‹ AntoniellaChapitre 17 sur 32 · LXXVII · texte numérisé non relu

LXXVII

« Que je te plains! me dit-elle avec une ineffable douceur, quand elle me reconnut.

■ A N TONIE LL A.

Tu m’êtes la vie, à moi qui t’aurais cent fois donné la mienne ! Mais je ne t’en veux pas. Il faut que les souffrances que tu as subies avec moi et mes malheureux nourrissons t’aient troublé ta raison et égarée jusqu’au froid délire dont tu viens de me donner 1a preuve !

— Eh bien, tu te trompes, lui répondis-

je. Je jouis de toute ma raison, et c’est avec

une connaissance complète de mon mensonge et de mon ingratitude envers toi que je t’ai accusée en m’accusant moi-même de notre crime imaginaire.

— Que veux-tu dire? et quel a donc été ton odieux dessein? reprit-elle. De tous les biens dont Dieu avait comblé le commencement de ma vie, il ne me restait qu’un nom intact, et dans mon pauvre cœur sur-

vivait le sentiment d’une conscience incapable d’un crime; et c’est toi, toi que j’ai élevée et nourrie avec plus d’amour que mes propres enfants, qui m’enlèves, par une infâme imputation, ce que j’appréciais plus que cent mille vies, c’est-à-dire l’honneur d’une vie sans tache!... Encore une fois, explique-toi, et rends-moi, aux yeux • des hommes, l’innocence dont tu les as fait douter !

— Non, répondis-je à la malheureuse Annunziata en précipitant mes bras à son cou et ma tête sur son sein ; non ! je ne te la rendrai jamais, que quand il sera trop tard sur la terre pour que tu jouisses de la réparation... Alors, alors seulement, je tomberai à tes pieds, et je te rendrai ta vertu devant les hommes; et le poids de l’indi-

AÏSTONIELL A.

gnation publique m’écrasera à mon tour, et la pitié du monde te suivra dans le ciel,

où tu n’auras fait que me précéder !

— C’est le langage d’une insensée I s’écria Annunziata, comme épouvantée de \ ma démence.

— Eh bien, repris-je, insensée ou non, je conduirai mon crime jusqu’au bout. Et, puisque tu veux savoir qui m’y a poussé, apprends que c’est toi-même, et que, si c’était à refaire, je le referais encore. »

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