CXV
Cependant la police de la province avait fait venir de Naples les pièces relatives à l’exécution d’Annunziata, à la sédition des affidés de Lorenzo, au renversement de l’échafaud, à l’enlèvement et à la fuite d’Antoniella avec son libérateur. On résolut d’envoyer les coupables, sous la garde de la gendarmerie, à Naples pour punir Lorenzo et pour obtenir des renseignements sur la complicité d’Antoniella.
Au bout de deux mois, Lorenzo fut assez guéri de sa blessure pour pouvoir être mis en route sur la paille de la charrette des
prisonniers, accompagné par les gardiens.
Triste et doux à la fois fut ce voyage : Antoniella allait recouvrer son innocence, Lorenzo affronter son supplice; ils se juraient tout bas l’un à l’autre de ne pas se survivre si la rigueur des hommes venait à infliger à l’un des deux la peine de mort que l’un avait encourue par une généreuse fiction, que l’autre avait bravée par confiance dans la vertu de celle qu’il aimait, contre la propre confession de son crime.
Arrivés dans le golfe de Sainte-Euphémie, on les tira de la voiture et on les porta dans une felouque de la marine militaire, qui devait les transporter à Naples, pour y être remis aux juges et au gouvernement.
Leur perte paraissait assurée et prochaine.
Qui pouvait sauver Lorenzo de la faute
ANTONIELLA,
qu’il avait commise contre la justice, en dérobant sa victime à l’échafaud?
Le vent souffla favorable; le soir même, la felouque militaire vola comme un oiseau de proie sur l’écume de la mer; il changea la nuit suivante, souffla en foudre et les conduisit loin de la côte napolitaine, au delà du cap Bon et du rivage sicilien, dans le bras de mer orageuse qui sépare de l’ancienne Carthage Tripoli d’Afrique et les lagunes de Tripoli.
Le pilote calabrais, ignorant de ces parages, sentit la vague se calmer; mais en
ANTONIF.LLA.
doublant le cap Bon pour regagner la mer d’Italie, il fut aperçu par un brigantin du Maroc, en guerre alors avec Naples, et enlevé comme une proie pour être conduit au port.