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LE NAIN DE GRANVELLE

(Musée du Louvre, Paris.)

malheureusement si nombreuse, de portraits de personnages indéterminés rencontrés sous sa signature, plusieurs, par le type même, font croire à une origine méridionale et leurs modèles appartinrent, on peut le croire, à l’entourage de la gouvernante. Il en sera, par exemple, ainsi du seigneur à la chevelure épaissement frisée, représenté dans le beau portrait du Louvre, daté de i565. Le personnage désigne de la main droite une horloge de table de forme élégante, placée à sa portée. L’objet fait naître l’idée du fabricant de l’objet même, et l’on songe ainsi à l’horloger de Charles-Quint, ce fameux Gianello de la Torre, dont Leone Leoni nous a laissé la médaille. Mais outre que le type a, sur cette dernière, moins de finesse, Gianello n’a pu être peint en i565 par Moro, étant en Espagne, où il mourut en i583.

Il était de la maison du cardinal, le nain dit « de Charles- Quint » faisant l’objet d’une toile superbe de la même galerie. En effet, ce crapoussin, grotesque dans son accoutrement comme dans sa personne, paré d’une lourde chaîne d’or, ceint d’une immense épée, semble gouverner en maître un molosse superbe et de taille à lui servir de monture. Nous avons mentionné ce portrait à propos du prétendu Don Carlos de la Galerie de Cassel. Et comme déjà nous l’avons fait observer, sur le collier de ce représentant de la race canine, contrastant par sa noblesse avec l’abjection du déplorable specimen d’humanité qui lui commande, brillent, en très grand format, les armes de Granvelle. (i)

A peine est-il besoin de faire ressortir les très étroites affinités de ce magistral ensemble avec une œuvre de Velâzquez, créée pour Philippe IV, le portrait du nain Antoine l’Anglais :

« Antonio et Ingles », une des perles du Prado.

Ici, comme chez Moro, mais, à la vérité, plus fier et portant plus crânement l’épée, l’homoncule commande de la main au limier superbe dont le peintre a fait son compagnon. Il ne paraît

(i) Biographie Nationale, Tome XV, 1899.

pas d’humeur à se laisser bafouer, ce dont, au surplus, se seraient gardés les courtisans.

Une récente acquisition du Kaiser Friedrich Muséum, à Berlin, contribue, avec une évidence entière, à prouver la faveur persistante de Moro à la cour. C’est le portrait, en quelque sorte officiel, de la gouvernante.

Marguerite de Parme est vue plus bas que les genoux, de face et dans l’attitude fréquemment adoptée par le peintre pour ses personnages royaux. La main gauche repose sur une table, la droite est pendante et tient les gants. Ainsi devait paraître Marguerite aux premières années de son gouvernement, c’est-à-dire âgée d’une quarantaine d’années. Son front spacieux, sa chevelure frisottée que recouvre une coiffe de gaze légère, donnent l’impression d’une calvitie précoce. Point belle ni d’une haute distinction de traits, elle captive par l’amabilité de son sourire. Son costume noir, agrémenté de boutons d’or, sur un dessous rouge, broché d’or également, est d’une relative simplicité. C’est la bourgeoise cossue plutôt que la princesse. Aucun luxe de parure : point de bagues, à l’oreille un simple anneau, au cou seulement un collier de perles.

Incontestablement, le visage offre plus d’un trait de ressemblance avec Philippe II et l’ensemble de la personne n’est pas sans concorder avec la remarque de Strada signalant les allures hommasses de la régente, laquelle passait pour avoir au menton un peu de barbe et, chose moins fréquente chez les femmes, avait des accès de goutte. La tête, les mains, sont d’un modelé superbe et ne montrent en rien diminuée la remarquable faculté de l’artiste à pénétrer dans l’individualité de ses modèles.

Celle qui, dans son administration, allait se trouver aux prises avec quelques-unes des difficultés les plus graves qu’ait eu à enregistrer l’histoire de la domination espagnole dans les Pays- Bas, a la physionomie essentiellement flamande de son ascendance maternelle. Rubens eût trouvé en elle un modèle des mieux adaptés à ses préférences ; la fraîcheur du teint, la bouche aux lèvres

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