La confusion résultant de tous ces faux rapports et de toutes ces dissemblances fut encore accrue par l’extrême variation de l’encéphale des poissons.

Chez les mammifères , toutes les parties de l’encéphale sont , à peu de chose près , la répétition les unes des autres. Les familles apportent bien quelques changemens dans leurs proportions et dans leurs rapports ; mais avec un peu d’attention il est facile de les ramener au type classique, dont ils ne sont qu’une légère modification.

Chez les oiseaux, cet organe est plus fixe encore que chez les mammifères ; toutes les familles de cette classe sont remarquables par la composition identique de leur cerveau. Des plus petits oiseaux aux plus grands , c’est la répétition des mêmes élémens, conservan t toujours et leurs mêmes formes et leurs mêmes connexions.

Les reptiles offrent déjà quelques différences, différences appréciables surtout par la comparaison de l’encéphale des ophi-

DISCOURS

diens à celui des batraciens et des cliélonicns. Mais ces dissemblances , toujours peu importantes , n’altèrent jamais les caractères fondamentaux de l'organe, dont on ne peut méconnaître la composition dans toute cette classe.

Il n’en est pas de même chez les poissons. Les élémens de leur cerveau sont dans une oscillation continuelle.

En premier lieu, l’encéphale des poissons cartilagineux n’est pas le même que celui des poissons osseux ; les formes générales sont tellement changées d’une série à l’autre 3 que les parties principales , telles que le cervelet et les lobes cérébraux , deviennent tout-à-fait méconnaissables.

En second lieu ? cet organe ne varie pas seulement de famille à famille ; mais il présente les différences les plus grandes d’un genre à l’autre , d’une espèce à l’espèce la plus voisine ; les individus seuls de la même espèce sont identiques pour la composition de leur encéphale. C’est surtout parmi les poissons osseux que s’observent les grands changemens , car déjà les poissons cartilagineux se rapprochent 3 sous

PRÉLIMINAIRE

xj

ce rapport , du caractère de fixité qui distingue les classes supérieures.

On conçoit qu’avant de chercher à établir les rapports des différens élémens de l’encéphale , chez les animaux vertébrés , il était nécessaire de faire cesser cette confusion j de chercher à reconnaître dans toutes les classes l’identité des parties dont se compose cet organe , et d’établir cette détermination sur des bases qui fussent les mêmes pour toutes. Toute l’anatomie comparative de l’encéphale repose sur la certitude de cette détermination.

Mais , dans l’état présent de la science , comment atteindre ce résultat? comment ramener un organe aussi compliqué que l’encéphale des mammifères , à un organe aussi simple que celui des poissons? comment reconnaître cette identité au milieu de la variété de formes , de rapports et de proportions, que présentent tous ces élémens? Seconde question non moins importante que la première, et dont la solution ne pouvait être donnée, ainsi qu’on va le voir, en suivant les routes anciennement tracées.

DISCOURS

xij

A la renaissance des lettres , les anatomistes ne s’occupèrent d’abord que des formes extérieures et de la connexion des organes; plus tard, ils remarquèrent les variétés de quelques systèmes organiques chez les embryons : ils conçurent dès-lors la possibilité de s’élever à leur formation et de dévoiler le mécanisme de l’organogénie. Leur esprit n’étant pas préoccupé de système , ils suivaient la nature dans ses mystérieuses opérations , et ils la voyaient bien, parce qu’ils n’étaient occupés que de la voir» Le nombre et la nouveauté des phénomènes qu’ils observaient , satisfaisant leur curiosité inquiète , ils n’employaient pas encore l’activité de leur imagination à combiner des hypothèses qui pussent les expliquer tous.

Cette précieuse simplicité se perdit bientôt, Des novateurs hardis trouvèrent trop lente la marche de l’observation ; la philosophie délaissa la grande question de la formation des cires organisés, qu’elle jugea impossible de découvrir , dit Bonnet , pour imaginer une hypothèse qui en tînt lieu ; cette hypothèse lut celle de la préexistence

PRÉLIMINAIRE. XÜj

des germes et de leur éternel emboîtement.

Deux opinions formaiént la base de ce système : dans la première , on supposait que tous les germes , qui sont nés ou qui doivent naître , étaient contenus dans le premier j dans la seconde , on avançait que, malgré leur inconcevable petitesse , les germes étaient la miniature des animaux parfaits ; qu’ils avaient et le même nombre d’organes, et leurs mêmes rapports, et leurs mêmes connexions.

La science de l’organogénie se trouva arrêtée , par ces hypothèses , dans toutes ses directions. Il n’y eut plus de formation possible ; on voyait le papillon dans sa larve , la grenouille dans les premières ébauches de son têtard , l’oiseau tout entier dans son œuf, et toute l’organisation des mammifères dans le premier mucus qui les sépare du néant. Les monstres parurent un instant se soustraire à cette explication commune; mais en fait de système, une supposition de plus , ou de moins ne coûte guère , et l’on imagina bientôt les germes monstrueux, dont l’exis-

DISCOURS

tence éternelle s^était éternellement conservée dans les ovaires des femelles. Chaque être organisé avait, dans ce système, son type particulier de développement. L’esprit humain se trouvait dès-lors à une distance immense de l’idée que tous les êtres se forment d’après des lois communes.

Cependant tous les zootomistes n’admirent pas ces opinions. Cet éternel emboîtement des germes effraya d^une part les imaginations les plus ardentes ; de l’autre, en cherchant à prouver que toutes les parties du germe n’éprouvent qu’un développement progressif, on s’aperçut que des parties nouvelles s’ajoutaient aux anciennes. On vit que les formes primitives des organes , loin d’être immuables , comme on le pensait , subissaient, au contraire , des transformations continuelles.

On reprit , sans s’en douter , les travaux d’Harvey et de Malpighi , qu’avait fait abandonner un instant la découverte des vers spermatiques d’Hartsæcker , découverte amplifiée par Leuvenhoeck, qui distingua leurs goûts , leurs habitudes , leurs

PRÉLIMINAIRE

mœurs, et jusqu’à leur sexe , si je ne me trompe.

L’esprit humain, lassé de l'erreur, se repose enfin du mouvement rapide qui l’avait si longtemps entraîné vers elle. Il fuit dans les sciences les hypothèses ingénieuses , qui presque toujours ne sont fondées que sur de fausses applications. Il veut remonter des faits aux principes, et éprouver les principes par les faits.

Appliquée à la zoogénie , cette méthode a déjà remplacé. la gigantesque idée de la préexistence des germes , par l'idée plus simple, mais non moins majestueuse, de leur formation successive. On s’occupe à rassembler les faits , à suivre la marche de la nature , à épier ses mouvemens secrets , et de là naîtra sans doute une théorie plus lumineuse de la formation des êtres organisés, des lois générales qui les régissent , et des rapports naturels qu’ils ont entre eux.

Les embryons ne sont donc pas , ainsi qu’on l’avait imaginé, la miniature des animaux adultes. Avant d’arrêter leurs formes permanentes , leurs organes traversent une multitude de formes fugitives , et de

DISCOURS

Page 1