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Une des bohémiennes nous proposa bien de les lui vendre, pour en faire deux enfants perdus de sa tribu, et l’aider à gagner son pain, dont elle leur donnerait la moitié. La charmante expression de visage des deux jumeaux attirerait, disait-elle, les regards des passants, et multiplierait les

ANTONIELL A. .

aumônes. Mais, quand nous vîmes comment elle pinçait la peau sous la chemise d’un nourrisson qu’elle portait sur son dos, pour exciter la pitié du peuple par ses larmes, nous reculâmes d’horreur, et nous dîmes :

« Va-t’en ! et ne repasse jamais devant la maison de vraies mères! »

Je disais les mères , parce que l’amitié

que j’avais pour Annunziata, et celle que

les jumeaux avaient conçue pour moi en couchant pêle-mêle sur nous deux, ne leur laissaient pas sentir de qui ils étaient nés, et qu’ils nous appelaient indifféremment l’une et l’autre du nom de mère.

La bohémienne s’en alla en riant de notre scrupule, et nous prophétisant que nous ne tarderions pas à nous repentir de

ANTONJELLA.

ne pas avoir vendu ceux que nous ne pouvions plus nourrir.

« Si vous étiez libres toutes les deux, nous disait-elle, vous vous placeriez dans de bonnes conditions, et vous seriez heureuses, au lieu que ces enfants vous clouent à la maison et à la misère, et vous font mourir, vous deux qui êtes encore jeunes, de la faim dont vous ne sauriez défendre ces marmots! »

Mais rien n’y fit : l’amour que nous ressentions pour eux était plus fort que la mort.

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