‹ Antonio Perez et Philippe 2Chapitre 10 sur 191 · CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER

excès. Ils entrèrent de vive force dans Alost, saccagèrent Malines, livrèrent Anvers au pillage et traitèrent les quinze provinces en pays conquis.

Les Flamands et les Brabançons indignés s'unirent avec les Hollandais et les Zélandais, afin de se soustraire comme eux a une pareille oppression. Ils levèrent des troupes, firent prisonniers les membres du conseil d'État qui avaient participé à l'administration du duc d'Albe, et conclurent, le 8 novembre 1576, la pacification de Gand, par laquelle les dix-sept provinces se confédérèrent étroitement. Il fut convenu qu'il y aurait entre elles paix, amitié, libre commerce, qu elles s'assisteraient mutuellement; qu'elles agiraient en commun pour chasser les soldats espagnols; qu'elles poursuivraient la convocation des États généraux ; qu'en attendant les résolutions de cette assemblée nationale, l'exécution des placards serait suspendue, sans toutefois que l'ancienne religion cessât d'être maintenue dans les quinze provinces catholiques, et continuât d'être exclue des deux provinces protestantes ; que les bannis rentreraient dans les premières, où ils recouvreraient leurs biens , et que les ecclésiastiques seraient reçus dans les secondes, où ils exerceraient librement leur culte comme avant les troubles.

Ce traité d'union, qui limitait, en le reconnaissant encore, le pouvoir du roi d'Espagne dans les Pays-Bas, rejetait de leur territoire toute armée étrangère, plaçait leur administration sous la sauvegarde des Etats généraux, rapprochait par un

commencement de tolérance les catholiques des protestants, sans permettre aux plus forts de proscrire ou d'expulser les plus faibles; ce traité, conclu en grande partie d'après les propositions de Breda, était surtout l'œuvre du prince d'Orange, dont il consacrait l'ancienne autorité et agrandissait l'influence. Philippe H avait trouvé dans Guillaume de Nassau, auquel la profondeur cachée de ses desseins fit donner le surnom de Taciturne, le plus redoutable des adversaires. Aussi dissimulé que lui et plus entreprenant, d'un esprit pénétrant et réfléchi, d'un caractère froid et opiniâtre, d'une conduite savamment calculée, plein de prudence et d'ardeur, avisé, patient, actif, fécond en ressources, inaccessible au découragement, on l'avait vu se dérober aux violences du duc d'Albe, donner a ses compatriotes opprimés le signal de l'insurrection, lever des armées, reparaître après des défaites sur le champ de bataille, s'adresser aux protestants de tous les pays, chercher des protecteurs auprès de tous les princes étrangers, et, mettant a profit les excès des Espagnols ainsi que leurs fautes, provoquer, étendre, organiser la résistance des Pays-Bas. Depuis neuf ans en lutté avec son souverain, il agissait en révolté et conservait toujours le langage et les ménagements d'un sujet qui n'attendait que l'occasion d'être encore fidèle. 11 aspirait a rétablir sa patrie dans le plein usage de ses droits, sous l'autorité restreinte de Philippe II. et, s'il n'y parvenait pas, a l'affranchir pour jamais de la domination es-

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