CHAPITRE V
pendant quelque temps 1 . Arrivé sur la place de Clariana, le justicia mayor, poussé par le peuple, qu'il avait peine à contenir, tomba et fut un moment foulé aux pieds. Meurtri et haletant., il laissa le prisonnier entre les mains de l'assesseur Torralba*. Celui-ci continua sa marche au milieu des cris de traître, de renégat , de perturbateur du royaume, adressés au marquis. Mais ces cris ne suffisaient pas aux chefs des insurgés, qui voulaient, en le tuant, intimider les ennemis futurs de leurs privilèges. Aussi, lorsque le cortège parvint devant la grande église de la Seu, Diego de Heredia et Pedro de ïtolea dirent aux leurs : Qiïil meure! qu 'il meure*!
Aussitôt les plus emportés des séditieux se précipitèrent sur le malheureux marquis, malgré les cris de résistance du courageux Torralba, l'abattirent, lui arrachèrent son bonnet et sa cape, dont il cher-
1 Collection l.lorente, vol. XIV, t. HT, fol. 194 V — « Caminarinn como cien pasos, sin que hiricsen i nadie ni oviese mas que injurias de palabras. » (T. III, fol. 95, déposition de l.azaro Zorilla.)
* « Iba la gente amolinada, que no se podia romper; y habiendo llegado a la plazza de Albion 6 de Clariana de Çaragoça, cayô el justicia in tierra, y tué tanlo el tumulto de la génie que cargo, que no se pud<5 levantar hasta pasado un rato... sn qucdé con el dicbo marques a solas el doctor J. T. Torralba. » (Récit de Torralba dans Argensola, cap. xxx, p. 87, note 2.)
3 « Y en trente de la puerta de la Seu este sinliô una voz baxa que decia : Muera, cuerpo de Dios Es publica voz y fama en Çaragoça que cran don Pedro de Bolea y don Diego de Heredia. (Coll. Morcntc, vol. XIV, t. III, fol. 195, même déposition.) D'après le récit de Torralba, c'étaient Gil de Mesa el Gil Gonzalez qui arrivèrent avec les épées nues (con las espadas de*envai adas). — (Argensola, cap. xxx, p. 87, note 2.)
chait k se couvrir la tête et le haut du corps, et le blessèrent grièvement. 11 reçut trois coups de couteau a la tête, un a la main dans laquelle il tenait son épée, qu'il laissa tomber ; et il aurait été égorgé, si quelques gentilshommes ne l avaient pas défendu et relevé. Ses serviteurs furent presque aussi maltraités que lui 1 . Torralba, jugeant trop dangereux de le conduire jusqu'à la prison de la Manifestation, le déposa tout meurtri et ensanglanté dans la prison vieille, qui était sur la route, et où, quatorze jours après, il mourut de ses blessures*.
Pendant que cette scène meurtrière se passait dans Saragosse, l'autre bande d'insurgés, qui était sortie de la ville et s'était portée vers rAljaferia, demandait à grands cris les prisonniers aux inquisiteurs. Ceux-ci, renfermés dans leurchàteau , qui était très-fort, n'étaient rien moins que disposés a céder a ces injonctions de la révolte. Pour les y contraindre, don Pedro de Sese avait fait venir des
1 « Y llevandole preso en el camino, segun dixeron â este que déclara, le dieron très cuchilladas en la cabeza, y una délias, la mayor, el oyrt dezir que se la diô Gil de Blesa junto â Santanton... y que en el camino por lo mismo le tiraron de cuchilladas y d'estocadas y pedradas, hasta quitalle la gorra y hacella pedaços, y llevandole sin çapatos y sin capa ; y si no se ampararan algunos del dicho marques amparandole las cuchilladas y defendiendo las pedradas, anles de lle^ar à la carcel, es cosa muy publica y notoria que le hovieran hecho pedaços y muerto. » (Collection Llorentc, vol. XIV, t. III, fol. 81, déposition «le Chalez.)
* a Y estau do en la carcel estuvô algunos dias malo, hasta que murio" de las rauchas cuchilladas. » {Ibid.. fol. 81, même déposition, et Argensola, cap. xxx, p. 88. Récit de l'assesseur Torralba, note 2.)