CHAPITRE VII
grands royaumes, au moyen des petits territoires qui s'étaient constitués sous des lois particulières pendant la décomposition du moyen âge. La péninsule espagnole obéissait k cette tendance. Dans le cours d'un siècle, de 1474 a 1580, avaient été réunis sous la même domination les royaumes de Castille, d'Aragon, de Valence, de Grenade, de Navarre et de Portugal. De plus, a l'aide des conseils établis par Charles-Quint et Philippe II au centre de l'État et auprès du chef commun de tous les territoires, une administration générale se substituait peu a peu a l'ancienne administration locale des divers royaumes. Les tentatives hasardées pour empêcher cette révolution l'avaient facilitée. Les Castillans avaient perdu leurs libertés après l'insurrection des communeros sous Charles-Quint; il était a croire que les Aragonais perdraient leurs privilèges après l'insurrection des défenseurs du fuero national sous Philippe II. Depuis longtemps les rois d'Espagne n'attendaient qu'un prétexte pareil pour les leur enlever. On rapporte que la reine Isabelle avait dit un jour : « Mon plus grand désir est que les Aragonai^s'insurgent, pour avoir une occasion de détruire leurs fueros 1 . » Lorsque cette occasion se présenta, son arrière-petit-fils ne la laissa point échapper.
En même temps qu'il accueillit sans défaveur les députés aragonais chargés de négocier auprès de lui le pardon de leur patrie, Philippe II ordonna la for-
* Rankc, Fiirsten und volker von $ud Europa, i. I, j). 254 , 252.
malion d'une armée castillane a Agreda, sur la frontière de l'Aragon 1 . Don Alonzo de Vargas reçut le commandement de cette armée. Ce général n'avait pas une haute naissance *, et n'était dès lors point apparenté dans le royaume qu'il avait charge d'occuper et de punir 3 . La concentration des troupes castillanes dans leur voisinage alarma extrêmement les Aragonais. Le 27 octobre, don Diego Fernandez de Heredia, don Pedro de Bolea, don Miguel de Sese, don Balthasarde Gurrea, don Juan de Aragon, don Juan deMoncajo, don Juan Agustin, don Martin de la Nuza, Manuel don Lope, Christoval Frontin et plusieurs autres se rendirent auprès des membres de la députation permanente, afin de les requérir de pourvoir a la défense du royaume, conformément au fuero de l'an 1500, et de décréter de mort, en exécution du fuero de l'an 1361, Vargas et ses
1 « El exercilo de Su Magestad ténia aloxado en la villa de Agreda y sus conlornos que es frontera del reino de Aragon. » [Proceso, ms. — Argensola c. xxxvu, p. 109.
* « Nombrô el rei por capitan gênerai deste excrcito a don Alonzo de Vargas, caballero de Extremadura, insigne en la milicia, y que como cl me dixô, de soldado de quatro escudos de paga habia llegado al niayor cargo de todos. » (Argensola, c. xxxvu, p. 110.)
1 «... Radunato immediatemente un essercilo... mando subito sotto la condotla di don Alfonso di Vargas air impresa di quel regno, se ben tutti credevano que questo grado dovesse esser collocalo nella persona di don Fernando di Toledo. Mâ Sua Maeslâ* se ne astenne perebo esscnilo lui di grandi di Spagna apparentado con molli di quelli popoli ri bel H dcl regno d'Aragona, non era sicura cbe dovesse eseguire le suc commissiotii cosi pronlamcnlc come era la menle di Sua Maesta, la quai sospettionne non cadendo in don Alfouso per non esser di molto allô linaggio, gli lu prclerito. » [Relation vénitienne de 1595, manuscrit des aiTaires étrangères. )