‹ AntoniaChapitre 5 sur 18 · A N ION I · texte numérisé non relu

A N ION I

l)assri': mais il ii'«''tait pas là, elUt s'in^rnia il lui méiial^el' la siir[)risr doiil rjlr venait de joiiii". Bien des fois, (*n passant d'une sorte d'opulence relative à leur état présent de f^éno et d(î souci, Julien s'était alarmé des privations (pii menaçaient sa mère. Ils avaient eu à Sèvres une jolie maisonnette, avec un beau jardin où madame Thierry cultivait elle-même avec amour les Heurs (jui s(M'vaienl de modèles à son mari et à son tils. il avait fallu tout vendre. Le c(eur de Julien s'était serré en voyant la pauvre vieille enfermée, à Paris, dans ce pavillon. lout- nour le prix le plus modique. Il avait espéré d'ahon! (juelle pourrait jouir au moins (les enclos environnants; mais le hail lui avait appris (pie ni M. le marrpiis d'Fstrelle, leur propriétaire, ni l<' riche Thierry, leur proche voisin et leur pn)clie parent, ne les autorisaient à se promener ailh'urs (jue dans la rue . encore encombrée de maçons et de matériaux pour les constructions nouvelles.

— 11 s'est plaint amèrement de cette porte condamnée, se disait madame Thierry en songeant à son tils. 11 a eu dix lois ridt'e d'aller demandera la comtesse de lever pour moi l'interdit, en s'en^^aiieant, lui. sur l'honneur, à ne jamais franchii* le seuil du pavillon. Je l'ai empéclu' de taire une (h'-marche qui eût pu nous attirer des humiliations. Comme' il va être content de nie^xoii" en lib-rl/'! Mais conniienl m'y preiitli'ai -je pour taire de ceci un \h'[\1 couj) de théâtre".' Si je lui donnais un»' comunssion pour demain matin, jiend.uil le liaxail de^ ».u\ners?

Klle arraiij^eait sa surprise dans sa tête, ((uainl lulien rentra pour dîner. La chaise de canne était încore auprès de l'appui de la croisée. En dehors, et îontre cette chaise, par terre, madame d'Estrelie avait aissé fflisser etoubhé son ombrelle blanche (on disait dors un jinrasol). Madame Thierry était passée dans ;a cuisine poni' dire à son unique domestique, une (rosse servante normande, de rentrer la chaise. Elle l'avait pas ai^erçu l'ombrelle. Julien vit donc ces deux )bjets sans être [)n'venu de rien. Il (h'viiia >ans com- )ren(lre: il <'Mt un éhlouissement, un battement de 'o'Mi'. et sa nièi'e le tntuva si bouleversé, si ému. si •transe, rpi'elle eut pi'uw croyant qu'un malheur renail de lui ai'i'iver.

— Ou'<'st-ce tloiie? lui (lia- 1- elle en accourant ■er's lui.

— Hieii. mère. r(*pondit .lidien après un peu de utte avec lui-même [)our surmonter son ('undion. .le iuis vt'uu vite, j'ai eu ti'ès-chaud, la fraîcheur de 'aleliei' ma saisi, .l'ai faim, dinons; lu m'expliipieiMs i table ce (pie sii^nilie la visite (pu' tu as reçue...

Il iTiiha la chaisi', déplia et replia le païasol. le iiil lonj;temj)s dans so mains, alleelaiit un aii' d'inioiieiance ; mais se.s mains trend)laienl. ri m»ii rej^ard le iiouvail soutenir celui i\t' >a nièi'c.

— Mon Dieu! se dil-elle iiit(''riein«'nieiit , est-ce (pie re redoubleiiieni (\c lii>te>se depuis (piin/c jours, îsl-ce (pie ce relus de (liaiiter . ces sou|>ir.s étoutl'és, ;es alI•^ un peu bi/a!re>. ce maïKpie de sommeil el

3i ANTONIA.

(l'apiu'til viendraient?... Mais il ne la connaît |)as, il" l'a ;^ peine entrevue de loin... Ali! mon pauvre enfant, serait-il possible?...

Ils se mirent à tal)I<'. Julien questionna sa mère avec assez de calme. Klle lui raconta la visite de la comtesse avec beaucoup de ménai^emcnfs et en renlermant en elle-même l'élan de co'ur qui l'eût rendue éUxpiente sur ce sujet, sans la découverte (ju'elle venait de fîiire ou le danjjer qu'elle conmiençait à pressentir.

Julien se sentit observé par sa mère, il s'observa lui-même. II n'avait jamais eu de secret pour elle ; mais, depuis quelques jours, il en avait un, et la crainte de l'alarmer le i-endait dissimulé.

— Cette démarche de madame d'Kstrelle, dit-il, est d'une honnête et safîe personne. Klle a compris.... un peu tard peut-être, les éi:ards (ju'elle te devait... Sachons-lui ^vé de son bon cœur. Tu lui as dit, j'imagine, que j'avais assez de savoir-vivre pour ne pas me croire compris dans la permission fju'elle t'accorde?

— Cela allait sans dire. Je ne lui ai j)as du tout parlé d«' toi.

— Au fait, elle ignore prol)abIement que j'existe, et, pour ((u'elle ne se reptMite pas de ses gracieusetés, tu feras peut-êti'c aussi bien de ne jamais lui parler de ton fils.

— Pourquoi ne lui en parlerais-je pas? Cela viendra ou ne vi<Midra point, selon les hasards de la conversation.

~ Tu conij)(es donc la l'cvoir s(»uv('nt? iiller chez ille peut-ètro?

— Lu rencontrer au jardin, c'est indubitable; aller hez elle, cela d(''pendra de la durée de son l)on ccueil.

• — Klle a été ainial)le?

— Fort aimable et naturelle.

— Kl le a de l'espril?

— .le ne sais pas; elle a, je crois, du bon sens.

— Aucune mori-ue de trrande dame?

— I!lle ne m'en a pas montn''.

— Kst-elle j(;une?

— Mais oui.

— Et assez jolie, à ce (jifon dit?

— \b (,';\ ! tu ne l'as donc jamais vue?

— Si lait, mais dr loin, fe ne mesuis jamais trouvé irès des fenêtres (juand elle passait par notre allt'c.

— Tu sais pourtant (pi'cllc y |)asse Ions les jours?

— (l'est toi qui nu; \v (li>ai>. Tu me ci'ois donc lien curieux de retjarder 1rs licllt s dames ([ui jiasent? Je ne suis plus un «'colicr, ma pctitr maman. ^ suis un lionnnc, cl j'ai IVspril mûri par Irs cata- Iroplies.

— As-tu donc appi'is encore (pichpic cIkisc de l'àln'ii\ clic/ Marcel?

— Au contraire, roiiclc Aiiloinc a ri-poiidu pnin"

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