CHAPITRE VII
soldats, s'ils osaient dépasser la frontière 1 . A la suite de cette requête, les députésdélibérèrent sur le danger dont ils étaient menacés et sur les moyens de s'y soustraire; ils invoquèrent l'assistance de toutes les villes d'Aragon, et demandèrent aux députations permanentes du royaume de Valence et de la principauté de Catalogne les secours stipulés par les traités entre les trois pays en cas d'invasion de 1 un d eux*. En même temps ils écrivirent coup sur coup au roi pour lui représenter que l'entrée des troupes castillanes sur leur territoire serait contraire aux fueros 3 , et pour lui faire entendre qu'ils seraient obligés de s'y opposer ouvertement. Philippe H leur répondit, le 2 novembre, en dissimulant et en avouant a moitié ses desseins :
« Députés, j'ai reçu toutes vos lettres, tant celles que vous m'avez écrites par vos messagers que celles que vous m'avez adressées depuis les 28 et 29 du
« Hoqueté des nobles aragonais aux membres de la députation permanente du 27 octobre 4591 , dans l'ouvrage de M. Bermudez de Castro, pièces justificatives, p. 38*2.
* '< Y asi secretamenle escribicron â todas las ciudades y villas de reino de Aragon â requirirles que si fuesse menesler defender los fueros que acudiessen, como eran obligados, a la delensa. Y de la misma mancra se cscribio a la ciudad y reino de Valencia, y principado de Calhaluna, pidiendoles favor. » [Proceso f ms.)
3 « PrivilcgiO segundo de generalibus privilegiis regni Aragonum, segun quai ninguno puede mêler génie de guerra est rangera en Aragon, ny exercer con mano armada jurisdiccion, y prender ny offender a ninguno, ny aun talar una sola olivera (palabras del luero estas ultimas).» [Relaciones, p. 137.)
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mois dernier. Je demeure très-persuadé qu'en tout ce qui se passe, et dans l'acte et la requête qui vous sont présentés, vous aurez procédé comme bons et loyaux sujets, conformément a votre devoir, surtout mon armée n'entrant pas, comme en effet elle n'entre pas, pour exercer une juridiction. En effet, cette armée passe en France, et elle fera halte seulement pour donner vie et force a la justice, afin qu'elle puisse avoir son cours sous la main des ministres compétents, d'après la constitution du royaume. Ainsi donc, en discutant la question de savoir si l'armée entre pour exercer une juridiction et produire un mal, vous avez fait une chose offensante. Cette offense est plus grande encore de la part de ceux qui se persuadent de pareilles choses, et qui, sur un si vain fondement, font des requêtes et des propositions, témoignant en tout ceci une méfiance bien contraire a leur devoir. »
Philippe II ajoutait que les mensonges de quelques hommes, et l'oppression manifeste dans laquelle ils tenaient tous les autres, l'avaient obligé a recourir à l'expédient qu'il employait comme Tunique remède. 11 assurait qu'il userait de ce remède avec modération, et il ne paraissait devoir excepter de sa clémence que les principaux coupables. 11 annonçait aux députés de l'Aragon la prochaine arrivée de son commissaire don Francisco de Borgia, marquis de Lombay, qui leur ferait plus particulièrement connaître ses intentions, et il les engageait, en attendant, a ne pas se laisser entraîner à des pen-