CHAPITRE VII
Formation d'une armée castillane sur la frontière d' Aragon. — Son entrée dans Saragosse. — Arrestation et supplice du juslicia inayor. — Exécution ou fuite des principaux insurgés. — Sentence de mort prononcée par le tribunal du saint office contre Perez et soixante-neuf condamnés. — Auto-da-fé dans Saragosse. — Destruction des vieilles libertés de l'Aragon.
L'insurrection du 24 septembre s'était apaisée vers cinq heures du soir, après la délivrance des prisonniers et la fuite de Perez. Sauf quelques cris de vive la liberté! poussés encore, pendant la nuit suivante, par des bandes d'hommes ou d'enfants qui parcouraient les rues de Saragosse, tout sembla rentré dans l'ordre 1 . Les députés du royaume songèrent à faire partir une ambassade pour Madrid* ; le vice-roi en informa Philippe II, après lui avoir rendu compte des mesures qu'il avait prises pour prévenir le tumulte populaire, et des dangers qu'il avait courus. Philippe II ne montra point de colère et ne parut disposé a aucune sévérité. Il répondit au vice-roi qu'il recevrait les députés qu'on se proposait d'envoyer vers lui et les écouterait avec plai-
• « Luego aquella noche, siguiente gran numéro de pente de hombros y muchacbos, andubieron por toda la ciudad, appellidando liber tad ! vivan los fueros del reyno de Aragon! Y pasado esto, eslubû la ciudad quiela por algunos dias. » (Proceso, ms.)
* Argensola, c xxxvi, p. 108.
sir. 11 le chargeait de le dire de sa part à qui et comme il conviendrait le mieux, et il ajoutait : «Je ne suis pas moins sensible au péril que vous avez couru que je ne suis satisfait de la prudence et du zèle que vous avez déployés, vous et ceux qui vous ont assisté dans l'affaire du 24 septembre. Je vous en fais beaucoup de remercîments, que vous exprimerez aussi très-particulièrement a ceux qui vous ont secondé. C'est une justice due a la fidélité et a l'attachement que vous avez tous montrés, en cette occasion, pour mon service et le bien du royaume. Donné k San Lorenzo, le 1 er octobre 1591. Moi le Roi 1 . »
Malgré cette apparence de calme et ces témoignages de satisfaction, Philippe II avait, cette fois, le dessein de punir les révoltés et de profiter de la révolte pour accroître son autorité en Aragon. Le propre des insurrections est de compromettre les droits des peuples, lorsqu'elles ne les fondent pas. Or les insurrections entreprises par un esprit d'indépendance locale ne paraissaient pas destinées à réussir a une époque où la marche générale des États vers l'unité monarchique tendait à former de
4 «t Holgaré* de oyrlos siempre que aqui Uegaren , y vos lo podreys dczir en mi nombre é quien y como mas convenga. No estoy menos sentido de vueslro peligro que agradecido del cuidado y zelo que lubisleys, vos y los que os asislieron en el caso del dia de 24 de selliembre. Dello os doy mucbas gracias, y vos de mi parle las dad muy en parlicular à* los que a aquello acudicron, como lo merece la iidelidad y amor que en cllo mostraysleys lodos â mi servicio y bien de ese reyno. Dado en San Lorenzo, a* primero de oclubre 159t. Yo el Rey. » (Collection Llorenle, vol. XV, t. VI, fol 20.)