‹ Antonio Perez et Philippe 2Chapitre 12 sur 191 · CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER

avait été accordée. Il oublia bientôt les recommandations de Philippe H pour entrer dans les vues de don Juan, dont l'ambition, sans changer de nature, se porta vers un autre objet. Ne pouvant plus en effet prétendre au royaume de Tunis, que les Turcs avaient repris, il visait a se rendre maître de celui d'Angleterre 1 , gouverné par une princesse que ses croyances devaient mettre au ban de l'Europe catholique. Ce projet, bien que peu sensé, était de nature a sourire a la cour de Rome, qui, ayant trouvé en don Juan un défenseur de la catholicité contre les Turcs, espérait tirer un grand parti de son courage et de son ambition contre les protestants. Depuis plusieurs années il était même question de le marier avec la reine d'Ecosse, Marie Stuart, prisonnière au château de Sheffield, et dont le parti catholique soutenait les prétentions a la couronne d'Angleterre*.

Aussi, lorsque ce jeune prince reçut, sur sa Hotte, l'avis de sa nomination comme gouverneur des Pays Bas, il crut l'occasion favorable de préparer l'exécution de son nouveau plan de conquête. 11 entrevit les obstacles qu'il devait rencontrer en Flandre,

mais il pensa que s'il parvenait à y rétablir l'autorité

1 Mémorial, segunda parte, p. 300.

1 LabanolT, Lettres, Instructions et Mémoires de Marie Stuart, reiûe d'Êcosse, Paris et Londres, 4845, in 8\ Lettre du 4 août 1574, t. IV, 201, 202; la lettre du 18 mars 1577, et celle du 12 juillet de la même année, ibid., p 564 et 3/1. Voir aussi la lettre de Vargas à Philippe II et la réponse de celui ci à Vargas dans TAppendix Ê.)

de Philippe II. il pourrait se servir des troupes espagnoles pour opérer l'invasion qu'il méditait.

11 envoya aussitôt son secrétaire Escovedo a Rome, afin d'obtenir l'appui du pape pour cette seconde entreprise. Le pape n'hésita point a le lui accorder, et il chargea son nonce a Madrid d'en entretenir Philippe II. Un jour donc le nonce, après avoir lu les dépêches de sa cour, alla trouver Antonio Perez et lui dit : « Qu'est-ce qu'un nommé Escoda?» Perez répondit que ce devait être le secrétaire Escovedo. «C'est cela même, répliqua le nonce; j'ai reçu une dépêche de Sa Sainteté avec un chiffrement dont la substance est que je fasse une démarche auprès du roi en la forme et de la manière que Juan de Escovedo me le demandera, aliii que Sa Majesté tienne pour bon que l'expédition d'Angleterre s'exécute et que le seigneur don Juan soit accommodé de ce royaume 1 . »

Perez informa sur-le-champ Philippe II de ce qui se passait. La surprise de ce prince fut extrême. Son mécontentement ne le'fut pas moins. 11 jugea toutefois a propos de les dissimuler. C'était le moment où don Juan d'Autriche était arrivé a Madrid, avant de se rendre en Flandre, voulant connaître avec exactitude les intentions du roi son frère a l'égard des Pays-Bas et les moyens qui lui seraient accordés pour les remplir. Philippe ne jugea donc pas a propos de le décourager par la manifestation de ses dé-

* Lettre*, Instructions et Mémoires de la reine d'Ècosse, p. 500.

Page 1