‹ AntoniellaChapitre 16 sur 32 · A X TU M EL LA · texte numérisé non relu

A X TU M EL LA

rection, dans la maison des Repenties, des mauvaises mœurs dont j’avais eu, depuis mon enfance, l’exemple sous les yeux.

On applaudit, on pleura. Toute la rage s’alluma et se tourna contre mon amie.

Annunziata, consternée d’étonnement, ne savait si elle écoutait un rcve ou une imprécation contre elle-même dans cet éloquent discours. Elle pleurait et n’était pas capable de répondre. Son défenseur, atterré par son silence, ne parla que de son repentir et de la croyance où elle était que l’enfant jeté dans le fleuve avait cessé de

vivre. Mais le cri de la victime au moment où elle avait été lancée à l’eau lui répondait, en incriminant trop l’intention meurtrière d’une femme aussi expérimentée

qu’Annunziata.

« Qu’avez-vous à ajouter pour votre justification? lui demanda le président.

— Rien, dit-elle, si ce n’est que l’accusation de la pauvre Antoniella est la preuve de sa folie ; qu’elle n’est jamais accouchée chez moi; que je n’ai point tué son enfant pendant qu’elle servait aux miens de seconde mère; que je serais morte plutôt que de commettre un tel crime, et que je vous supplie de lui demander une dernière fois si elle persiste dans son accusation. »

A NTO N 1 DLL A.

Elle me voyait à deux pas d’elle, la regardant tendrement, pendant le discours du procureur général , et fondant en larmes; elle ne doutait pas que ce ne fussent des larmes de repentir, et que je ne m’empressasse de démentir, au dernier moment, l’horrible rêve que, sans qu’elle comprît pourquoi, j’avais débité contre elle.

Le président m’interrogea avec douceur;

« Persévérez-vous, me dit-il, à déclarer *

devant Dieu et devant les hommes que vous êtes accouchée pendant votre séjour chez

Annunziala; qu’elle vous a conduite, sous de pieux prétextes, à la tombe de votre père; que vous y avez mis au monde un enfant, et que vous vous êtes ensuite évanouie ; qu’à votre réveil, vous avez trouvé votre enfant à demi enseveli dans le sable; qu’Annunziata l’en a retiré pour aller au IJ ri, jeter le corps accusateur dans les vagues ; que vous avez vous-même porté le corps inanimé dans votre tablier; qu’arrivée * près du Li ri débordé. Annunziata l’a pris par les pieds et lancé au milieu du fleuve; enfin, qu’un léger cri est sorti de sa bouche et a prouvé qu’il était vivant? »

Tous les regards étaient tendus vers moi, et surtout ceux d’ Annunziata, pour

attendre et en quelque sorte pour m’arracher ma réponse. Je la regardai en face

ANTON! KLLA.

sans pâlir, au fond des yeux, comme pour la pénétrer de ma pensée secrète et lui dire : « Ne me démens pas, ne me méprise pas si je t’accuse ! » Puis, me levant et me raffermissant dans mon imposture :

« Oui, répondis-je d’une voix assurée et forte, je persévère à avouer notre crime.

J’ai mis au monde un enfant, aidée et secourue par Annunziata. Nous étions seules dans la nuit au tombeau de mon père; elle a d’abord enseveli mon fruit dans le sable, puis elle a changé d’avis, elle m’a remis le corps de l’enfant dans mon tablier, et, arrivée au bord du Liri, au clair de lune, elle a pris mon enfant par les pieds, et elle l’a lancé, tout vivant, dans le fleuve; en tombant dans l’eau, il a poussé un léger cri que j’entends toujours. C’est là la vérité ! »

ANTOMKLLA.

L* auditoire, à cette affirmation, poussa une exclamation d’horreur.

Annunziata retomba évanouie sur son banc. Cet évanouissement attesta ma véracité et son crime. On l’emporta convaincue dans son cachot. Je demandai à y être conduite moi-même, pour lui donne*' des soins et des exhortations, jusqu’au jour de son jugement. On m’accorda cette grâce, et on me jeta sur la même paille qu’elle dans le même cabanon.

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