‹ Antonio Moro; son œuvre et son tempsChapitre 20 sur 48 · GENTILHOMME INCONNU · texte numérisé non relu

GENTILHOMME INCONNU

(Museo civico, Vérone.)

(Bibliothèque de l'Escurial.)

La plus considérable, un portrait en pied de Philippe II, décorant aujourd'hui la bibliothèque de l'Escurial, y fait pendant au portrait du monarque arrivé au déclin de sa vie, œuvre imposante de Pantoja de la Cruz.

Par le portrait de Moro, une des rares effigies du roi revêtu de l'armure et tenant le bâton de commandement, très long insigne porté transversalement, Philippe avait tenu à consacrer le souvenir de la victoire des armes espagnoles à Saint-Quentin. Aussi le peintre semble-t-il avoir voulu donner à son personnage une allure martiale aussi peu d'accord avec le tempérament du modèle qu'avec ses propres habitudes. L'heure n'était point venue encore où l'Espagne connaîtrait en Velazquez le magistral interprète de ses hautains cavaliers.

Vu de trois quarts, nu-tête et déganté, Philippe II porte sur une cotte de mailles dorée la cuirasse étincelante aux riches damasquinures. Sur sa poitrine la Toison d'or est suspendue à un ruban rouge ; au bras droit un brassard de même couleur. Il est chaussé de hautes bottes fauves rattachées à la trousse bouffante par des lanières de cuir passant sur une culotte blanche. Cela n'est guère harmonieux. Le roi fait un grand écart vers la droite et la crânerie de l'attitude est encore accentuée par l'inclinaison de la garde de l'épée sur laquelle s'appuie la main gauche. Le visage, néanmoins, est inerte et n'a rien qui s'adapte à l'allure guerrière de l'homme représenté. Moro avait un trop profond souci d'exactitude pour donner au roi cette dégaine de matamore, sans y avoir été formellement invité. Dans tous les cas, il y réussit médiocrement.

Mais, disons le, la physionomie générale de la peinture suscite à peine l'idée de l'intervention de son pinceau. N'empêche que l'inventaire des œuvres rassemblées à l'Escurial à la date du Ier juin i575, semble porter témoignage de l'authenticité de la toile.

« Un reirato entero del Rey Don Phelippe nuestro Senor, armado co?t mangas de malla y coselete con un baston en la mano y banda roja, con botas y espuelas y calças b lanças de pince l y sobre

lienzo, de mano de Antonio Moro. Ils retrato de la mariera que andava quand o la guerra de Sant Quintin. » (i)

Charles-Quint avait tenu à se faire représenter par le Titien comme il avait paru sur le champ de bataille de Mûhlberg ; Philippe, en faisant sa commande à Moro, s'inspirait ici de l'exemple paternel. De sa propre initiative ou par la volonté royale, l'interprète de sa personne n'a pas laissé de se souvenir de même du Titien. La préoccupation de grossir la forme, d'amplifier le geste, et quelque bouffissure même des traits, suggèrent l'impression d'une œuvre de Rubens suivant de près le retour du peintre d'Italie. L'impression nous était venue devant la peinture même ; elle persiste devant la photographie, nonobstant le texte des archives de l'Escurial. Ce Philippe II héroïque n'est pas plus celui de l'histoire que de la légende.

En faveur cependant de l'authenticité de la peinture, nous faisons remarquer qu'entre les portraits cités par Argote de Molina comme figurant, en i582, dans le Salon real du Pardo, n'est pas compris ce portrait du roi. L'original, s'il y trouva sa place, n'a donc point péri dans l'incendie de 1604.

Rubens a pu sans doute le connaître et l'on croit en retrouver le souvenir dans plus d'une de ses effigies princières.

Mais si ce Philippe II guerrier n'avère point son origine avec une éloquence bien persuasive, rien n'atteste avec une autorité plus haute l'intervention du magnifique portraitiste hollandais que l'image en pied du jeune Farnèse, appartenant au Musée de Parme.

Créée sans doute à Bruxelles et, comme la précédente, datée de i557, l'œuvre mérite non seulement de compter parmi les productions capitales de son auteur mais, mieux encore, de prendre rang parmi les plus beaux portraits qui soient.

Alexandre Farnèse, né en i545, compte douze ans à peine dans le portrait de Moro. Grave et très élancé pour son âge, il détache, sur un fond sombre, son élégante silhouette, dans un costume

(1) Narciso Sentenach : La Pintura en Madrid. Madrid, 1907, p. 18.

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' Alexandre Farnèse, né en i545, compte douze ans a peine dans le portrait de Moro. Grave et très élancé pour.son âge, il detache, sur un fond sombre, son élégante silhouette/dans un costume

ÛINarciso Sentenach : La Pintura en Madrid. Madrid, 1907. p. x8.

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