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tout ce qui est la vip des jeunes f^Miimes. mariage, fortune et liberté, (jue je ne me connais guère. Je sais que je me suis consiim(''e deux ans dans la tristesse et Jf^('nnuis,''el(|irà jji'ésenl, dans ma solitude, sauf 1 es emhaïïras d'argent (ini nie r<'-pui;nent fort, m a i s que je m'exerce à suj)j)orl('r sans aigreur, je me trouve dans un état i)lus endurahle (jue ceux par oii j'ai passé. Je suis'peut-être un caractère sans ressort comme je suis un esprit sans facettes. Forcée de m'occuper pour tuer le temps, j'ai pris goût aux amusements tranquilles. Je lis beaucoup, je dessine un peu, je fais de la musique, je brorle, j'écris quel- (jues lettres ;\ d'anciennes amies de couvent. Je reçois quatre ou cin(| personnes assez sérieuses, mais bonnes, et toujours les mêmes, ce qui me laisse dans une habitude de calme et de raison. Kniin, je ne soutfre pas et je ne m'enimie pas : c'est beaucoup pour (jui a toujours souHert ou hâillt'. Laisse/.-nioi donc là, mon amie. Venez, me vc^ir Ir plus souvent rpie vous pourrez sans faire d<' lorl à vos plaisirs, el nr vous iinpiiétez pas de mon soil. (|ni n'rsl pas des |>lus mauvais.
— Tout cela <'sl bel d Ixui pour (jUelcpie temps, ma clièrt', et vous agissez connue unr femmi' d'esprit (Il faisant coiilrc fortuix' bon eo'ui*: mais elnupie chose a son temps, et il n'en tant pas trop laisser pas>er sur l'â^e de la beaiitt" et des avantages qu'«'lle procure. Nous n'êtes pas, soit dit suis vous blesser, de très-i^rande naissance; mais vous ave/. ::a:^iu*' à
v'o VNIONIA.
Noli't' (rislft hynicii un Itciiu nom cl un lilrc (jiii relovciil votre <''t;il dans le inoiidi'. Vous ét(;s veuve, ce (|iii vous [KTinct de vous l'aire voir et connaître, et sans entants, ce (jui vous laisse toute la (leur de votre jeunesse. Vous n'avez pas de fortune; mais, comme votre douaire, i^revé de dettes, ne sera j)as une j!:ross(» perte, vous pouvez, tort l)ien en taire; bon marché et y renoncer pour un meilleur parti (jue le premier. Si vous voulez vous lier à moi, j<' me cliari^e de vous taire faire le iieiire de mariage au([uel vous |)ouvez parfaitement prétendre.
— Le genn; de mariofîe? Vous m'étonnez; expliquez-vous !
— Je veux dire que vous êtes {vo\) charmante pour ne pas être épousée par amour.
— Fort bien : mais sera-ce quelqu'un que je pourrai aimer, moi?
— Si l'honnne, au lieu d'être un mangeur et un l'on, est vraiment riche, bien né, car il faut cela avant tout, et vous ne pouvez descendre sans blâme, s'il a de l'usage, du savoir-vivre et les instincts d'un homme (le qualitt', entin si c'est un honnête lionnne.... (jue pouvtîz-vous exiger de plus? Il ne faut pas vous attendre à ce (pi'il soit de la j)remière jeunesse et Ion!'!)»'' couîme nn In-ros de l'oman... On ne rencontre guère de ces brillants personnages cpd soient disposés :\ ehoisii- une pei'sonne de méî'ile pour ses beaux yeux; tout le monde est rnin.' |)lus ou moins par le tenqjs (pii court !
— Je vous comprends, répondit niadame d'Estrelle avec un sourire triste, vous voulez me faire épouser (juek[ue digne vieillard de vos amis, car je ne suppose pas (\ue vous me proposiez un monstre. Merci, ma chère baronne, je ne veux |)lus me louer au service d'un malade pour de gros lionoraires; car, pour dire crûment les choses, voilà le bonheur que vous rêvez pour moi. Kh bien, autant je serais capable de servir et de soigner tendrement un père, si j'en avais un, ou seulement un vieux ami ([ui aurait besoin de moi, autant je suis résolue à ne pas retomber sous le joug d'un étranger infirme et morose. J'ai rempli en conscience ces tristes devoirs auprès de M. d'F^strelle, et tout 1(^ monde m'a rendu justice. Me voilà libre, je veux rester libre. Je n'ai plus de parents, il me reste (pielqucs amis. Je ne demande rien de plus, et je vous prie très-sérieusement de ne pas chercher à me faîrgun bonheur selon vos idées, (|ue je ne partage pas. Vous êtes encore, mon amie, comme j'étais à "seize ans (piand on m'a maiiée. \ons avez gardé les illusions (ju'on m'avait données, vous croyez (pion iir peut se passer de richesse et de représentation, vous êtes donc plus jeune (pie moi. Tant mieux pour vous, piiis(pie le sort vous a liée à un mari (pii ne vous refuse rien, (/est (oui ce (pi'ii \ousfaul, n'est-ce pas? Moi, je serais |>lus exigeante, je voudrais aimer. Vous riez? Ah ! oui, je sais vos théon('s. («TïTlune de miel est courte, m'avez-vous dit cent foi>; mais la hinedOi' est la lumière (pu ne s'éteint pa^. n Moi, j'ai la lolit
(le me due (|ii('. ne IVit-ce (ju'ui) joui', le pnMiiicr jour (U' iiioii niaiia^^', je veux aimer cl croire! Sans cela, je le sais par c\p(''ri(Mice, le maria^'c est une honte et im iiiai'tyrc.
— S'il en est ainsi, dit la i)ai'oiHie en se levant, je vous laisse à vos rêveries, ma chère belle, et vous demande humblement pardon de les avoir interrompues.
Klle pi^rlit blessée, car elle était pénétrante, quoique sotte, et elle sentait bien (jue la douce Julie, en cet éclair de révolte, venait de lui dire son fait; mais elle n'était pas méchante, et, au bout d'une heure, elle ne lui en voulait plus. Même elle se sentait un peu triste et par moments elle était toute prête à se dire :
— Julie a peut-être raison I
Ue son côté, Julie sentit tomber son courat^e dès qu'elle se retrouva seule, et sa fierté se brisa dans les larmes. Elle n'était forte que par réactions nerveuses, peut-être par un besoin d'aimer plus àj)re (pi'elle ne se l'avouait à elle-même. Par nature, elle était timide et même craintive. Klle connaissait troj) le bon c(eur de la baronne pour croire à une rupture avec elle; mais elle se disait de son coté :
— l'eut-être Amélie a-t-elle rai?ion ! Je demande rimpossible, les convenances de rang et de fortune a\e(: l'amour! Qui rencontre cela? l'ersomu; dans ma situation. Faute du mi^'ux, je vais peut-être tomber daiib le pire, qui est l'isolement et la tristesse.
Klle prit son ombrelle, une de ces ombrelles blan-
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ches» sans couihiire, (|ui étaient d'un plus joli etiet (lails les bos(iuets (juo nos modernes champi^Mions, et, pensive, posant doucement sur le gazon le talon de ses petites muh^s, la ju[)e retroussée avec grâce sur le jupon plat, elle erra sous les lilas de son jardin, respirant le printemps avec une muette angoisse, tressaillant à la voix du rossignol, ne songeant à personne, et pourtant jetée en dehors d'elle-même par une aspiration innnense.
De lilas en lilas, elle approcha du pavillon ou, une heure auparavant, travaillait Julien Thierry, le tils du peintre, le neveu du richard, le cousin du procureur. Le jardin était grand pour un jardin de huis et trèsbeau d'arrangement et de véj^étation. Ions les jours, madame d'Estrelle en faisait le tour deux, ou trois lois, donnant un coup d'o'il mélancolicjue ou all'ectueux à chacune des corbeilles de Heurs semées dans les gazons. Lors([u'elle ari'ivail en vue des tenêtres du pavillon Louis Mil, elle ne se détournait pas et ne s'incjuiétait pas des regards, ce pavillon n'ayant pas été habité pendant longtemps. Julien el sa mère n'y étaient installés (|ue (lej)uis un mois; madame d'Kstrelle s'était plainte à Marcel Thierry du mainuis son beau-pèi'»', qui. pour ne pa> lai>>er dtMinir le chélit" rapport d'unt; propriété si nuxUijue. y a\ail nus des locataires inconnus. Marcel l'avait l'assui'ee en lui disant (|ue la nouvelle orcupante était la veuve discrète et respectable de son oncle l'artiste. Il n'avait pas parlé de Julien. La ((MuI* ^^e ignorait peut-étn'
<|iic Ir pciiilrt' (Mil luisst' un tils. Dans tous les cas, clic n'avait pas soii^^cà s'en cn(|ucrii-. Jamais elle ne l'avait apen/u aux fenclrcs, d'alHud parce (ju'elle avait la vue fort basse cl (jiic les jeunes femmes de cette épo(|uc ne se servaient pas de lunettes, ensuite; parce (pic Julien, averti du voisinaj^e d'une personne de mœurs austères, avail eu ^rand soin de ne pas se montrer, Quelquefois, aux croisées du premier étage, madame d'Eslrelle avait aperçu, coittée d'un bonnet blanc, une tête fine et pâle (jui la saluait avec une déférence réservée. Klle avait franchement rendu le salut, et même avec respect, à la paisible veuve; jamais encore on n'avait échangé un mot.
Ce jour-là, '!lulie, voyant la croisée du rez-de-chaussée entr'ou verte, se demanda pour la première fois pour(|U()i elle n'avail ('tabli aucune relation de voisinage avec madame Thierry. Elle examina la façade du petit édifice, et remanpia (|ue la porle (jui donnait sur lo lond du jardin ('tait restée fermée en dehors, comme lorscju'il n'était pas habité. Madame Thierry n'avait (pie la vue des massifs (jui lui mas(piaient rh(*)tel et une partie de la pelouse principale. Klle n'avait même pas le droit de s'asseoir au soleil, le long de son mur, au pied de ces arbustes fleuris qui entraient jus([iie dans son ajjparteinenl. cl ([u'elle n'avait j)as non plus le droil dt-laguer. A plus forte rais(m lui ('lait-il interdil. parler conditions d(* son bail, de faire (pichpics pas sur le .sable de l'allée qui Ion;^eail le mur de la nie. \\\'v\\ la porte était
condamnée, et la locataire n'avait fait adresser auninn demande importune à ce sujet.
11 est vrai de dire que la comtesse avait attendu cette demande avec la résolution d'y souscrire; mais elle avait à peine remarijué le sentiment de crainte ou de fierté qui avait empêché madame Thierry de la lui l'aire. Klle s'en avisa en ce jour de retour sur ellemême et se reprocha de n'avoir pas prévenu le désir présumahle de la pauvre veuve.
— Si c'eût été quelque ^^'ande dame ruinée, pensa- ,-elle, je n'aurais eu garde d'oublier les égards que 'on doit à l'âge ou au malheur. \oilà encore une preuve de ce (jue je disais l'i la baronne' : on nous iuLsse l'esprit et on nous dessèche le cœur en nous îlevant dans lespréjUgés du sang. Je me sens égoïste 't im})olie envers cette personne qu'on m'a dit être ntiiiimciil respectable et lort gênée, (lomment ai-jr )ul)li('' ce ([ui ('t. lit un devoir? Mais voici une occasion )Our tout r(''j)ar('r et je ne la perdrai pas; car j'ai )esoin aujourd'hui de me réconcilier avec moi-même.
La comtesse a[)j)rocha résolument de la croisée et oussa deu\ ou trois fois l'onmic pour avertir de sa iréseiice, et, conmic^ persomie ne bougeait, elle se lasarda à frapp<;r contre la vilre déjxdie.
Julien était sorti; mais madame ïhi«'rry était eiieoi»' à. Surprises elle |)arul,et, en voy.ml cette Indle dame [u elle connaissail bien de \ ne, mais à lacpieile jamai> ncore elle n'axait adi'e^>e l.i p.iiul •, tllc ouvrit >a enêtre toute .:;rande.
— l'ai'ciomiez-nioi, ina(lain(\ lui dil la coiiitiisse, cette niaiiicTc (rentrer en relation avec vous; mais je suis encore, un jxîu en diMiil eonnne vous voyez, je ne fais pas encore de visites, et j ai, si vous le permettez, quekiue chose à vous dire. Pouvez-vous, d'où vous êtes, me donner audience un instant?
— Oui certes, m;idame, et avec un tr«.'s-grand plaisir, répondit madame 'l'iiierry sur un Ion d'aisance (li{^iie et enjouée qui n'avait rien de la petites bourgeoise éblouie d'une avance.
La comtesse fut frappée de sa figure distinguée, du bon goût de sa tenue, de sa voix douce et de je ne sais quel parfum d'élégance répandu dans toute; sa personne.
— Asseyez-vous, je vous pri(% lui dit-elle en voyant le fauteuil placé dans l'intérieur de l'épaisse embrasure, je ne veux pas vous tenir debout.
— Mais vous, madame ? reprit la veuve en souriant. Ah! voici une idée! Si vous le permettez, je vous passerai un siège.
— Non, ne prenez pas cette peine !
— Si fait ! \()ici une chaise de canne fort légère, et, à nous deux...
Toutes deux, en etfet, tirent |)asscr la chaise de canne par-dessus l'appui de la croisée, lune la soulevant, l'autre hi recevant, et souriant toutes deux de cette opération familière qui leur inq)rovisait une sorte d'intimité.
— Voici ce que c'est, dit madame d'Kstrelle en
s'asseyanl. Jusqu'à présent, vous demeuriez dans une maison appartenant au marquis d'Estrelle mon beaupère: mais, d'aujourd'hui, vous demeurez chez moi, M. le marquis m'ayant l'ail don de cette maison. J'ii,'nore encore les conditions de votre bail; mais je présume qu'il <'n est une que vous consentirez à modifier.
— Veuillez me dire laquelle, madame la comtesse, répondit la veuve en s'inclinant légèrement et avec une expression de visage un |)eu assombrie par la crainte de quehjue vexation.
— (l'est, répondit la comtesse, cette vilaine porte fermée et verrouillée entre nous qui m'oHusque. Si vous m'y autorisez, je la fais ouvrir dès demain. Je vous en remets les clefs, et je vous invite à prendre l'exercice et la distmction de la j)rom(Miade dans mon jardin autant fpi'il vous i)Iaira. Ce sera pour moi un plaisir de vous y rencontrer. Je vis fort seule, et, si vous voulez bien vous reposer quelquefois dans la niai>on (pie j'iiahitf. je f.'iai iikui possible pour (\iw vous ne soyez pas mécontente de miwi voisinage.
La tigurede madame Thi«'rry s't'tait l'claircie. L'offre (le la coinlesM' lui taisait un viai plaisir. Noii'à toute lieui"e un ! eau jardin et n'y pouvoir poser le pied est une sorte de supplice. Kn outre, elle fut vivement touclK'e de la grâce de riiivitalion. et comprit tout de suite (pTelle avait affaire à une fennne de cirur parfaiteuieiil aimable. Klle remercia avec une cordiaiili* charmante, sans rien peidre de la diiruitt» douce de
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ses maiiirirs, cl loiit aussitôt l'entretien s'eiif-a^'ea eiilre elles coinine si elles se fussent toujours connues, l;ml leur synipatliie fui siihile et récipnxiue.
— Vous vive/ seule? disail madame ïliici'i'v: mais eVst par situation niomentanée, et non par i^oût?
— C'est aussi par crainte du monde et méfiance de moi-même. Kt vous, madame, est-ce que vous l'aimez, le monde?
— Je ne le haïssais pas, dit la veuve. Je l'ai (luilté par amour, je l'ai oublié, puis je l'ai retrouvé sans eflbrt et sans enivrement. Knfin je l'ai quitté de nouveau par nécessité et sans re^rret. Tout ceci vous paraît un peu obscur?
— Je sais f|ue M.Thierry avait une faraude aisance, de belles relations, qu'il allait dans le monde, et qu'il recevait chez lui l'élite des gens d'esprit.
— Mais vous ne savez pas notre vie d'auparavant? Elle a fait un peu de bruit dans le temps; mais c'est déjà loin, et vous êtes si jeune!
— Attendez ! dit la comtesse. Je vous demande |)ardon de mon oubli. A présent, je me souviens : vous aviez de la naissance?
— Oui. j'(''tais mademoiselle de Meuil, d'une boiuie famille de i^entilshommes lori'ains. J'étais même assez riche, si je consentais à me marier au i,n('' de mes tuteurs. J'ai aime'' M. Tliieri y. qui n'(''taif alors (ju'nn petit artisan sans nom et sans avoir. J'ai tout quitté, j'ai ronq)U avec tout, j'ai tout pei'du pour devenir sa femme, l'eu à jx'u il est devenu célèbre, et, en même
temps qu'il lui venait des ressources, je recueillais mon héritage. Nous avons donc été récompensés de notre constance, non pas seulement par trente ans d'amour et de bonheur, mais encore par une certaine prospérité dans notre vieillesse.
— Alors, à présent...
— Oh! à présent, c'est autre chose!... Je suis heureuse encore, mais autrement. J'ai perdu mon hienaimé compagnon, et avec lui toute aisance; mais il me reste des consolations si grandes...
Madame Thierry allait parler de son fils, lorsqu'un valet en livn'e vint dire à la comtesse que sa vieille ami<' madame Desmorges l'attendait ii l'hùtel.
— Demain, dit Julie à madame Thierry en se levant, nous causerons tout à notre aise, chez vous ou chez moi. Je veux savoir tout ce qui vous concerne, car en vérité je sens (pie je vous aime, l'ardonne/.-moi de vous le dire comme cela, mais c'est comme cela! Je vais recevoir une persomie âgé(î que je n»; puis faire attendre ; mais en même temps je donnerai des ordres pour ipir les ouviiers s«»ient ici demain, et pour qui» voile prison soit ouveite.
Madame ïliiei'iy resta eiichaiit«''e de madame d'INtrelle. l'.lje «'tait vive »'t spoillauée . jeune df ('(eur toujours, enthousiaste, pour avoir veru dans le foyer d'euthoiisiasuie d'un artiste aiin»', et assez, romanes- (pie, comme devait lêlre une femme cpii avait tout sacrifu'' à l'amoui'. hans h' premier mouvement, elle eût racouti' avec feu à son liis ee «pii venait de se