‹ AntonineChapitre 4 sur 10 · VII · texte numérisé non relu

VII

Allons-nous suivre la voiture qui emmène Nichette? alionsynous suivre la noce qui sort de la petite église de Nice?

Faisons comme les égoïstes et les flatteurs, suivons les gens heureux.

Gustave Tétait, et tout le monde l'était autour de lui.

Les brises froides étaient tombées, et le soleil précoce du midi faisait éclore les premières feuilles. Pour tous, c'était le printemps; pour Edmond c'était la santé.

- Tout le monde, à Nice, avait eu connaissance de la maladie d'Edmond, tout le monde fit accueil à sa convalescence. On félicitait la mère, on félicitait H. De-

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▼auXy et rien n'était touchant h voir coiuiQf} ce i^uw homme, pâle et faible encore, souriant à I4 vie, qiji y revenait, s'appuyait sur sa jeune femme, rayopn^jitp (Je beauté et de dévouement.

Le mariage de Gustave fut comme W f30coiu} m2^riage pour Edmond. Il lui rappelait le sien d^bqrd, §(, devant le prêtre qui bénissait les fiançailles dis Plument, Edmond prit m »OUVel engagemept yi^-rpi-yis d'Amopipe,

Gustave auprès de J^aurence, madame d^ F^reu^iç 41}près de M. Dev^y:^ , priaient Dieu avfic Jpute 1^ ferveur des cœurs recennaissants. De douces larmes baptisèrept

Ç6tt9 pie^s^ journée,

-T- \ moips que ton mari pe recommence uu^ imprudepce pareille à cel)9 qu'il a commise il y a d^u^ mois, avait dit le docteur à ^ fille, il n'y a jriep A craindre pour lui. Il est sauvée

Edmond eptr^it donc d^ps une nouvelle vi^ désorfPiais sans tristes^, puisgp^lte devait éfre s^ps inquiétude.

Aussi spQ cour s'ouvrait'il à tout ; dans le ichemin qu'il parcourut de sa maison à l'église et de l'églisç à sa maisop, rien pe lui fut ipdifférent. L'existepçe pt la A>rce que Pieu rendait à la pâture se reflétaiept ep lui,. Il avait le printemps dansje fid^nv, Au^ fleurs nouvellement écloses, faibles encore 3ur Jepr première tige, se fumant vers leur premier splei) ; ^px feuilles qui s'entr'opvr^ient à U chaleur du jour et qui at^pd^ii^nt du lendemain une sève nouvelle, à la douce ct^^l^pr d'un air attiédi par le retour du printemps; à toutes

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les promesses annuelles de la terre, Edmond donnait son âme en comparaison.

Ces fleurs faibles encore et que chaque jour faisait plus grandes et plus parfumées, ees feuilles qui n'étaient encore que bourgeons et qui bientôt jetteraient Tombre autour d'elles, cette tiède respiration d'un monde qui sort de Thiver, tout cela, c'était lui, c'était l'image du bonheur que Dieu lui faisait et des douces espérances qu'il lui permettait de reprendre.

Un regard d'Antonine résumait toutes ces merveilles printaniéres, et Edmond sentait l'amour, cette vie de Tâme, rentrer en lui avec la santé, cette vie du corps.

Son sang circulait sans effort dans ses veines. Il respirait librement. Il regardait avec plaisir tout ce qui l'environnait. Il semblait dire aux enfants qui couraient : «Bientôt je pourrai faire comme vous!... ji Son bonheur était sans défiance et marchait devant lui pour lui montrer le chemin. H était le conquérant précédé des flûtes et des hautbois du triomphe. Tout chantait en lui et autour de lui.

Il entendait s'éveiller des voix inconnues jusqu'alors. Les dix mois qu'il avait vécu auprès de sa femme s'évanouissaient comme une minute devant les longues années que l'avenir lui promettait. L'amour qu'il avait eu pour elle lui semblait n'être rien à côté de celui qui l'animait. H faiiuiit auprès d'Antonine les rôves qu'on fait auprès d'une belle fiancée qui n'a encore rien dévoilé de ce qu'elle peut offrir à celui qu'elle aime.

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Edmond était plus qu'amoureux. Il se sentait poëte. Ses impressions tombaient de son âme en strophes toutes rimées, et il avouait qu'il n'avait jamais été si joyeux.

Avoir cru sa vie bornée et l'avenir renfermé en deux années, s*être dit à chaque jour qui passait : a Encore un pas certain vers la tombe; » avoir souffert à Tavahce de ce qu'on souffrirait un jour, à l'idée de quitter la vie, la jeunesse, sa mère, une femme aimée et renaître tout à coup et recommencer à espérer ; naufragé perdu, se réveiller tout à coup sur un rivage en fleurs, au milieu de tous les enchantements de la nature, et de l'âme, n'était-ce pas, en effet, un bonheur au-dessus de toute expression, et ne pas l'avouer, n'eût-ce pas été ingrat et sacrilège?

La petite maison de la route de Nice laissait, elle aussi, déborder la joie qu'elle abritait. Les fenêtres s'ouvraient gaiement au soleil, et lui offraient des corbeilles de fleurs. Du chèvrefeuille courait le long de ses murs , et le voyageur qui passait ne pouvait s'empêcher de remarquer cette blanche maison aux persiennes vertes et d'où s'échappait presque toujours quelque chant, comme d'un nid d'oiseaux.

Jamais on n'avait vu tant de gens heureux sous le

même toit. Les joies qu'Edmond n'avait encore qu'en

souvenir et en espérances, Gustave les avait en réalité.

Depuis qu'il avait épousé Laurence, il se demandait

comment il avait pu vivre avant de la connaître. Cet

amour, jeune, naïf, ardent, dont il recevait la première

expansion, au sein d'une nature jeune comme lui,

pleine de rayons, de parfums et de chants, lui faisait comprendre des sentiments qui dormaient en lui et qu'un mot avait réveillés.

Tous les matins Gustave montait à cheval avec sa femme, et, de leur fenêtre, Antonine et Edmond, qui ne pouvaient encore les accompagner, les suivaient des yeux jusqu'à ce qu'ils les vissent disparaître dans le tourbillon de poussière que soulevaient leurs chevaux.

La lecture et la musique étaient ensuite les deux grandes occupations de la journée. Hugo, Lamartine et de Musset étaient les poètes favoris ; Schubert, Weber et Scudo étaient les compositeurs aimés.

Tantôt Laurence, de sa voix souple et vibrante, lisait une des mélancoliques rêveries de nos trois poëtes; tantôt Antonine, de sa voix douce et sympathique, chantait ou la Sérénade ou le Fil de la Vierge, cette simple mélodie, tendre comme un ehant du cœur, simple comme un chant d'église.

Chacune de ces choses jetait Edmond dans une extase indéfinissable. Elles correspondaient si bien à ce qu'il éprouvait; l'amour, la foi, étaient si vrais en lui; la mélodie amoureuse ou sacrée trouvait si vite une sœur dans l'âme du jeune homme, qu'il croyait pouvoir vivre l'éternité dans ce tranquille emploi de ses jours.

Antonine et Laurence étaient unies par une étroite amitié. Elles étaient devenues les confidentes Tune de l'autre. Deux jeunes filles mariées récemment ont tant de choses à se dire quand elles savent qu'elles peu-» vent tout se confier, quand leurs cœurs sont en sym*

patbîe, quand Vamour qu'elles ressente

de plus channant que leurs causeries

uaïf récit de leurs nouvelles impres

avait raconté à Laurence comiïieDt elle

mond, comment la maladie dont il et

remplie d'une douce pitié pour lui

avait cru voir, dans la rencontre qu'el

jeuûe homme, un conseil de la Provic

tait dans ses mains l'avenir du malade

ïité de son bonheur pendant les joi

vivre.

— C'est votre mari qui a fait tout ce! sait Antonine; c'est lui qui tn*â fait pré h résolution d'être à Edmond ou de n' C'est à Gustav^^ que je dois mon mariai tnond ! je he savais encore si je Taim^ éclairëe; et/ maintenant, je remercie j'ai fait. Comprene2-vous, Itii qui ne i deux ans, lui que ]*avais épouse avec fatale qu'il me laisserait bientôt veuv( Sauvé, voilà que Tâvenlr des autreâ e que de longues années nous sont p notre horifeoii se renouvelle! Jeunes te tous deux, nous aimant comtfle au pre peut-être, avec des amis comme voui comme le mien, une mère comme mat que pouvons -nous Bouhaiter et que craindre? '

— Rien, en effet, dit Laurence.

— Aussi nous ne nous quitterons {

rons qu'une même famille. Le voulez-vous? Nos maris s'aiment comme deux frères.

— Nous nous aimerons comme deux sœurs, interrompit madame Daumont en embrassant Ântonine.

— Nous quitterons ce pays, continua celle-ci; M. et madame de Hortonne aiment le changement. Nous voyagerons, rian ne nous retient; nous suivrons les hirondelles ; nous serons heureux partout où l'on peut être quatre, s'aimer et se le dire.

Madame de Përeux se mêlait le plus souvent à ces conversations intimes, et la sainte mère, dont la vie était dans la vie de son fils, ne demandait qu'à ne pas les quitter, sachant qu'elle serait bien partout où il serait.

M. Devaux avait fait sur Edmond une admirable cure. Chaque jour la santé du malade devenait visible : ses joues se coloraient, toute fièvre avait disparu, le sommeil était sans agitation. L'esprit seul avait conservé une teinte un peu mélancolique , dernier reflet du mal qui s'effaçait.

Il y avait quatre mois que M. Devaux était arrivé à Nice quand il dit un jour à Edmond :

— Allez, maintenant voito êtes guéri; moi, je retourne auprès de mes autres malades, que j'ai quittés pour vous.

Edmond et Antonine se regardèrent.

— 11 n'y a plus rien à craindre t demanda la jeune femme.

— Rien, je te le répète

— Edmond n'a pas plus à redouter Tair de Patis que Fair de Nice?.

— Non.

— Ëh bien , qui nous empoche de repartir avec toi?

— Cela me ferait bien plaisir, mes enfants.

— Rien ne nous retient ici, ni nous, ni Gustave, ni sa femme, ne nous séparons pas de vous, fit Edmond en tenant la main du médecin, cela nous porterait peut-être malheur.

— Partons tous ensemble, alors!

— Oui, j'ai hâte de revoir notre petite chambre, dit Ântonine en se jetant au cou de son mari; cette chambre où nous nous sommes tant aimés et où nous nous aimerons encore, n'est-ce pas ?

Un baiser servit de réponse.

Il fut convenu que Gustave et Laurence demeureraient dans la môme maison, si cela était possible ; sinon, dans la même rue qu'Edmond et Antonine, et que l'on ne se quitterait pas plus à Paris qu'à Nice.

On fit aussitôt les préparatifs de départ, et, deux jours après qu'il avait été convenu, deux chaises de poste attendaient les deux familles à la porte de la petite maison.

Ântonine ne put retenir quelques larmes en la quittant. Elle avait comme un pressentiment qu'elle abandonnait là une partie de son bonheur. Avons-nous besoin d'expliquer tous les souvenirs qu'elle y laissait et qui lui souriaient au moment de son départ?

Quant à Laurence, qui avait hérité des goûts no-

mades de son père^ elle ne regrettait jamais le pays qu'elle quittait.

— Ma mère^ dit tout bas Edmond à madame de Péreux, dis que tu veux passer par Tours en revenant à Paris.

— Pourquoi? demanda madame de Péreux,

— Parce que j'ai un pèlerinage à y faire. ' Madame de Përeux fit ce que voulait son fils^ et Ton

arriva à Tours.

En descendant de voiture^ Edmond dit à . Gustave^ qui ne Favait pas demandé, mais qui devinait pourquoi Edmond avait voulu venir à Tours :

— Tu n^s rien à dire à Nichette ?

— Tu vas la voir? demanda celui-ci.

— Oui, je lui dois bien cela.

— Serre-lui la main de ma part, voilà tout.

— Tu ne veux pas venir avec moi?

— n vaut mieux qu'elle ne me voie plus.

Edmond s'enquit de mademoiselle Charlotte Taosh saint. On lui indiqua la rue où était son magasin. Il s'y rendit.

C'était dans la rue de ***, un petit magasin bien coquettement simple, dont l'étalage se composait de bonnets, de broderies, de rubans de toutes sortes.

Avant d'entrer, Edmond regarda à travers les vitres du magasin.

Nichette était assise au comptoir. La pauvre petite était bien pâle, et portait une robe noire, connue si elle eût été en deuil. Elle travaillait.

c( Que de choses se sont passées, se dit Edmond, de-

puis que je Tai vue, pour la dernière fois, travailler ainsi à sa fenêtre!... d

Il entra.

En entendant quelqu'un, Nichette leva la têtç, et, reconnaissant Edmond, elle poussa un cri.

Edmond s'avança vers elle, les bras ouverts; elle s'y précipita, les yeux inondés de larmes.

Rien n'eût été plus éloquent que cette émotion.

— Comment allez-vous, Edmond? dit Nichette quand elle fut un peu remise, et avec la ferme intention de ne pas parler de Gustave.

— On m'a guéri, ma bonne Nichette, je suis sauvé.

— Tant mieux I Combien je remercie Dieu de cela. Vous êtes seul ici?

— AvecAntonine et...

— Et? demanda Nichette en pâlissant malgré elle.

— Et ma mère.

À l'intonation involontaire qu'Edmond donna à sa réponse, Nichette comprit que Gustave était dans la ville avec sa femme, et qu Emond le lui eût dit s'il ne l'avait vue pâlir.

— Vous retournez à Paris? demanda Nichette.

— Dans un instant. J'ai voulu m'arrêter à Tours pour vous embrasser, ma bonne Nichette, et vous dire combien je vous aime toujours.

— Je ne passe pas de jour que je ne songe à vous et au temps où je vous voyais si souvent. Vous rappelezvous nos petits dîners de la rue Godot? C'était le bon temps, pour moi du moiu3.

Et Nichette sentit de nouveau les larmes mouiller

ses yeux. Edmond lui-même n'était pas maître de son émotion, et, en voyant le chagrin de la pauvre fille, il se demandait comment Gustave avait eu le courage de la quitter.

— Ne parlons plus de cela, fit Nichette en essuyant ses yeux. Votre mère, votre femme, se portent bien et vous aiment toujours?

— Oui.

— Soyez heureux, Edmond, c'est un de mes vœux les plus chers.

— Et vous, Nichette, ôtes-vous heureuse ici ?

— Oui, fit-elle avec un soupir; aussi heureuse que je puis Têtre. Charlotte est une bonne fille, notre petite boutique est connue ; oui, je suis heureuse.

Rien ne pouvait être plus navrant que la façon dont Nichette prononçait cela.

Pendant tout cet entretien, le nom de Gustave ne fut pas prononcé une seule fois ; mais, s'il n'était pas sur les lèvres, il était dans le cœur de Nichette.

Elle eût bien voulu qu'Edmond lui parlât de son ancien amant; mais Edmond ne Tosa pas, dans la crainte de lui faire trop de peine,' car elle n'eût pas manqué alors de le questionner, et elle ne pouvait, puisqu'il était heureux, apprendre que des choses qui l'eussent peinée.

Quand les deux chaises de poste quittèrent la ville, une femme voilée se cacha derrière un des premiers arbres de la route, pour ne pas être vue de ceux qui se trouvaient dedans, mais de façon à les voir.

— As-tu vu? dit Edmond tout bas à Gustave.

— Oui, dit celui-ci avec émotion ; Nichette, n'est-ce pas?

— Ëllp est bien changée, va !

— Pauvre petite ! murmura Gustave.

Et une larme monta de son cœur à ses yeux.

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