‹ Antonio Moro; son œuvre et son tempsChapitre 21 sur 48 · ALEXANDRE FARNÈSE · texte numérisé non relu

ALEXANDRE FARNÈSE

(Musée de l'Académie dos l!eaux-Arts, l'arme.)

de soie blanche très ajusté. La toque de velours noir, ornée d'une touffe de plumes blanches, crânement posée en arrière, dégage le front intelligent. Un mantelet de satin aux puissants reflets métalliques, fourré de martre zibeline, est négligemment jeté sur les épaules. La main gauche repose sur l'épée; la droite tient les gants, d'un geste naturel. Tout l'ensemble est empreint d'une suprême distinction ; c'est vraiment un prince qui apparaît à nos yeux.

D'apparence aimable et éveillée, offrant avec Marguerite de Parme, sa mère, une ressemblance frappante, ce fragile rejeton des Farnèse, dont le jumeau ne vécut point, a procuré à son habile interprète le thème d'un chef-d'œuvre (i). A peine mentionnée il y a trente ans, cette page, comparable aux plus séduisantes de van Dyck, impressionne vivement le spectateur non averti (2). Il ne lui a manqué pour prendre rang parmi les merveilles du portrait que d'appartenir à une galerie plus généralement fréquentée. (3)

Moro n'est foncièrement ni le peintre des attraits de la femme, ni celui des grâces de l'enfant. Non plus que ses contemporains de race germanique il n'a le souci d'embellir. Rapprocher Holbein, portraitiste de la cour d'Angleterre, de van Dyck, élevé à la même dignité un siècle plus tard, suffit à caractériser l'évolution qui doit s'accomplir dans la conception de la beauté féminine sous l'influence de la reine Henriette. Dans nos provinces et surtout en Espagne, l'austérité du costume, autant que la gravité de l'expression, venait peu en aide au peintre, où il aurait pu être question de rehausser la beauté de quelque chose de plus que la simple parure, de richesse conforme aux positions sociales.

(1) Le chev. Victor de Stuers, à La Haye, possède un charmant petit portrait en buste du jeune Farnèse en armure lamée d'or. C'est sans doute une étude par Moro.

(2) Meissonier en eut la première photographie.

(3) Nous n'en voulons pour preuve que la réputation du portrait allégorique du jeune Farnèse, au musée de Naples, œuvre d'ailleurs charmante de Francesco Mazzuoli. La ville de Parme, sous les traits d'une adorable jeune femme y est représentée embrassant le futur souverain du duché avec une ineffable tendresse. Il faut le dire, pourtant, le portrait de Moro est d'une portée infiniment plus haute.

La preuve nous en sera fournie, au musée de Besançon, par le portrait de Jeanne Lullier, la toute jeune épouse de Simon Renard. Daté de i55y et, comme les précédents, sans doute peint à Bruxelles, il nous montre « l'ambassadrice » vêtue, comme le voulait sa situation de dame non titrée, de la robe noire et du bonnet des filles de bonne bourgeoisie. Charmante d'ailleurs par sa simplicité même, elle semble avoir évoqué chez le peintre le souvenir des « ladies », dont il eut l'occasion d'étudier à Londres les délicieux portraits par Holbein.

Encore dans la série des œuvres de la féconde année i55y, nous apparaît, à Dresde, un portrait masculin d'adjonction récente à l'œuvre du maître. Longtemps envisagée comme du fameux portraitiste italien Morone (i 525- 1578), fréquemment confondu avec notre peintre par le talent et l'analogie du nom, la toile est aujourd'hui, à bon droit, restituée à son légitime possesseur.

L'homme, aux traits vulgaires, au front bas, au nez épais, à la lèvre brutale, est de belle prestance. Ses cheveux et sa barbe d'un noir intense, son costume de velours sombre aux manches tailladées de soie blanche, la dague passée à sa ceinture, lui donnent l'aspect de quelque méridional de l'entourage de l'Empereur ou de son fils.

On peut en dire autant du jeune chevalier de saint Jacques, daté de i558, appartenant au musée de Budapest et dont une réplique figure, sous le nom de Coello, au musée de Madrid (1). L'origine espagnole du personnage paraît assez évidente, tenant compte de cette circonstance, pourtant, qu'il y eut aux Pays-Bas des portraitistes de haute valeur au temps même de Moro : les Pourbus, les Key, etc. Où il s'agit d'un simple portrait en buste, la détermination est sujette à beaucoup d'incertitude.

(1) N° 1039. Pour le personnage, le catalogue balance entre Antonio Perez, secrétaire de Philippe II, et D. Francisco Herrera y Saavedra, chevalier de saint Jacques et le gendre de Coello. Information due à l'obligeance de M. le Dr. Simon Meller, du musée de Budapest.

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