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.Iiilic, mais sur la plante (|u'il allait noinnicr, et il la voyait rcMluitc à un pacjucl de llcurs caulinainis d'où sortait une lianipc l)risi'e, humide d'une sève qui retombait en larmes.
— Où est-elle ?s'écria-t-il avec stupeur. Qu'en as-tu fait . grand Dieu? Julien, où est VAntonia?
Personne ne répondit. Madame Tliierry regardait Julien, qui ne regardait que madame d'Kstrelle, et madame d'f^strelle, qui n'était au courant de rien, ne savait que penser de l'épouvante ingénue de son procureur.
— Que cherchez-vous donc? dit-elle en se levant.
Et, en se levant, elle Ht tondjcr i^ ses pieds VAntonia, (jue, dans le moment où elle s'était trouvé(; seule, elle avait reprise au vase et posée assez tendrement sur ses genoux.
Madame Thierry comprit huit de suite; Marcel ne fit que constater. Il ne devina nullement. '
— Ah! madame! s'écria-t-il, à une autre que vous je dirais (ju'elle nous ruine! Mais à vous que peut-on dii'e?... Kt, après tout, (|uand il s'agit de vous, que j)eul-on craindre? L'oncle Antoine pourra-t-il vous en vouloir, puiscjue vous ne saviez pas? Julien ne vous avait donc rien dit ?
— Sans doute, dil madame Thiei'ry, Julien n'a l'ien explifjué à notre bienfaitrice; mais elle doit bien voir (jue Inul le monde ici n'est pas raisonnable, et cju'en voulant ntuis taire du bien, elle riscpie d'aggraver nos maux.
' — C'est toi, m«*rc, qui n'es pas raisonnable, s'écria Julien avec vivacité. Vraiment je ne te comprends pas aujourd'hui ! Tu es trop émue; tes paroles trahissent tes pensées... Il semble qu'au lieu de remercier madame d'Estrelle, tu lui fasses part de je ne sais quels rêves...
[ Julien grondait sa mère, qui se reprenait à pleurer. Marcel, voyant la stupeur de madame d'Estrelle, la prit à part et lui donna en trois mots la clef du mystère, en même temps que la preuve pour ainsi dire palpable de l'ardente passion du jeune artiste. Profond«''n)enl touchée d'abord, elle rassembla ses forces et . retrouva sa j)résence d'esprit pour conjurer le coup qui menaçait la famille.
— Laissez-moi faire, dit-elle à madame Thierry en s'etlorçant d'être gaie-, je prends tout sur moi. C'est nioi (|ui ai commis la faute, c'est à moi dr la ivi parer.
— La faute! Quelle faute? s'écria Julien.
— Oui , oui , c'est moi «jui ai pris envie de cette jlleur et (|ui vous l'ai demandée!... Non ! qu'est-ce que je dis? je perds l'esprit ! (Test mni (|ui l'ai brisée, oui, Inioi-même, une sotte fantaisie,... une distraction! Vous n'étiez plus là... Jr suis maladroite, je Fie vois . pas bien claii'... Lnfin j'explicpicrai tout cela li votre onde. Kh! mon Dieu, (|ue voulez-vous (ju'il fasse? Il [ne me iiallia pas. Jt> lui (b-iiianderai liuinblemeut Ipanloii;... il n'est pas si m/'clianl !
— Ilclas! (lit m;id;inH- rhi«'rrv. il est malheureuse-
IViîi AN ION I A.
mciil loi! mt'cliaiil (|uai)(l on le blesse, et, s'il savait (juc Jiilit'ii a coinmis ce sacrilé^^e...
— C'est donc Julien décitlémenl ? dit à son tom* Marcel éi)ahi, Voili\ ((ui est bien étrange!
— Kh bien, oui, c'est moi, c'est moi seul! reprit Julien avec feu , et il n'y a rien d'étrange à cela...
— Si t'ait I lui dit tout bas Marcel, (jui ouvrait enlin les yeux sur le fond de la mésaventure. Tu es un peu ti'oj) fou, mon garçon, et il faut que ton cœur soit devenu aussi léger que ta cervelle pour sacrifier ainsi 1 l'avenir de ta mère et le tien, sans compter ((ue madame d'Estrelle est trop bonne, et qu'elle eût mieux fait de te remettre à la place.
— Tais-toi, Marcel, tais-toi! dit Julien, tu déraisonnes; tu ne comprends pas...
— Je comprends trop, reprit Marcel, et, par ma foi , je suis comme ta mère à présent, je dis (juc (u perds resj)rit !
Ce dialogue à voix basse se passait dans l'embrasure de la fenêtre, tandis (jue les deux femmes parlaient ensend)l(' aM|)rè> du vase oij madame Thierry essayai! de replanter de nouveau la tige du lis décapité, parlant au lia>>;u'(l et san^ rien dire (jui cùl \c sens connnun car U; plus i^rand sujet de >on trouble n'était pa; l'Antuiiia, m.ii.s bien j)lutùt l'orage de passion ((ui aval ameiH' sa pei'Ir. Tout à cou() Julien, (jui avait l'babi ludr d.' loucht-r le rideau et d'interroger la lente pa 1ii(|in'lle il voyait dans le jardin , imposa brusquemeii
silence à Marcel en lui saisissant le bras et en lui disant tout à fait bas:
— Pour Dieu, tais-toi donc! il y a là (judciu'un qui nous écoute !
Il y avait ([uel(|u'un en l'tVct , et il était troj) l;ird pour se taire. L'oncle Antoine avait tout entendu. Comment il se trouvait là, furtif, espionnant, dans le jardin de madame d'KstrelIe, c'est ce (jue nous saurons bientôt. Marcel saisit le mouvt'ment de Julien, dislin'^'ua la fente du rideau, et, se pencliant à son tour, il vit le Crotjuemilaine aux écoules. 11 quitta la croisée et avertit madame (THstrelle. l n in>tanl on se parla en pantomime. On n'a\ait encore pu pirndi'e aiu un parti, lors(|Ut' Aiitoiii*', n'entendant plus rien, frappa à la porle du jardin.
(iN'tait un peu connue l'airivée dt* la statut? au festin de l'icii'e. Julien allait resolùniciil lui ouvrir, ipiand madame d'i;>trt'lle s'avisa rajmlement île la scène ridicule (pie provocpu-rail >a présence, ou de Téclat fàclieii.x (jUe >«>n absence jiouiiait autoiiser. Klle prit son parti à rinslaiil , retint d'autniiti'' Julien en po>ant sa main >ur le bras fn-missanl du jeune arti>te, et, faisant à lui et au\ autres le si^ne de ne pas bouger.
]Q\ ANTDNIA.
('Il(^ passa dans le voslil)iiI(\ oiivi'it (^Ilo-mrmc la pnrlc ot se trouva on face de M. Antoine. Hien qu'il eût préparc» son rolc, il se trouva un j)eu surpris, lui «pii croyait surjirendre son monde.
— Vous, mon voisin? lui dit Julie jouant l'étonnement. Que (iiites-vous donc là ? Vous êtes donc revenu à riiotcîl? Qui vous a dit où j'étais? et quelle idée avez-vous de traverser mon jardin?...
Et, sans écouter sa réponse, elle passa son l)ras sous celui de l'horticulleur et l'entraîna à une certaine distance du pavillon, au l)onl de la petite pièce d'eau qui maniuait le centre de la pelouse en face de l'hôtel.
— Mais... c'est (jue j'allais au pavillon, héi^^aya M. Antoine.
— Je le pense bien, puisque je vous ai trouv('; à la porte.
— J'y allais... à bonnes intentions; mais...
— Qui en doute? Ce n'est certainement pas moi, mon anii.
— Ah ! voilà que vous m'appelez enfin comme je veux! Kli hien, alors... vous voulez me parler seul à seul, j'' vois... Moi de niénic ; je vous veux eiiti'ctenir d'une idée...
— Asseyons-nous sur ce haiic, mon voisin, je vous écouterai; mais, au|)aravanl, vous m'ciilcndrez, vous, car j'ai une confession à vous fairr.
— Bon! hou! je la sais, votre confession; vous avez cueilli mon lis?